Coronavirus COVID-19 : les AMAP se mobilisent pour aider les petits agriculteurs

La crise du COVID-19 est une catastrophe pour de nombreux paysans qui ne peuvent plus vendre leurs produits sur les marchés ou aux restaurants. Les AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) s’organisent pour leur venir en aide. Exemple en Bourgogne-Franche-Comté.
 

A cause de l'épidémie de coronavirus COVID-19, l’AMAP Les Jardins de Virgile, à Dijon, a dû modifier son mode de fonctionnement.
A cause de l'épidémie de coronavirus COVID-19, l’AMAP Les Jardins de Virgile, à Dijon, a dû modifier son mode de fonctionnement. © Sylvie Rebillard-Chavanet

Des Amapiens très solidaires

Les AMAP n’ont pas attendu la crise du coronavirus pour faire preuve de solidarité. C’est ce qu’elles font déjà toute l’année, puisqu’elles nouent des partenariats entre des consommateurs et des producteurs locaux. Dans ces circuits courts, des groupes de "consomm'acteurs" s’engagent sur un an à acheter la production de paysans.

C’est pourquoi, COVID-19 ou pas, de nombreuses AMAP ont maintenu leurs distributions pour aider les producteurs. En effet, "beaucoup ne peuvent plus fournir les restaurants, ni continuer à tenir leur stand sur les marchés. Cela nous apparaît aussi comme un moyen beaucoup plus sûr pour nous, d'un point de vue sanitaire, que le recours aux grandes surfaces au vu du nombre de personnes qui y passent", explique Sylvie Rebillard-Chavanet, co-présidente de l' AMAP Les Jardins de Virgile à Dijon.

 
A cause de la crise du COVID-19, seuls les producteurs locaux manipulent les produits livrés aux adhérents de l'AMAP Les Jardins de Virgile, à Dijon.
A cause de la crise du COVID-19, seuls les producteurs locaux manipulent les produits livrés aux adhérents de l'AMAP Les Jardins de Virgile, à Dijon. © Sylvie Rebillard-Chavanet
 

Des règles de sécurité renforcées

Les Jardins de Virgile ont vu le jour en avril 2005, c’était la première AMAP de Dijon.
Elle a démarré avec huit adhérents. Aujourd’hui, elle en compte une centaine et a passé des contrats avec une vingtaine de producteurs.

D’habitude, tout le monde se retrouve chaque semaine, le samedi matin, de 8h30 à 9h30 au centre social des Bourroches, rue de la Corvée, à Dijon. C’est là qu’a lieu la distribution des paniers. Outre les légumes, on peut aussi s’approvisionner en produits laitiers (fromages, yaourts…), farines, lentilles, viande, miel, glaces, chocolats, tisanes, safran, etc.

Mais, depuis que le confinement est entré en vigueur, il a fallu changer le mode de fonctionnement et instaurer des mesures sanitaires très strictes.
Cela passe notamment par :

-La mise en place d'un marquage au sol pour respecter 1 mètre de distance entre chaque personne.

-Les bénévoles n’aident plus à distribuer les produits, qui sont manipulés uniquement par les producteurs.

-Les paniers ou les sacs sont préparés à l'avance. Chacun prend le sien, puis s'en va.

-Il n’y a pas de manipulation d'argent : les commandes sont payées à l'avance dans la plupart des cas. Sinon, on dépose son chèque dans une boîte réservée à cet effet.

-Pour éviter au maximum les interactions sociales, une organisation en pyramide a été mise en place : concrètement, cela signifie qu’une personne récupère les paniers de plusieurs autres qui habitent dans son voisinage et va les déposer devant leur porte.

-Un système de distribution à domicile a même été instauré exceptionnellement pour les personnes plus âgées ou plus vulnérables.

 
L'AMAP Les Jardins de Virgile à Dijon a décidé de continuer ses livraisons, malgré l'épidémie de coronavirus COVID-19.
L'AMAP Les Jardins de Virgile à Dijon a décidé de continuer ses livraisons, malgré l'épidémie de coronavirus COVID-19. © Sylvie Rebillard-Chavanet
 

Le réseau des AMAP de Bourgogne-Franche-Comté s’organise

"Le réseau des AMAP de Bourgogne-Franche-Comté (qui est en cours de création) a commencé à recenser les petits paysans qui n’ont plus de débouchés pour leurs produits à cause de l’épidémie de COVID-19" précise Sylvie Rebillard-Chavanet.
"Le but est de les dépanner ponctuellement en proposant leurs produits aux Amapiens. Par la suite, cela pourra peut-être déboucher sur des collaborations ponctuelles avec certaines AMAP."

Ainsi, les adhérents des Les Jardins de Virgile ont pu découvrir les pleurotes cultivés par un producteur de champignons qui d'habitude fournit des restaurateurs.
Au mois de mai, ils pourront acheter des plants de jardin (tomates, salades, herbes aromatiques, poivrons, courgettes, courges...) qu'un producteur ne peut plus écouler sur les foires, salons et autres marchés.

Parallèlement, les producteurs habituels de l'AMAP Les Jardins de Virgile proposent davantage de livraisons. C'est le cas pour la farine qu'on peut acheter tous les mois au lieu d'une fois par trimestre.
En ce moment, les Amapiens peuvent aussi passer une commande supplémentaire de viande d'agneau, car la productrice a du mal à écouler ses agneaux de Pâques en raison de la crise sanitaire qui interdit les rassemblements et empêche la tenue des fêtes de famille.
Les adhérents peuvent aussi commander des vins de Bourgogne du Domaine Huber-Verdereau, afin de l'aider à faire face à une importante diminution de sa clientèle.


 
Habituellement, l’AMAP Les Jardins de Virgile, à Dijon, organise ses distributions le samedi matin, de 8h30 à 9h30 au centre social des Bourroches.
Habituellement, l’AMAP Les Jardins de Virgile, à Dijon, organise ses distributions le samedi matin, de 8h30 à 9h30 au centre social des Bourroches. © Sylvie Rebillard-Chavanet

​​​​​​​En résumé, pour le moment, la plupart des AMAP de la région ont décidé de poursuivre leurs livraisons. Les préfectures et les mairies ont donné leur accord, car "les AMAP sont la prolongation d'une activité économique dans un secteur  jugé indispensable", indique la Direction Régionale de l'Agriculture et de la Forêt de Bourgogne–Franche-Comté. "Il n'y a pas lieu de considérer qu'elles devraient cesser leur activité, sous réserve bien sûr du strict respect des mesures barrières".

Certaines AMAP ont dû interrompre leur activité. "C’est le cas par exemple à Pouilly-sur-Saône, où la distribution a lieu dans un local fermé. Des pourparlers sont en cours pour trouver un lieu de repli le temps de la crise", explique Sylvie Rebillard-Chavanet.

En attendant, la vie continue. "Vivre, ce n’est pas attendre que l’orage passe, c’est danser sous la pluie", proclame une citation de Gandhi affichée lors de la dernière distribution de l'Amap des Jardins de Virgile. 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus/covid-19 santé société agriculture économie agriculture bio agro-alimentaire solidarité