INTERVIEW. Présidentielle 2022 : PS - LR, la fin des partis politiques historiques en Bourgogne-Franche-Comté ?

A l'issue du premier tour de l'élection présidentielle, les résultats d'Anne Hidalgo pour le Parti Socialiste (1,7 %) et Valérie Pécresse pour Les Républicains (4,8 %) signent-ils la fin des partis politiques traditionnels ? Nous avons posé la question à Dominique Andolfatto, politologue à l'Université de Bourgogne.

Nous avons sollicité Dominique Andolfatto, qui est professeur des universités en Science Politique, à l'Université de Bourgogne.

Les résultats en BFC

Les Républicains ont fait un score de 5,1 % avec Valérie Pécresse en Bourgogne-Franche-Comté, et Anne Hidalgo pour le Parti Socialiste obtient 1,8 %.

 

Que reste-t-il des partis historiques ?

Dominique Andolfatto : "Il y a un paradoxe. Les partis historiques, que ce soit au niveau local, régional ou d'une commune ont assez bien résisté. Par exemple, à toutes les élections locales depuis 5 ans, la République En Marche a essayé de s'implanter et n'y est pas arrivée."

Comment explique-t-on ce paradoxe ?

D.A : "Les partis historiques sont, sans doute, victimes de la professionnalisation de la politique. Ils ont réussi à faire sortir de leurs rangs des personnalités qui ont pu s'implanter dans le territoire local, qui souvent sont reconnues et font un travail plutôt apprécié. Des personnalités souvent réélues. En revanche, il y a une certaine incapacité à faire sortir de leurs rangs un grand leader, quelqu'un qui aurait un certain charisme, pour prendre de la hauteur. Il n'y a plus la capacité à faire sortir de leurs rangs une personnalité à dimension nationale."

Les grands partis sont-ils morts ?

D.A : "Non. L'analyse est un petit peu courte. En fait l'élection présidentielle a traduit l'incapacité à faire émerger un leadership. Ils ont des querelles de personnes, c'est ce que cette élection a révélé. Par contre, ils sont toujours là dans les territoires.

Pour la présidentielle, il faut que les électeurs se reconnaissent dans un leader, une personnalité qui va porter leur projet. Là il n'y avait pas, ni du côté du PS, ni du côté des Républicains, cette capacité à incarner.

Par ailleurs, avoir choisi des personnalités trop parisiennes, au PS comme chez LR, a été des mauvais choix. Les primaires, également, sont assez contre-productives."

Le parti politique est-il un 'vaisseau amiral' pour aller vers une présidentielle ?

D.A : "Alors oui, il faut avoir un 'vaisseau amiral', mais aussi il faut avoir des frégates autour de ce vaisseau. Les partis historiques n'ont pas ce vaisseau amiral, ils sont écartelés, éparpillés. Ce sont des partis qui sont fracturés. Les intérêts des territoires ont en quelque sorte anesthésié le parti sur le plan national. Ils ont des réseaux, ils sont assez vivants au niveau local, mais il n'y a plus de sang qui monte à la tête, en quelque sorte."

Que vont révéler les élections législatives ?

D.A : "Si on ne peut pas encore parler de mort des partis historiques, il faut encore attendre les élections législatives. C'est à ce moment-là qu'on verra s'il n'y a plus de groupe Les Républicains. Il n'y avait déjà qu'un groupe socialiste assez maigre, donc là on pourra se prononcer au niveau national."

Lors des législatives 2017, le PS avait fait le choix du local en raison de l'interdiction du cumul des mandats. Car administrer une ville, même de taille modeste, c'est sans doute plus rémunérateur de tous les points de vue, pas seulement en numéraire : symboliquement, vous avez une tâche à accomplir qui est beaucoup plus claire que celle d'un député. Mais cela avait aggravé la situation. L'affaissement du PS ne s'explique donc pas simplement par l'explosion du météore Macron.

Du côté des Républicains, peut-être que les députés sortants sont assez populaires, ils sont dans des circonscriptions ancrées à droite, ça sera peut-être pour eux plus facile de se maintenir. Ils sont déjà implantés. Alors que pour le PS, il faut tout reconstruire. 

Quelle évolution de la société ?

D.A : "On assiste à la fin du parti de masse, où les membres devaient suivre une ligne. Mais aussi à une dépolitisation de la société, dans laquelle les gens ne s'intéressent à la politique qu'au moment des élections. À ce moment, l'offre politique devient un produit de consommation. On peut noter aussi un certain manque d'innovation dans les partis historiques. 

Il faut aussi rendre l'offre politique attractive. Eric Zemmour a par exemple montré que sans expérience, on pouvait tout de même obtenir un score".