Pénurie de médicaments, vente en ligne... Pourquoi les pharmaciens sont en grève le 30 mai

Le 30 mai, rideau baissé et croix verte éteinte pour les pharmacies. Une "journée noire" en Bourgogne et en France qui témoigne de la colère et la tristesse des professionnels en officine. Pénurie de médicaments, vente en ligne des médicaments, fermeture d’officine… autant de raisons qui poussent les pharmaciens à faire grève.

Suite à un appel syndical lancé par USPO et FSPF, près de 95 % des pharmacies vont baisser le rideau le 30 mai en France. Une mobilisation exceptionnelle, la deuxième plus grande de l’histoire après celle de 2014, qui témoigne de la détresse des professionnels.

Les revendications sont nombreuses. "On a l’impression que le gouvernement veut détruire le maillage du réseau pharmaceutique", assène Pierre-Olivier Variot, pharmacien à Plombières-lès-Dijon et président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO).

"On a un grand sentiment de frustration chez les pharmaciens d’officine. On a toujours répondu présent pour les missions qu’on nous demandait, on est le premier professionnel de santé sans rendez-vous pour les patients et malgré ça, nous n’avons pas de moyens suffisants pour assumer les missions qu’on nous donne et pour contrer l’inflation", vient compléter Marie Halm-Bongard, pharmacienne à Corbigny (Nièvre) et présidente du syndicat des pharmaciens de Bourgogne (FSPF).

Pénurie de médicaments et fermeture des officines

L’une des revendications des pharmaciens est la pénurie de médicaments. "Il y a dix ans, on parlait de 400 molécules qui manquaient chaque année. En 2022, c’était 3 700 pour être à 4 900 en 2023, souligne Marie Halm-Bongard. Quand on n’a plus un médicament, on ne dit pas juste au patient qu’on ne l’a plus. On va prendre le temps de trouver des alternatives thérapeutiques, on contacte le prescripteur pour adapter le traitement, on contacte les laboratoires et les confrères."

Ce temps représente 12 heures par semaine à chercher un médicament pour les pharmaciens, temps qui devrait être consacré au conseil et à l’accompagnement des patients. "On veut souligner qu’on y arrive, le cœur de notre engagement, c'est que le patient ne reparte pas sans solution", assure la professionnelle.

Autre motif d'inquiétude, la fermeture des officines qui s’accélère, en raison notamment de la hausse des charges. "On ne peut pas changer le prix de nos actes que l’on facture. Donc il faut que l’on soit revalorisés, mais nous ne sommes pas entendus", soulève Pierre-Olivier Variot. "D’année en année, de plus en plus de pharmacies ferment et les chiffres sont de plus en plus importants", s’inquiète Marie Halm-Bongard.

En effet, depuis dix ans, le taux de fermeture des officines a augmenté de 60 %, avec 276 fermetures en 2023. "On est passé sous la barre de 20 000 pharmacies en France, poursuit la présidente du syndicat des pharmaciens. On voit le phénomène du pharmacien qui part à la retraite sans avoir cédé son officine ou du pharmacien en liquidation judiciaire. On ne voyait pas ça avant."

Risque de dérégulation et vente de médicaments en ligne

En plus d’une pénurie grandissante de médicaments, les pharmaciens s’opposent à la dérégulation et à la vente en ligne des molécules. "Favoriser vente de médicaments sur internet avec un stock déporté est une atteinte du réseau pharmaceutique et la destruction de maillage", assène Pierre-Olivier Variot. 

On va être dans une course aux prix et on va faire du médicament un bien de consommation et plus de soin.

Pierre-Olivier Variot

pharmacien à Plombières et président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO)

Un constat avec lequel Marie Halm-Bongard est d’accord. "Si on prend les chiffres des pays nordiques où les médicaments peuvent être vendus en ligne, le maillage du territoire n’est pas le même. La France est le pays où l’accès à une pharmacie est le plus facile. Demain, les petites officines disparaîtront et le patient qui a besoin tout de suite d’une molécule, comment fera-t-il ?", questionne-t-elle avant de poursuivre : "Pourquoi on fait cela d’un système aussi cadré, régi par le code de santé publique ? Pourquoi on veut libéraliser à outrance sans penser aux effets indésirables ? Dans la délivrance en officine, il y a la traçabilité, le conseil, l’analyse de l’ordonnance…"

Absence de revalorisation d’honoraires

L'un des derniers points que les pharmaciens soulèvent, c’est l’absence de revalorisation d’honoraires. Malgré l'attribution de nouvelles missions de santé publique, les honoraires des pharmaciens ne sont pas revalorisés à leur juste valeur. "Ces nouvelles missions, comme la vaccination, les dépistages, les tests… sont passionnantes, mais nécessitent beaucoup de temps, de la qualification, précise Marie Halm-Bongard. Et tout ça, c’est très peu reconnu. Et au-delà du principe économique, il y a un vrai sentiment de tristesse de nous dire ‘on a eu besoin de vous, mais on ne vous reconnaît plus’. On les fait avec beaucoup d’entrain parce que cela vient valider une expertise de six ans d’études."

On veut juste dire qu’il faut mettre en face une tarification pour assurer l’avenir économique de nos officines.

Marie Halm-Bongard

pharmacienne à Corbigny et présidente du FSPF

"Le pharmacien fait partie du quotidien de chaque patient"

Enfin, les pharmaciens rejoignent le combat des étudiants en pharmacie. "On attend une réforme depuis huit ans. Depuis huit ans, tous les ministres nous la promettent, il n’y a toujours rien", s’insurge Pierre-Olivier Variot. Une réforme qui consisterait à une meilleure rémunération du stage des étudiants (1 200 euros) ainsi qu’une meilleure répartition sur l’ensemble du territoire. "Il faut les envoyer là où on a besoin d’eux", poursuit-il.

"La seule façon qu’on a de se faire entendre, c’est de faire ça parce que c’est impactant, car le pharmacien fait partie du quotidien de chaque patient. On les connait, on a un lien de confiance avec eux, ils savent que de 8h à 20 h et même la nuit, ils peuvent compter sur vous. On a prêté serment", conclut Marie Halm-Bongard. Un mouvement de grève suivi donc par les pharmaciens, les étudiants, et soutenu par l’Ordre des pharmaciens.

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