Yonne : A Joigny, l'ONF teste la plantation d'arbres méridionaux face au réchauffement climatique

Alors que les forêts de l'Yonne souffrent de plus en plus de la sécheresse et des canicules, l'Office National des Forêts (ONF) lance plusieurs expérimentations face au réchauffement climatique. Des essences de chêne du sud-ouest de la France et de Turquie ont été plantées à Joigny. 

© Romain Liboz / France 3 Bourgogne

Dans l'Yonne, depuis quelques années, le constat des agents forestiers est sans appel. La forêt est en souffrance. Le changement climatique impacte et va impacter sur un temps long les massifs forestiers. Les experts constatent que les arbres de nos forêts souffrent des épisodes de sécheresse et des canicules à répétition de ces dernières années, notamment les résineux.

"Les forestiers constatent sur le terrain des dysfonctionnements des peuplements forestiers avec diverses situations en fonction des essences. Le hêtre, une essence feuillu très présente dans le département, est très impactée" explique Marc Levaufre, directeur de l'agence Bourgogne Ouest de l’Office national des forêts (ONF). Des dépérissements sont également apparus de manière massive sur certaines espèces comme l’épicéa et le sapin pectiné.

Deux phénomènes liés au réchauffement climatique

Pour expliquer ces dépérissements, les experts avancent deux phénomènes. Il y a d'un côté des attaques de type indirect avec des arbres attaquées par les insectes qui vont connaître des pullulations suite aux épisodes de sécheresse. 

A cause de la sécheresse, les arbres transpirents par leurs feuilles et n'arrivent plus à pomper d’eau. "Cela crée des dysfonctionnements dans leur physiologie et ils émettent des phéromones de détresse" précise Marc Levaufre. "Les insectes viennent entre l’écorce et le bois pour bloquer les transferts de sèves d’arbres. Cela concerne essentiellement les résineux et notamment l’épicéa commun.

L’insecte en question, c'est le scolyte. Cette crise des scolytes a commencé en 2019 dans l’est de la Franche-Comté, puis a gagné toute la Bourgogne et le quart Nord Est. 

 

Si l'on en croit les projections, ces phénomènes ne sont pas prêts de s’arrêter. On est donc très vigilant."

Marc Levaufre, directeur de l'agence Onf Bourgogne ouest

Selon les experts, il y existe un deuxième phénomène imputable directement au changement climatique : l’effet physiologique strict des sécheresses. "Les arbres souffrent de la sécheresse et sèchent sur pied" souligne Marc Levaufre. "Dans notre région, cela concerne les essences de hêtre avec des dépérissements plus ou moins marquées notamment dans le Tonnerrois ou dans le pays d’Othe". 

Ces phénomènes observés depuis 2018 ne sont pas prêts de s'arrêter selon l'expert. "On n’est pas devin mais si on en croit les projections, ces phénomènes ne sont pas prêts de s’arrêter. On est donc très vigilant."

Près de 4000 arbres plantés à Joigny 

Pour pallier la hausse des températures qui met à mal les forêts, l'ONF a donc lancé plusieurs projets expérimentaux. L'un des derniers en date concerne l'Yonne. Dans la forêt communale de Joigny, près de 4000 arbres ont été plantés en janvier. Ces arbres sont des espèces originaires du sud-ouest de la France et de Turquie.

"Ce projet a fait l’objet de l’implantation de trois essences de chênes provenant de Turquie et de trois chênes français dont un témoin d’une espèce locale", précise Georges Montabert, agent de l'unité territoriale de l'ONF à Sens Pays d'Othe. "Cela va être suivi pendant une dizaine d’années avec des prises de mesures pour voir comment vont évoluer et s'adapter ces arbres." Les 4000 chênes ont été implantés sur près de 3,5 hectares de forêts sur une parcelle d'épicéas ravagés par le scolyte. 

On n'a pas de réponse adaptée tout de suite. On ne peut se contenter que d’expérimenter et d’espérer que cela fonctionne."

Georges Montabert, agent de l'ONF

L'objectif de l'ONF est est tester en France et en Turquie les mêmes espèces et provenances de chênes dans des contextes climatiques contrastés pour évaluer leur capacité à résister au climat de prochaine décennies. "Aujourd'hui, on veut de la diversité dans la façon de gérer la forêt et dans les essences, d'où ce genre d'essai pour tester des solutions" explique Marc Levaufre. "D'ici une cinquantaine d'années, le climat français sera entre le climat intérieur de la Turquie et le sud ouest de la France."

Selon l'ONF, il faudra en effet attendre 30 ou 40 ans pour savoir si ces arbres issus de Turquie et du sud-Ouest pourront s'adapter dans notre département. "Le réchauffement climatique a précipité les choses dans les esprits" reconnaît Georges Montabert. "On n’a pas de réponse adaptée tout de suite. C’est une grosse inquiétude car on est dans le flou complet. On ne peut se contenter que d’expérimenter et d’espérer que cela fonctionne."

L'Yonne et Nièvre : premiers producteurs de chênes en France

Les départements de l'Yonne et de la Nièvre sont les premiers producteurs de chênes en France, d'où l'importance de cette expérimentation. C'est une ressource très importante, aussi bien d'un point de vue financier qu'au niveau de l'environnent, et les sécheresses consécutives pourraient la mettre en danger. 

"C’est tout un réseau. Les arbres qui sont en bonne santé, ils atteignent leur maturité et sont récoltés pour faire des charpentes à Notre-Dame, pour faire des tonneaux dans le cognac. Ils ont tout un tas de valeurs" explique Marc Levaufre. 

D'autres expérimentations dans l'Yonne

La ville d’Avallon va également participer à un projet expérimental similaire avec l'implantation de nouvelles essences en provenance du sud, dans le bois Courtois. La commune, en partenariat avec l’Office national des forêts (ONF), participe au projet des Îlots d’avenir. "Globalement, cela participe de la même philosophie. En forêt communale d’Avallon, il y a des essais avec d’autres essences. La différence est que les îlots d’avenir sont financés par la région."

Rattachés au projet de recherche RENEssences (Réseau national d'évaluation de nouvelles essences), ces îlots d'avenir vont permettre de démultiplier les résultats des expérimentations et de tester, en conditions réelles de gestion forestière, de nouvelles essences et provenances d’arbres dans tout le pays afin de pouvoir sélectionner les plus adaptées et augmenter le panel d’espèces.

D'ici à 2022, une centaine d'îlots d'avenir seront implantés partout en France. Les régions Grand est et Bourgogne Franche-Comté sont les plus concernées. Un autre objectif à plus long terme est de pouvoir utiliser ces îlots pour récolter des graines adaptées aux conditions françaises issues de ces nouvelles essences d'avenir.

 

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