ENQUÊTE (1/2). Qui est Timothée Moiroux, l’interne en médecine à Dijon qui conseille aux patients de "taper" leurs enfants ?

Il est propriétaire de plus de 110 biens immobiliers, entrepreneur, Youtubeur, interne en médecine, hypnothérapeute... À seulement 25 ans, le CV de Timothée Moiroux est impressionnant. Pourtant, les pratiques médicales du futur soignant ont récemment créé la polémique. Première partie de notre enquête sur ce jeune Bourguignon.

Pour Timothée Moiroux, le vent a commencé à tourner le 24 février 2024. Sur X, anciennement Twitter, un certain @PaduStream poste alors un message, accompagné d’une courte vidéo. On y voit le jeune homme de 25 ans, qui s’exprime dans un podcast filmé. Il y raconte avoir conseillé à une mère de "taper" son enfant "super mal élevé". 

Rapidement, la vidéo disparaît. "Il a réagi en disant que c’était un montage", détaille @PaduStream, à l’origine du tweet. Mais après quelques recherches, l’internaute retrouve l’intégralité du podcast. Le passage en question, initialement à 1:09:50, a lui aussi disparu. Découpé grossièrement. 

Ce qui pose problème à @PaduStream, outre, selon lui, l’incitation aux "violences éducatives ordinaires", interdites depuis 2019, c’est le statut de Timothée Moiroux. Il est interne en médecine générale, nommé le 16 octobre 2022 au CHU de Dijon, et l’échange avec cette mère se serait déroulé, selon son récit, en consultation. 

"Qu'est ce qu'il se passe à Dijon ?"

Dans les commentaires de la série de tweets, vue par près de 745 000 internautes, la sphère médicale s’insurge : "Et il bosse aux urgences…", "Un vrai danger"... peut-on lire.

L’une écrit, dans une publication Instagram dénonçant les propos de Timothée Moiroux : "Le souci principal ici est que c’est pas le rôle du médecin de faire des leçons de morale éducative à des parents venant en consultation aux urgences, et encore moins dire de taper !"

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Naw Hadouiri (@dr_nawell2.0)

Au CHU de Dijon, qui n’a pas donné suite à nos sollicitations, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Le personnel soignant, qui apprend qu’un interne en médecine générale tient de tels propos sur les réseaux sociaux, aurait ainsi signalé la vidéo "maintes et maintes fois", selon une source interne. 

À LIRE AUSSI : "Comment gagner 3000€ par mois en moins d'un an" : derrière les influenceurs immobilier, des formations hors de prix et des mirages

Le cas Timothée Moiroux arrive alors aux oreilles de l’Ordre des médecins de Côte-d’Or. Un coup d'éclat dont ils se seraient bien passé. "Est-ce que ce sont des soins consciencieux de dire à une femme il faut taper son enfant ? Je pense qu’on peut se poser la question", ironise le Dr Romain Thévenoud, le président. Ces propos, selon lui, constitueraient en outre une déconsidération de la profession, interdite dans le Code de santé publique. "C’est monté très haut, confie Romain Thevenoud. Des collèges de pédiatrie partout en France ont été très très choqués. Ils nous ont dit : « Qu’est ce qu’il se passe à Dijon ? »".

Pseudo-sciences

Car la polémique ne s’arrête pas là. Timothée Moiroux, aspirant médecin, baigne aussi dans les "pseudo-sciences". Sur les réseaux sociaux, où il comptabilise 79 000 abonnés sur Youtube et près de 74 000 sur Instagram, il fait la promotion de ses activités parallèles. 

Timothée Moiroux explique ainsi, dans une vidéo, qu’il aurait "fait une formation pendant un petit mois" pour devenir hypnothérapeute à la fin de sa première année de médecine. Il aurait par la suite donné jusqu’à 30 consultations par semaine durant ses études. En parallèle, il pratique également la programmation neuro-linguistique (PNL), qu’il a mis en application directement sur ses camarades universitaires, comme le rapporte cet article du Quotidien des médecins. 

@timotheemoiroux_mindeo Comment j'ai commencé l'hypnose #timotheemoiroux #entrepreneur #business Extrait tiré de la vidéo de @matera_fr ♬ son original - Timothée Moiroux

Des pratiques à première vue bénéfiques, mais pas sans risques, rappelle le collectif No Fake Meds. Formée en 2018 à la suite de la tribune des 124 publiée dans Le Figaro, cette association de professionnels de santé se bat contre les médecines dites "alternatives". 

Dans les pratiques dénoncées comme non-scientifiques, il y a la naturopathie, la chiropraxie, mais aussi l’hypnothérapie et la PNL. "L'usage du titre d'hypnothérapeute ou de praticien en hypnose n'est pas du tout régulé", remet Pierre de Bremond d’Ars, le président du collectif. Si elle peut être utile dans certains cas, l’hypnose pourrait aussi mener à des dérives : "Il y a déjà le risque de rester seul face au patient lorsqu’un confrère aurait fait mieux. L’autre risque, c’est celui d’une position ascendante voire d’emprise, de dérives sectaires."

"L’autre risque, c’est celui d’une position ascendante voire d’emprise, de dérives sectaires".

Pierre de Bremont d'Ars, président du collectif No Fake Meds

Pour la PNL, une pratique originellement populaire dans les milieux sportifs et de coaching, même constat : "Ce sont des techniques qui empruntent beaucoup à l’hypnose. Dès qu’on creuse un peu, on s’aperçoit qu’il y a beaucoup de choses farfelues : par exemple la lecture des mouvements oculaires n’est pas forcément très solide scientifiquement". Le collectif qualifie donc volontiers la PNL de "pseudo-science" : "Elle se base sur des postulats au mieux extrêmement optimistes au pire farfelus et mensongers avec des techniques marketing pour « ramener » des gens."

► À LIRE AUSSI : INTERVIEW. Les médecines alternatives, "au mieux c’est extrêmement optimiste, au pire c’est farfelu et mensonger", affirme le collectif No Fake Meds

Dans le cas de Timothée Moiroux, il appuierait sa qualité d'"enseignant en programmation neuro-linguistique et en hypnose ericksonienne dans diverses écoles de commerce" en introduction de cette vidéo intitulée : "Comment manipuler n'importe qui?".

Timothée Moiroux est en droit de pratiquer ces médecines alternatives. Ce qui pose question au collectif, c’est son double statut. "Ce qui est compliqué, c’est que ces pratiques qu’il a sont des pratiques commerciales et pas de soins. Elles ne sont pas encadrées par le code de santé publique, on ne peut pas les recommander au patient. Etre étudiant en médecine et en même temps pratiquer l’hypnose et la PNL pose un certain nombre de questions au niveau déontologique."

L'Ordre des médecins embarrassé

Un avis partagé largement par l’Ordre des médecins, mais qui les met dans l'embarras. Lorsqu’il a entendu parler de Timothée Moiroux, Romain Thévenoud s’est immédiatement rapproché du Conseil national de l’Ordre. La réponse ? "Cette personne est un étudiant en médecine, non titulaire d’une licence de remplaçant, vous n’avez donc aucun moyen de pression sur lui". 

Malgré nos relances, Timothée Moiroux n’a pas donné suite à nos sollicitations. Pour l’heure, il est toujours interne en médecine générale au CHU de Dijon. Il vient de finir son troisième semestre. 

L'Université de Bourgogne ne cautionne en aucun cas ni les propos ni l'attitude de M.Moiroux.

Université de Bourgogne

C’est la faculté qui décidera ou non de lui accorder son diplôme. Sollicitée, elle nous répond par ce message : "Les équipes de l’université sont informées. L’université de Bourgogne ne cautionne en aucun cas ni les propos ni l’attitude de M. Moiroux sur les réseaux sociaux. Il est seul responsable de ses propos, et ne représente en aucune manière l’établissement."

Le président de l’Ordre des médecins de Côte-dOr, lui, n'exclut pas que Timothée Moiroux s’installe un jour dans son département. Il en doute, puisque le père de l'influenceur est médecin en Saône-et-Loire, mais l’affirme : "s’il s’inscrivait chez moi, je le convoquerai et je lui demanderai des comptes". Dans le viseur, ses propos polémiques et ses activités parallèles, dont une qui pose souci à l’Ordre : celle, très visible sur les réseaux sociaux, d’influenceur en investissements immobiliers. 

À SUIVRE : "Un festival de n'importe quoi" : dans les formations en investissement immobilier à 4000€ de Timothée Moiroux, promesses douteuses et accusations de plagiat