Réchauffement climatique : en Bourgogne, l'agriculture s'adapte

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Écrit par M. F. avec Guillaume Desmalles
En Bourgogne, on cultive déjà de la lavande.
En Bourgogne, on cultive déjà de la lavande. © Valentin Gouriou / France Télévisions

En août dernier, le GIEC a publié son dernier rapport. Une nouvelle fois, le document rend compte de l'ampleur et de la rapidité du changement climatique. Des changements que le monde agricole observe depuis des années. En Bourgogne comme ailleurs, les professionnels du secteur doivent s'adapter.

On pourrait presque se croire en Provence. Un exploitant céréalier installé à Hauteville-lès-Dijon, au nord de Dijon (Côte-d'Or), expérimente depuis peu la culture de lavande sur une parcelle d'un hectare.

"On s'aperçoit quand même que les printemps et les étés sont plus chauds et secs parfois. Donc on espère pouvoir avoir une expérience positive en complément de nos autres productions sur l'exploitation, développer un marché à partir de la lavande et surtout du lavandin", précise l'agriculteur Jacques de Loisy.

Un climat de Toscane dans cent ans

Aujourd'hui, Dijon a le même climat que Lyon il y a une trentaine d'années.
Dans cent ans, il sera probablement similaire à celui des villes de Grèce ou de Toscane aujourd'hui.

Selon un récent rapport d'experts, la température de la planète augmentera de 1,5°C dès 2030, soit dix ans plus tôt que la précédente prévision. Les vagues de chaleur vont se multiplier et s'intensifier.

Des hivers plus doux et des phénomènes extrêmes plus fréquents. Dans ce champ, 60 variétés de graines de moutardes sont à l'étude. Certaines présentent déjà un intérêt contre les gelées tardives d'avril.

"On en a déjà repéré quatre qui ont l'air vraiment intéressantes. Elles poussent plus lentement durant l'hiver et résistent beaucoup plus au froid. Surtout, elles arrivent plus tardivement en floraison. Au final, elles se retrouvent avec un meilleur rendement", détaille Jérôme Gervais, technicien à la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or.

La gestion de l'eau représente un autre défi pour le monde agricole. Dans cinquante ans, le niveau des rivières pourrait baisser de 40 %. Une problématique que Philippe Gransagnes, installé à Quetigny, a anticipé il y a maintenant quinze ans.

Il s'est doté d'un bassin de stockage situé à quelques centaines de mètres de ses parcelles. Sept exploitants profitent de cette précieuse ressource puisée dans la rivière en contrebas. "C'est une assurance. En 2021, ce n'est pas véridique parce qu'il a plu tout le temps. Mais l'année dernière et l'année d'avant, on a sauvé beaucoup de cultures et surtout obtenu une bonne qualité", se satisfait-il.

Des pluies réparties différemment

Deux autres bassins de ce type sont opérationnels en Côte-d'Or. Dans quelques années, un projet à grande échelle pourrait voir le jour pour alimenter en eau Chevigny-Saint-Sauveur, Couternon et Quetigny. Un point de stockage d'eau pluviale commun alimenterait des exploitations, ou des jardins familiaux.

"Ce que l'on a sur la région, c'est plutôt une quantité de pluies identique voire un petit peu plus sur l'année, mais avec des périodes beaucoup plus intenses. Ce ne sera plus du tout réparti de la même façon", prévient Laure Ohleyer, chargée de mission à la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or. "D'où l'intérêt de ce projet, de stocker l'eau lorsqu'elle est disponible et de limiter l'impact sur le milieu."

Ces phénomènes extrêmes ont décidé Étienne Bourge, éleveur à Villargoix dans le Morvan, à agir. Profitant de la pente de son terrain, il a construit une réserve d'abreuvement pour son cheptel. L'eau pluviale collectée cet hiver devrait lui éviter les mauvaises surprises de ces dernières années.

"Les rivières qui abreuvent d'habitude le bétail se tarissaient sur l'exploitation. Donc il a fallu approvisionner toutes les parcelles. Ça allait jusqu'à 10 mètres cubes de transport d'eau par l'intermédiaire d'une tonne à eau du tracteur, indique l'éleveur. 
S'adapter aux périodes de sécheresse, diversifier les cultures et réduire les gaz à effet des serres font partie des principaux défis à relever."

"J'espère abreuver mes bêtes l'été en période de sécheresse, surtout la période de juillet jusqu'à début novembre des fois, où il y a un manque d'eau considérable", ajoute-t-il.

Face au changement climatique, la transition environnementale du secteur agricole est déjà en marche dans la région. Comme elle a toujours su le faire, l'agriculture devra une nouvelle fois faire preuve de résilience.

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