Coronavirus Covid-19 : “ Rester confiné, on est d’accord, mais on va où ? ” à Dijon les SDF s'interrogent

A Dijon, on recense une cinquantaine de personnes sans domicile fixe. / © Dalila Iberrakene / France Télévisions
A Dijon, on recense une cinquantaine de personnes sans domicile fixe. / © Dalila Iberrakene / France Télévisions

Malgré le confinement instauré le mardi 17 mars 2020, les associations caritatives continuent de venir en aide aux plus démunis. Dans la rue, la situation des personnes sans domicile fixe se complique de jours en jours. Récit.

Par Léo-Pol Platet

"Y’a pas de confinement dehors. On vit dehors. J’en ai marre. Là, ça va être encore pire..." . Ce cri de désespoir, c'est celui de Damien, sans domicile fixe depuis 1 an. 

Depuis l'entrée en vigueur du confinement, les consignes sont claires. Rester chez soi et limiter les déplacements aux besoins indispensables. Mais quand son "chez soi" c'est la rue, comment faire ? 

Damien poursuit : « Rester confiné », on est d’accord, mais on va où ? On dort où ? Ils ferment tout. Même Sadi Carnot (NDLR : le foyer d'accueil situé rue Sadi Carnot) ils sont en quarantaine. Ils mettent des masques, Ils leur donnent la fièvre (sic) et il n’y a pas de place pour tout le monde. Ils nous ferment le resto pop, ils nous ferment tout. On est en quarantaine. Personne ne parle de nous. On ne peut même plus manger, sortir dans les rues.
 

On est vraiment dans la merde. Là c’est la guerre Monsieur Macron ! Mais on ne sait pas comment faire.



En France, on recense environ 143 000 personnes sans domicile fixe. Il y en a une cinquantaine à Dijon. Impossible donc pour eux de rester confinés. Si les accueils de nuit restent ouverts, les accueils de jour ont tous fermé à Dijon. Passés la nuit et le petit-déjeuner, les bénéficiaires se retrouvent donc à la rue et dans l'incapacité de satisfaire des besoins primaires, comme se doucher ou aller aux toilettes. 

Les toilettes de la ville sont fermées. On attend qu’elle les rouvre.
Ils n’avaient plus de douche. On a trouvé une solution ponctuelle. Il y a des grosses peur qui ne trouvent pas de réponses.

Maeva, salarié à la SDAT

 
Inquiètes de la situation, les associations se mobilisent. / © Dalila Iberrakene / France Télévisions
Inquiètes de la situation, les associations se mobilisent. / © Dalila Iberrakene / France Télévisions

 
 

Des associations en manque de moyens et obligées de s'adapter

Mais pour la SDAT (Société Dijonnaise de l'Aide par le Travail), hors de question de les laisser livrés à eux-mêmes en l'absence d'un accueil de jour. "Pendant la journée, on assure une maraude pour venir au devant des SDF et des plus démunis. On leur apporte à manger, à boire et un peu de réconfort." raconte Brice l'un des 7 salariés. Dans le même temps, une autre équipe de la SDAT gère l'espace douches prêté par le secours catholique en y distribuant notamment des serviettes et des kits d'hygiène. 

La situation se complique, d'autant plus que la société commence à manquer de matériel indispensable comme des couvertures, des gels hydroalcoliques, gels douche, du papier toilette, des lingettes, des kits d’hygiène.

Un contexte qui inquiète Maeva, salariée de la SDAT :

 "Aujourd’hui, il y a urgence parce que les personnes à la rue ont énormément de questions. Elles ont très peu de réponses. Ils nous sollicitent 5, 6 fois par jour parce qu’ils ont peur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils vont devenir, parce qu’ils ne savent pas qui va les aider, parce que leur situation est en suspens. Ils avaient des démarches en cours et ne savent pas ce qu’elles vont devenir."

Pour la Croix-Rouge française, les missions d'aide ne s'interrompent pas non-plus, même si elles sont modifiées. Christophe Talmet, le président de l'unité locale de la croix-rouge de Dijon explique :

« Maintenant, on assure une maraude dynamique c’est à dire que l’on ne reste pas dans un lieu fixe. On a plusieurs points d’étapes à différents endroits. »

Des mesures ont donc été prises et le nombre d’équipiers a été réduit à 4, contre 8  par soir en temps normal. Sur le terrain, tous sont équipés en conséquence avec des masques et des gants. Les bénévoles doivent adapter leurs habitudes afin d’éviter les contacts. « On met en places des zones tampon dans lequelles les bénévoles et les bénéficiaires échangent. Il n’y a pas de contact direct. »


Dans la rue, les SDF s'exposent aussi aux contraventions des forces de l'ordre, alors l'association a entamé des démarches visant à délivrer des attestations sur l'honneur pour prouver que ces gens dans la rue n'ont pas de domicile fixe et qu'il leur est impossible de se confiner. Car comme le dit Damien, les SDF sont  " La police nous contrôle toutes les 5 minutes, nous demande un papier. Nous on a pas de papiers ! On est sdf. On a même pas d’adresse."

Egalement SDF, Sam se montre plus défaitiste :"Je m’inquiète moins pour nous que pour les autres. Nous on a emmagasiné tellement de trucs dans la rue... On n'est pas imperméable mais on a l’habitude des saloperies. Moi je ne m’inquiète pas".


 


 

Une pétition en ligne pour permettre le confinement des SDF 

En ligne, une pétition intitulée " mais pour rester chez soi il faut un chez soi ! " circule afin de permettre aux personnes sans domicile fixe d'être confinées. Lancée mercredi 18 mars, cette pétition s'adresse directement au Premier Ministre, lui demandant de trouver des solutions pour éviter que la pandémie se propage chez ceux qui n'ont d'autres choix que de rester dans la rue.

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