"Je me suis réveillée et j’avais des cafards sur le corps" : à Dijon, des étudiants du Crous saisissent la justice

Ce jeudi 4 mai, 16 étudiants dijonnais ont décidé d'engager un avocat pour dénoncer les conditions d’hébergement de la résidence universitaire "Beaune" à Dijon. Le Crous se défend d'être "des marchands de sommeil".

Dans sa petite chambre de la "résidence Beaune", à Dijon, Andy montre sa multiprise. Dessus, on y découvre des traces de morsure, de grignotage. Cela fait des mois que cet étudiant en première année vit ce calvaire. Arrivé en septembre, ce jeune homme semble résigné.

"On s'y fait malheureusement. C'est terrible de se dire ça, ce n'est pas normal. Ils s’accrochent à cet établissement, ils vont tous nous enterrer."

Ils, ce sont les cafards, les punaises de lit, les blattes. Des nuisibles qui accompagnent le quotidien d'Andy. "Ils sont dans mes meubles, dans mon bureau. Ils se baladent sous le linge, je ne peux pas inviter des amis avec l’esprit tranquille. Chez mes parents, j’ai peur de ramener des cafards. Ce n'est pas un cadre de vie intéressant, c’est très anxiogène pour travailler", avoue-t-il.

L'étudiant alerte immédiatement les services du Crous, sans succès. "On recevait régulièrement pendant les vacances des messages annonçant qu'une équipe viendrait désinfecter. Ils sont venus quatre ou cinq fois dans l'année et ça n'a rien changé, il n'y a pas eu d’améliorations."

"Le premier soir, je vois un cafard qui se balade. Je demande à la femme de ménage si c’est normal. On me dit : "vous dormez la lumière allumée et ils ne viendront pas vous voir. "

Ebtisem

Étudiante en L1 administration économique et sociale

"J'étais angoissée à l'idée d'être chez moi"

Ebtisem est arrivée à la résidence Beaune le 31 août 2022. Dès les premiers jours, elle remarque une présence anormale dans son logement. "J’ai commencé à avoir des plaques de boutons sur le corps, c’était très violent. Je faisais une réaction allergique aux punaises de lit. Je suis resté trois semaines dans ma chambre en ayant des réactions, ce qui a engendré des frais que je ne pouvais pas me permettre. Je me suis réveillée une fois dans la nuit et j’avais des cafards sur mon corps", raconte Ebtisem. 

Des traumatismes, qui impactent son quotidien d'étudiante. "Quand tu as du travail à côté, des cours à réviser, des associations où tu veux t’investir… C’est beaucoup de choses à gérer. Pendant des mois, j'étais angoissée à l'idée d'être chez moi."

Pendant la nuit, on est réveillé par les piqûres des punaises de lit. Je partais à l’école, j’avais des punaises de lit dans mes vêtements. Elle me piquait pendant le cours et je devais sortir et aller aux toilettes pour les enlever.

Charles* (prénom modifié pour garder l'anonymat)

Étudiant logé au Crous

Soutenus par La France insoumise (LFI), 16 étudiants ont alors décidé d'engager Jean-Baptiste Gavignet en tant qu'avocat. "On a décidé de saisir le tribunal administratif afin qu'une expertise ait lieu pour établir la réalité dans laquelle les locataires se trouvent. Ce sont des personnes aux revenus précaires, elles sont là pour quelques mois et n'osent pas faire valoir leurs droits vis à vis du Crous."

"Les étudiants manquent de communication"

Face à ces accusations, le Crous a tenu à apporter sa version des faits. Christine Le Noan, la directrice générale du Crous de Bourgogne-Franche-Comté, a assuré que le problème venait du manque de communication des étudiants. "Ils ne signalent pas. Ils ont peur d’être réprimandés, mais il faut nous le dire pour qu’il n’y ait pas d’infestation. C’est dans leur intérêt et dans l'intérêt collectif. Dès qu’ils nous sollicitent, on réagit immédiatement et on met en place un protocole. On fait venir une entreprise qui intervient et on fait déménager l’étudiant", assure-t-elle.

Mais selon Jean-Baptiste Gavignet, le travail des experts est fait à moitié. "Ils ont travaillé à l’économie : "on intervient pour dire qu’on intervient". Il ne suffit pas de venir de temps en temps pour faire taire la misère pendant quelques semaines. Les étudiants demandent a ce qu’on mette en place des traitements efficaces et durables", déclare-t-il. 

Côté Crous, seules quatre chambres sur 341 ont été recensées comme impactées par les nuisibles. "On n'a jamais lésiné pour éradiquer les nuisibles, répond Christine Le Noan. Si les étudiants ont des soucis, évidemment qu'on réagit. On a prévu un plan d’action important, cet été on fait traiter toutes les chambres de la résidence en intégralité. À la rentrée, on va organiser une réunion d’information et de sensibilisation sur le sujet."

En 2024, la résidence Beaune du Crous va fermer pour commencer des travaux.  

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