Coronavirus Covid-19 : comment les étudiants étrangers font face au confinement à Dijon ?

Cette année, environ 2300 étudiants étrangers sont inscrits à l'université de Bourgogne. Loin de chez eux, ils doivent aussi faire face à la pandémie et au confinement. Témoignages.

Cette année, 2300 étudiants étrangers poursuivent des études à l'université de Bourgogne
Cette année, 2300 étudiants étrangers poursuivent des études à l'université de Bourgogne © Facebook université de Bourgogne
Jeudi 12 mars 2020, Emmanuel Macron annonce la fermeture des crèches, écoles, collèges, lycées et universités jusqu'à nouvel ordre. A Dijon, l'université de Bourgogne n'a pas dérogé à la règle et les étudiants ont été invités à rester chez eux. Bon nombre d'entre eux ont pris la décision de retourner auprès de leur famille pour se confiner. Mais lorsque l'on est un étudiant étranger venu pour faire ses études, rentrer au bercail n'est pas toujours chose aisé. 
Alors que faire lorsque l'on est face à une telle crise sanitaire loin des ses proches ? 


Chaymae, elle, a fait le choix de retourner au Maroc le lendemain de l'allocution du président de la république annonçant la suspension des cours.

« J’ai décidé de rentrer le vendredi à 21h et j’ai quitté mon domicile 2h après. Psychologiquement ça n’allait pas trop. » D’autant plus que de l’autre côté de la Méditerranée, sa famille s’inquiète. «Ils étaient très stressés pour moi. Surtout parce que je suis toute seule en France et que la situation n’est pas très rassurante. Ils avaient aussi peur que je reste bloquée à l’aéroport ou que je sois contaminée par le virus. Mais ils voyaient que je n’allais pas bien et donc ils m’ont dis de prendre la décision. »

Un parcours du combattant pour rentrer au Maroc


Une fois la décision prise, le plus dur commence car il est difficile de quitter l'Europe. A l’aéroport de Bâle, elle rencontre d’autres Marocains provenant de divers pays européens. « J’ai rencontré des marocains qui venaient d’Espagne, d’Allemagne ou encore de Roumanie. Ils venaient tous à l’aéroport de Bâle vu que le Maroc n’avait pas encore fermé les frontières avec ce pays. Parmi ces gens là, il y avait des personnes pour qui ce vol était leur quatrième tentative de rentrer au Maroc,à chaque fois leur vol s’annulait. »

 Ce sera également le cas de l’avion que devait prendre Chaymae, forcée de dormir dans un hôtel à proximité de l’aéroport.

« Le lendemain matin, on est allé à l’aéroport pour découvrir avec surprise qu’un avion s’était envolé pour le Maroc à 8h30. Finalement, j’ai pu en prendre un autre plus tard avec une compagnie différente. »

 

« Vous n’imaginez même pas le stress, la peur et la frustration qu’on ressentait.
On avait peur de rester coincé en Suisse si la France et d’autres pays l’Espagne fermaient leurs frontières avec la Suisse et que le Maroc ne nous laisse pas rentrer. Parmi nous, il y avait des touristes marocains dont le visa allait expirer le jour même, ils avaient peur d’épuiser leur réserve côté budget »

Une mise en quarantaine volontaire



A son arrivée au Maroc, Salma a du subir une série de tests : « Il y avait un détecteur de température à l’entrée au Maroc. On nous a distribué une fiche médicale pour récupérer nos coordonnées et savoir si on avait des symptômes, si on avait fréquenté des régions dont le taux de contamination est élevé, si on a été en contact avec des personnes qui sont passées par ces régions etc... »


Bien qu’elle ne présentait aucun symptôme, l'étudiante a préféré ne prendre aucun risque : « Quand je suis rentrée au Maroc, j’ai décidé de rester chez moi en quarantaine. Au moins pour les 15 premiers jours, question de protéger ma famille, on ne sait jamais ».


Maintenant confinée au Maroc, elle a reprises ses cours en ligne. « Les cours et les présentations de cours sont sur Microsoft team et le responsable de formation nous a dit que les examens se feraient en ligne.»


Au Maroc comme dans une large majorité de pays, les restrictions ont commencé. Les espaces publics comme les mosquées, les lieux d’enseignement ainsi que les autres commerces et lieux non-indispensables recevant du public sont fermés jusqu’à nouvel ordre. « Certes on n’a pas autant de cas qu’en France, mais les capacités d’accueil des hôpitaux au Maroc sont très limitées, du coup le gouvernement prends des décisions très restrictives par peur que ça se propage ».
 

Rester en France pour se protéger

Cette inquiétude pour sa patrie, c'est la même que connait Abderrahmène. Ce Tunisien venu étudier en France pour l'année craint que la situation ne s'agrave dans son pays. Sa famille connait la même peur pour lui, resté à Dijon. 

 Un choix dur à faire pour cet étudiant en master en lettres modernes. Mais un choix de raison pour lui, afin d’éviter tous risques de transmission à sa famille en Tunisie. « Je ne pense pas que ça aiderait, si je retournais dans mon pays. Je peux porter le Coronavirus sans avoir de symptôme, et de surcroît, il est possible de le contracter pendant le trajet. En plus, ma mère est âgée, et je ne veux pas la mettre en danger. »


Alors, dans son appartement dijonnais, il s’occupe surtout de ses études, ainsi que de ses camarades. « Je suis délégué de classe et depuis hier je scanne des documents de cours pour que tout le monde les ait. Plusieurs étudiants n’ont pas pu assister aux derniers cours vu les conditions. Sinon, je suis aussi bénévole à l’Erasmus Student Network Dijon et on met en place plusieurs dispositifs pour occuper les étudiants internationaux, comme des jeux virtuels, un Discord dédié, discuter avec ceux qui en ont besoin, etc. »



Marco lui, s'est posé la question de retourner au Mexique quand il a appris que les universités allaient être fermées et qu'il allait être contraint de se confiner. " Le jour où j’ai appris le confinement j’étais très triste, j’ai appelé ma mère, j'ai pleuré au téléphone, et elle m’a dit de rentrer au Mexique. Mais je lui ai dit "non", car rentrer au Mexique coûterait beaucoup trop cher et puis je ne voulais pas prendre le risque d'être contaminé et de venir avec le coronavirus ". 

Alors cet étudiant en master direction de projets culturels a dû se résoudre à rester à Dijon. "Le confinement c'est vraiment compliqué. Au début, j'ai ressenti beaucoup de tristesse et je me suis demandé ce que j'allais faire tout seul dans mon petit appartement d'étudiant. " 

Durant les premiers jours, Marco a consacré son temps à ses études en travaillant sur des devoirs qu'il devait rendre en ligne. "Maintenant, je pense que je vais me mettre à lire. J'ai beaucoup de livres et ça fait un moment que je voulais les lire, j’attendais le bon moment. Je crois que ça y est." 

Pour l'heure, il passe également beaucoup de temps à discuter avec ses proches au Mexique comme avec ses amis en France. Mais pour la suite, si le confinement venait à durer, il ne s'imagine pas continuer à vivre seul dans son appartement. Avec plusieurs amis restés à Dijon, il songe maintenant à se confiner en groupe. 

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