Les médecins bourguignons dans l’attente après la suspension du vaccin d’AstraZeneca en France

Emmanuel Macron a annoncé la suspension jusqu’à ce 16 mars du vaccin. Des cas d’embolie pulmonaire ont été constatés chez des patients danois et norvégiens. En Bourgogne-Franche-Comté, les centres de vaccination et médecins généralistes doivent s’adapter.

L’Agence européenne des médicaments donnera son avis ce mardi sur les risques que représente le sérum.
L’Agence européenne des médicaments donnera son avis ce mardi sur les risques que représente le sérum. © PHOTOPQR/LE COURRIER PICARD/MAXPPP

La France suit l’exemple de l’Allemagne et l’Italie. Quelques heures après ses voisins européens, Emmanuel Macron a annoncé lundi 15 mars dans l'après-midi que la France suspendait à son tour l’administration du vaccin d’AstraZeneca contre le Covid-19 à titre préventif.

"La décision qui a été prise (...) est de suspendre, par précaution, la vaccination avec AstraZeneca, en espérant la reprendre vite si l'avis de l'EMA le permet", a expliqué le chef de l’Etat depuis Montauban (Tarn-et-Garonne). L’Agence européenne des médicaments devrait alors rendre ses conclusions jeudi. Une quinzaine de pays ont suspendu par précaution l'utilisation du vaccin du laboratoire suédo-britannique, après le signalement d'effets secondaires "possibles" mais sans lien avéré à ce stade.

Sébastien Viaud, médecin à Auxonne (Côte-d'Or), devait inoculer le vaccin en question à 36 patients cette semaine. Le voilà dans l’attente des indications de l’EMA. Un coup d’arrêt dans un processus déjà difficile à mettre en place pour lui. "Je devais vacciner 36 personnes avec trois flacons de vaccin sur deux jours. Mais ça a été retardé car on ne m’a pas livré les doses. On a dû se réorganiser pour procéder aux vaccins à partir de mercredi, sur trois journées. Je dois recevoir les vaccins demain. On se retrouve à se demander ce qu’on fait. Si on doit rappeler une deuxième fois les mêmes patients pour leur dire que c’est à nouveau annulé".

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Vaccination : le coup d'arrêt

Des apparitions de caillots sanguins

Emmanuel Macron a donc fait le choix de suspendre l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca, à la suite de la constatation de plusieurs effets secondaires chez des personnes vaccinées au Danemark et en Norvège. Certaines personnes vaccinées ont été victimes de caillots sanguins et d'embolies pulmonaires.

Le docteur Viaud n’a constaté aucune conséquence de ce type chez les patients qu’il a vaccinés il y a deux semaines. "Il y a des fièvres qui se sont déclarées 12 heures après l’injection, et qui durent 24 heures, notamment chez les moins de 40 ans et les jeunes. Mais je n’ai reçu aucun appel de patients m’indiquant qu’il y avait des problèmes indésirés".

Quid de la méfiance des patients ?

Le médecin confie alors son incompréhension. "Une suspension pour 24 heures, c’est difficile à comprendre. On se bagarre pour promouvoir une vaccination, justifier les critères d’éligibilité au vaccin, pour faire venir les doses. Maintenant, qu’est-ce que ça va donner ? Comment vont réagir les patients ?", se demande-t-il, craignant une méfiance accrue de la population.

"On parle de quelques cas sur des millions de vaccinés, ajoute le docteur Viaud. Les vaccins sont les médicaments les plus sûrs du monde. Pour moi, ce n’est pas dangereux".

Le pharmacien dijonnais Damien Michel ne voit pas négativement cette suspension temporaire. "Je ne dirai pas que c'est un mauvais signal. Au contraire, il a toujours été dit que ce soit par le président ou par le Premier ministre qu'il y aurait toute la transparence là-dessus, nous explique-t-il. Il se trouve que des pays prennent la décision de suspendre temporairement pour une étude complémentaire. Je trouve que c'est plutôt pas mal, ça prouve que le système marche bien et qu'on n'a pas caché des choses sous le tapis."

Plus de 50 000 personnes vaccinées avec AstraZeneca dans la région

Dans un communiqué publié dimanche, AstraZeneca a indiqué qu'un "examen attentif de toutes les données de sécurité disponibles sur plus de 17 millions de personnes vaccinées dans l'Union européenne et au Royaume-Uni n'a apporté aucune preuve d'un risque accru d'embolie pulmonaire".

Pour l'instant, 55 810 personnes ont reçu une dose du vaccin AstraZeneca en Bourgogne-Franche-Comté, selon les chiffres communiqués par Santé publique France et arrêtés au 14 mars. La région avait reçu, au 14 mars, 95 930 doses de vaccin du laboratoire suédo-britannique.

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