Un spray contre l’obésité : une découverte prometteuse

L’Académie de Médecine attribue le prix "alimentation nutrition" à Naim Khan, professeur des universités en Physiologie. Ses travaux de recherche pourraient créer une véritable révolution dans la lutte contre l'obésité.

Bientôt un spray commercialisé pour lutter contre l'obésité ?
Bientôt un spray commercialisé pour lutter contre l'obésité ? © Pierre HECKLER/LE REPUBLICAIN LORRAIN/MAXPPP

Et s’il suffisait d’un coup de spray dans la bouche pour manger moins ? Naïm Khan, à la tête du laboratoire physiologie de la nutrition et toxicologie (Inserm-AgroSup-université de Bourgogne), y pense sérieusement. Ses travaux sur l’obésité ont d’ailleurs reconnus par ses pairs. Ils lui valent de recevoir, ce mardi 15 décembre prochain, le prix "alimentation nutrition" de l’Académie de médecine.

Naim Khan dirige une équipe spécialisée dans la Physiologie de la Nutrition et la Toxicologie. Cette équipe est affiliée à l’Unité Mixte de Recherche "Lipides, Nutrition, Cancer" qui associe l'université de Bourgogne et AgroSup Dijon. Depuis cinq ans, il mène ses recherches autour de la détection orosensorielle (le sens par lequel on perçoit les saveurs) des lipides alimentaires dans l’obésité. 

Étudier le comportement alimentaire de l’obèse

Chez l’homme, il existe un système biologique de détection gustative des composants alimentaires. Il entraîne des sensations de plaisir ou de dégoût et contribue à réguler l’envie et la consommation. Cette analyse orosensorielle est essentielle car elle détermine souvent nos choix.

Après plusieurs années d'études et de recherches scientifiques, l'équipe de chercheurs dijonnais ont constaté sur certains sujets obèses une consommation préférentielle d’aliments riches en graisses. "On a constaté que les personnes obèses adorent le gras. Ils aiment bien les lipides alimentaires," explique Naim Khan. Dans le régime occidental, les lipides alimentaires représentent plus de 40% d'apports caloriques journaliers.

Leurs recherches émettent alors l'hypothèse qu’un déséquilibre de l’environnement oral pourrait interférer avec la perception gustative entraînant, ainsi, une surconsommation compensatoire d’aliments gras. "Quand je mange des frites ou du fois gras, il y a du plaisir alimentaire bien que l'on sache qu'ils sont mauvais pour la santé. Mais je les mange. C'est le plaisir lipidique.

A travers ses recherches, Naim Khan et toute son équipe démontrent pour la première fois que "les personnes obèses mangent avec une bouche remplie pour avoir le plaisir lipidique car les récepteurs gustatifs de gras sont trop nombreux." Les individus obèses mangent de plus en plus de lipides pour "obtenir" ce plaisir oro-gustatif, ce qui aboutit à l’augmentation ou l’aggravation de l’obésité. Ce constat a poussé l'équipe de Naim Khan à travailler sur des molécules de plaisir artificiel. 

Un "leurre lipide" pour faire croire au corps qu'il mange du gras

Pour diminuer l’obésité, l’équipe NUTox dirigée par Naim Khan a synthétisé des "leurres lipidiques" qui vont mimer le goût du gras. En les intégrant à la nourriture lipidique, ils vont déclencher une perception intense, donc une satiété précoce qui serait responsable d’une baisse de prise alimentaire chez l’obèse.

"On peut faire des molécules, des faux gras, ce qu'on appelle des leurres lipidiques qui vont venir se fixer sur les récepteurs gustatifs, les papilles gustatives, des personnes obèses et vont déclencher une perception intense de plaisir alimentaire par le cerveau. C'est un peu la même chose que les édulcorants, qui permettent aux diabétiques d’avoir le même plaisir qu’avec du sucre. C’est cela qu’on développe pour la première fois dans le monde."

Les "leurres lipidiques" développés par Naim Khan et son équipe miment le goût du gras.
Les "leurres lipidiques" développés par Naim Khan et son équipe miment le goût du gras. © Naim Khan

 

Des premiers essais encourageants chez la souris

L'équipe de chercheurs ont testé ces molécules synthétisées chez la souris. Ils ont pu constaté qu'elles agissent sur des récepteurs localisés au niveau des papilles gustatives et diminuent la prise alimentaire lipidique et l’obésité chez l'animal. "On a noté une baisse de la prise alimentaire, une baisse de l’obésité mais avec un plaisir accentué de lipides alimentaires. Ces molécules ne marchent que chez la souris obèse. Si on donne la molécule à une souris mince, il n'y a pas d’effet."

Bientôt des essais chez l'homme 

Les essais chez l’homme sont prévus très prochainement. Naim Khan et son équipe ont demandé des autorisations au niveau européen pour commencer les tests cliniques le plus rapidement possible. "On a fait tous les tests. On va maintenant accueillir les patients obèses au centre spécialiste de l’obésité (CSO). On va travailler avec des personnes obèses dès qu'on a le feu vert."  

Un spray bientôt commercialisé ?

Après avoir déposé deux brevets européens en 2019, Naim Khan a créé une start-up, Ektah, pour synthétiser ces "leurres lipides" qui constituent un formidable espoir pour la lutte contre l’obésité. Cela devrait lui permettre de commercialiser une solution sous forme de spray. 

"Il suffirait de prendre un spray de ces molécules de synthèses dans la bouche, sur la langue et commencer votre repas. Vous aurez le même plaisir, voir plus et vous mangerez peu car les molécules vont changer votre comportement et agir sur la satiété."

Naim Khan est en tout cas convaincu que ses travaux de recherches vont créer une véritable révolution dans la lutte contre l'obésité chez l'homme mais pas seulement. Le chercheur est en ce moment en discussion avec Royal Canin pour développer d’autres molécules contre l’obésité pour les chiens.

 

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