"Une grosse houle" plutôt qu'une "deuxième vague", au CHU de Dijon

Alors que le nombre de contaminations est à la hausse en Bourgogne, les services du CHU de Dijon se préparent à l’arrivée de nouveaux patients.
 
© NZ - France 3 Bourgogne
« Mécaniquement, il y a une proportion des gens qui se contaminent qui arriveront à l’hôpital » constate le Professeur Piroth, chef du département infectiologie au CHU de Dijon. «Mais je ne pense pas à une deuxième vague, précise-t-il tout de suite. La première a été d’une telle intensité que l’on ne peut pas utiliser le terme de vague. On devrait plutôt être sur une grosse houle. » A Dijon comme dans la plupart des hopitaux de la région, la question est maintenant de savoir à quoi ressemblera ce second afflux de patients atteints du Covid. Six mois après la première vague, des enseignements ont été tirés. 

Le dernier bilan hebdomadaire de l’Agence Régionale de Santé de Bourgogne Franche-Comté diffusé le 4 septembre fait état de plus d’un millier de nouvelles contaminations en une semaine dont 386 en Côte d’Or. Au CHU de Dijon, le même jour, on comptait seulement 3 malades du Covid dans le service maladies infectieuses et seulement 1 en réanimation. Ils étaient 47 patients dans le même cas au plus fort de l'épidémie.
 

Une nouvelle prise en charge des patients Covid

Parmi les données qui rendent les soignants optimistes, le retour d’expérience tiré de la première vague. « On connait beaucoup mieux la maladie », estime le professeur Piroth tout en précisant qu’il « n’y a pas eu de révolution » dans les traitements. Depuis 6 mois, plusieurs molécules ont ainsi été écartées après avoir été source d’espoir contre la Covid-19. La désormais fameuse Chloroquine, l’association Lopinavir-Rotonavir ou les interférents béta ont tous été testés mais n’ont pas démontré leur efficacité. « Avoir pu écarter certaines solutions thérapeutiques est une chance » assure le médecin. Il ajoute : « La médecine repose sur des preuves. Faute de quoi, on se fourvoie dans des pistes qui ne sont pas intéressantes avec des pertes de chances pour les patients. »

« La seule molécule qui a montré une efficacité sur le plan thérapeutique, c’est le Remdesivir, poursuit Lionel Piroth. Il y a un gain non négligeable avec une amélioration de l’état clinique, mais il n’y a pas de différence énorme en terme de mortalité ou de transferts en réanimation. » Pour l'instant, ce n'est donc pas directement dans le traitement de la maladie que des progrès ont été faits. 
 

Moins d’intubations

La vraie amélioration dans la prise en charge concerne la gestion des conséquences physiologiques de la Covid plutôt que la maladie elle-même. « On travaille sur des molécules qui jouent sur la réponse de l’organisme car il peut y avoir une sur-réponse qui augmente la gravité. » Certains corticoïdes et une molécule anti-inflammatoire sont jugés particulièrement intéressants selon les médecins, notamment dans le traitement des cas graves. Parmi les autres pistes, l’utilisation du plasma de personnes convalescentes. Elles permettent de stabiliser l'état des patients sérieux. « On a beaucoup moins de cas qu’avant et on les dépiste beaucoup plus tôt. On arrive à mieux les gérer », constate le chef de service du CHU de Dijon.

Autre évolution au niveau national, les passages en réanimation et surtout sous respirateur artificiel ont été réduits. Symbole marquant de la première vague, l’intubation des patients en position ventrale et en coma artificiel présente un risque de surinfection bactérienne. Le placement sous oxygène intensif et désormais souvent le  traitement de première intension. « La reflexion actuelle consiste à dire que l’on va essayer de moins intuber les gens parce qu’une fois intubés, cela dure très longtemps et on a du mal à les extuber » détaille le Pr. Piroth. Les patients qui ont été intubés en sortent souvent très affaiblis, avec des séquelles physiques et /ou psychologiques.
 

Une banalisation de l'épidémie ? 

Au CHU de Dijon, le Professeur Piroth se veut plutôt confiant. « Franchement, personnellement, je suis serein. Même si il y a des contaminations chez les jeunes, si le taux d’incidence augmente en Côte d’Or, les gens les plus à risque sont les plus responsables.» Si les modèles épidémiques ne sont pour l'instant pas alarmants, le médecin veut néanmoins rester prudent et en appelle à ses concitoyens "Ce qui génère les modèles épidémiques, c’est ce qui se passe en amont de l’hôpital. Cela dépend de ce que font les gens et du respect des gestes barrières. »

Ces dernières semaines, le médecin craint notamment une banalisation du virus. « Comme pour d’autres maladies infectieuses, ne plus les voir entraine certains à nier leur gravité. On a combattu la rougeole avec un vaccin ce qui a conduit les gens à s’en moquer complètement car on ne voyait plus la maladie. » Comme si la mobilisation des uns précédait la baisse de mobilisation des autres.


 
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