Police municipale : l'embauche d'effectifs supplémentaires devient impossible pour certaines mairies en Bourgogne

Les annonces sur la sécurité de muliplient. Mais pour les communes, recruter des policiers municipaux devient un casse-tête, faute de candidats. Indemnités, armement, conditions de travail, dans l'Yonne et en Côte d'Or, les communes se font concurence. Parfois au détriment des plus modestes.

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Illustration. © Alexandre MARCHI / MAXPPP

Très animé depuis des années, le mercato des policiers municipaux ne semble pas près de prendre fin. Depuis des années, la tendance est toujours au renforcement des effectifs dans beaucoup de communes. De nombreux maires élus en 2020 en ont fait une promesse de campagne.

C'est le cas de Jean-Luc Givord, maire (SE) de Paron élu pour la première fois en 2020. Durant sa campagne, il l'avait fait la promesse d'augmenter les effectifs de la police municipale pour les passer de 3 à 5 agents. Près d'un an après son élection, il est en passe de tenir sa promesse mais au prix de nombreuses difficultés. "On va finir en septembre par réussir à avoir 5 postes avec trois agents recrutés mais cela a été très compliqué. Aujourd'hui, il y a plus de demandes que d'offres." 

En France, il y aurait actuellement entre 3 000 et 4 000 postes vacants de policiers municipaux. "Beaucoup de villes qui aspirent à plus de tranquillité publique recrutent. Face à la demande accrue, il y a une concurrence sur le territoire pour rendre nos villes attractives," avance Nathalie Koenders, 1ère adjointe à la ville de Dijon et co-présidente de la commission sécurité à l'Association des maires de France. "Beaucoup de villes ont donc du mal à recruter des policiers municipaux."

Résultat de cette demande accrue, certains policiers dictent leur loi sur le marché de l’emploi et n’hésitent plus à chercher de meilleures conditions de travail ailleurs. "Financièrement, ils négocient leur recrutement", confirme Jean-Luc Givord.

Salaire, armement, horaires : la concurrence est rude

En pratique, les villes disposent d’un vaste système de primes pour améliorer le traitement de leurs policiers comme l’indemnité d’administration et de technicité, l’indemnité spéciale de fonction ou les heures supplémentaires. Certaines villes n'hésitent donc pas à mettre la main à la poche pour attirer ces policiers. "Pour rendre nos villes attractives pour les policier municipaux,  beaucoup d’entre elles dont fait partie la ville de Dijon les professionnalisent. Il y a un travail sur les primes pour un meilleur déroulement de carrière", explique Nathalie Koenders.

Une trentaine d'agents devraient être recrutés à Dijon d'ici 2022-2023, pour porter le contingent à une centaine de policiers. Et pour attirer les candidats, la mairie sort le chéquier. Le salaire des policiers municipaux va être revalorisé, par l'intermédiaire de l'IAT, l'indemnité d'administration et de technicité, soit en moyenne une hausse de 80 à 90 euros net par mois.

Certaines communes notamment en Ile-de-France offrent également des conditions très avantageuses. Des avantages financiers que ne peuvent pas se permettre certaines petites communes comme Paron. "Il y a des systèmes de primes plus avantageux ou des logements par nécessité de service sur lesquels on ne peut pas s’aligner," déplore Jean-Luc Givord. 

"L’offre étant supérieure à la demande, les municipalités essaient d’attirer les collègues avec plus d’avantages quant à la qualité de vie, la qualité de travail" ajoute Cédric Bovrisse, secrétaire départemental du syndicat Alliance Police en Côte-d’Or. 

Le port d'arme, condition sine qua non

Mais au-delà du salaire, l’arme à la ceinture est devenue une condition prélable de certains policiers pour porter l’uniforme. Entre 2018 et 2019, 1500 policiers municipaux supplémentaires ont été armés. Selon les chiffres du Ministère de l'intérieur, 57% des policiers municipaux étaient équipés d'une arme de poing en 2019, soit 3 policiers municipaux sur 5. "Je comprends cette revendication. Ils souhaitent avoir des moyens qui leur permettent justement de faire leur métier en sécurité et pouvoir le cas échéant se défendre si l’on porte atteinte à leur vie", explique Cédric Bovrisse. 

Certaines communes misent sur l'équipement

A Sens (Yonne), une convention de coordination a été signée entre la police municipale et la police nationale. Avec cette convention, les agents municipaux sont autorisés à porter une arme. Ils peuvent aussi effectuer des missions de nuit entre 23h et 6h. Aujourd'hui, la ville compte 18 policiers municipaux dont un chef de service sur lequel se repose la municipalité pour faire venir de nouvelles recrues. "Chez nous, on a un chef de police municipale qui a connu d’autres lieux et qui a du réseau," explique Marie-Louise Fort, maire Les républicains de Sens.

Les policiers de la commune disposent désormais d’un équipement relativement complet pour accomplir leurs missions : cinq voitures, deux motos, deux maîtres-chiens avec leurs animaux respectif, des armes semi-automatiques (revolvers 9 mm), des lanceurs de balles de défense (LBD), des gilets pare-balles, des Taser, des bombes lacrymogènes, des bâtons télescopiques. Un outil du travail complet qui permet de mieux attirer les candidats. "Quand les personnes candidatent, elles regardent tout ça. A Sens, ils sont pratiquement mieux équipés que dans la police nationale," avance Marie Louise Fort. 

L'objectif de la municipalité est d'atteindre le nombre de 30 policiers à la fin du mandat. Jean-Pierre Crost, élu chargé de la sécurité se dit confiant pour remplir cet objectif. "C’est une bataille inter-villes. C’est à celui qui va proposer le mieux mais il n’y a pas que l’argent," souligne l'élu. "Il y a le bien-être du policier dans le milieu du travail et c’est ça que les gens viennent rechercher à Sens."

 

À peine formés, déjà partis

Ce jeu de chaises musicales peut coûter cher aux communes. Car certaines comme Dijon financent la formation des policiers. Régulièrement, des villes paient la formation de 6 mois, environ 12 000 € et le policier part ailleurs dans la foulée. "On s’aperçoit que l’on recrute des policiers municipaux, on les forme et certains demandent leurs mutations. Dès le début,  ils ont cet objectif d’aller dans une autre ville" regrette Nathalie Koenders. 

Alors pour tenter de former et maintenir des agents en poste, les communes mettent en place des passerelles. Des dispositifs souvent à destination des agents de la catégorie C comme les agents de surveillance de la voie publique titulaire (Asvp). Des villes comme Dijon ou Montceau-les-Mines ont privilégié cette possibilité. "On a effectivement lancé un appel d'offres en interne", confirme Nathalie Koenders. "On leur propose d'abord un parcours d'intégration au sein de la police municipale pour qu'ils connaissent bien le métier. Et s'ils veulent continuer leur projet de reconversion, on les accompagne dans une formation interne.

La France comptait pas moins de 23.934 policiers municipaux au 1er janvier 2020, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur.

 

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