Pédophilie dans l’Église : qu’en disent les catholiques de Dijon ?

Grâce à Dieu sort au cinéma ce mercredi 20 février. Ce film, basé sur des faits réels, raconte la naissance en 2015 de l’association La Parole Libérée, qui a révélé un scandale de pédophilie au sein du diocèse de Lyon. À Dijon, que pensent les croyants de cette libération de la parole ?

Au sortir de la messe de 10h30, à l’église Notre-Dame, Amédée* souhaite que justice soit faite. “Les vieilles cachotteries, c’est fini. Un cardinal de 88 ans s’est retrouvé défroqué par le Pape, quarante ans après les faits. Il y a désormais une volonté de faire la lumière sur ces agissements abominables.” [L’ex-cardinal de Washington Theodore McCarrick vient d’être rendu à l’état laïc par le Pape François pour le motif d’accusation d’abus sexuels].

Amédée a été particulièrement troublé par ces révélations. Pourtant, il n’ira pas voir le film de François Ozon, le jugeant opportuniste et racoleur.

Georges, organiste dans une paroisse dijonnaise, se réjouit de cette libération de la parole. Selon lui, ces agissements ont toujours existé mais ont été étouffés. Il évoque une pudeur dans la société qui s’étendait jusqu’au cercle familial. “Par le passé, des actes similaires ont été commis par des hommes d’église mais également par des instituteurs, des maires… Seulement, on n’en parlait pas.”

Robert, ancien catholique, adopte un regard similaire. “Avant, on se taisait. Maintenant, les langues se délient.”
 

Une parole qui reste frileuse

“L’Église est faite d’hommes et les hommes sont des pécheurs. Nous sommes tous pécheurs”, assène Anne-Claire, croyante affirmée qui fréquente la paroisse Saint-Michel de Dijon. “Ces événements sont très tristes. Ils le sont davantage pour nous, catholiques. Voyez, je suis troublée,” souffle-t-elle d’une voix chancelante. Elle lève les yeux vers le monument de pierres qui se découpe dans le ciel bleu.

Pour cette fervente catholique, il faut faire la distinction entre l’Église, intrinsèquement sainte, et ses membres, parfois “malsains”. “Ces affaires m’ont permis de me raccrocher encore plus à Dieu, c’est lui qui fera notre sainteté.” Elle conclut : “L’homme peut être pécheur mais il peut toujours être pardonné. Il faut prier davantage lorsqu’il y a un péché”. La cloche de la paroisse Saint-Michel sonne 9 heures.
 

Vers la fin de l’omerta ?

La pédophilie dans l’église demeure un sujet sensible. Nombreux sont les croyants n’ayant pas souhaité s’exprimer sur la question. “Déplorable”, c’est le seul mot que voudra bien dire cet autre croyant en sortant d’une paroisse.
“Je n’ai rien à dire. C’est triste, mais je n’ai rien à dire”, déclare de son côté un homme d’église de Dijon souhaitant rester anonyme. Il dira cependant avoir déjà eu vent d’un cas de pédophilie. Lorsqu’on lui demande s’il ira voir le film de François Ozon, il répond, laconique : “Oui.”

* tous les prénoms ont été modifiés.
 
Un chemin de croix pour Grâce à Dieu
Double assignation en justice pour François Ozon, double victoire. La justice a définitivement autorisé la sortie du film Grâce à Dieu mercredi 20 février, après que le père Preynat d’un côté, et Régine Maire, ex-membre du diocèse de Lyon, de l’autre, ont assigné en référé le réalisateur français.

Bernard Preynat avait saisi la justice afin d’obtenir un report de la sortie de Grâce à Dieu en salles. L’homme d’église reprochait notamment au réalisateur français d’avoir rompu la présomption d’innocence.

En parallèle, François Ozon avait été assigné en référé par Régine Maire, poursuivie aux côtés de l’archevêque de Lyon pour non-dénonciation. Elle demandait à ce qu’on retire son nom du film.
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