Fermetures d'écoles : "Avec un seul salaire qui rentre", "le cauchemar" des mères célibataires

A partir du 5 avril, crèches et écoles seront fermées. Pour ce nouveau confinement, ce sera l'école à la maison pour les enfants. Pour les parents, c'est une promesse de sueurs froides. Une difficulté accrue pour les parents isolés. 

Difficile pour les parents isolés de conjuguer télétravail et vie familiale.
Difficile pour les parents isolés de conjuguer télétravail et vie familiale. © Cristiano Minichiello / Avalon/PHOTOSHOT/MAXPPP

Lorsque Fabienne a entendu ce mercredi 31 mars les annonces d'Emmanuel Macron, elle s'est "effondrée". Habitante de Saint-Apollinaire (Côte-d'Or), Fabienne élève seule ses trois enfants. Ses enfants ont 17 ans pour son fils aîné en CAP, puis 14 ans et 6 ans. A compter de lundi, comme lors du premier confinement, elle va de nouveau devoir s'organiser pour jongler entre le télétravail et gérer le quotidien de la vie familiale.

Un groupe de mamans "warriors" créé sur Whats'app

Pour l'aider à surmonter cette situation, avec l'aide d'une voisine, Corinne, elle a créé lors du premier confinement un groupe d'entraide de mères sur Whats'App. Ce groupe toujours actif s'appelle "les Warriors". L'objectif pour la dizaine de mamans présentes sur ce groupe : se serrer les coudes et se donner des coups de mains pour garder les enfants et surmonter moralement les difficultés liés au confinement. "On peut compter les unes sur les autres sans en abuser. On n'est vraiment très solidaires" témoigne Fabienne. "Heureusement, car sans ce groupe, je ne tiendrais pas le coup."

Une entraide cruciale aussi pour Corinne, maman de jumelles de 8 ans, et habitante aussi de Saint-Apollinaire. "On essaie de s'organiser les unes avec les autres pour la garde de nos enfants en fonction de nos emplois du temps." Depuis les annonces d'Emmanuel Macron, cette maquilleuse de métier a dû se réorganisé et changer tous ses plannings de la semaine prochaine. "Depuis hier, on échange sur le groupe pour savoir qui pourrait garder qui tel ou tel jour."

Divorcée de son conjoint, cette mère de deux enfants, va pouvoir également demander l'aide de ses parents pour garder ses enfants. "J’ai de la chance car j’ai mes parents qui vivent à proximité. Même s’il sont âgés (75 et 81 ans), ils peuvent gérer de temps en temps les filles."

Une aide bienvenue dont est privée Marie. Professeure de mathématiques dans un lycée de Sens (Yonne), cette mère de deux garçons, âgés de 2 ans 1/2 et 9 ans ne peut compter que sur elle et son ex-compagnon. Elle n'a pas de parent proche pour s'occuper de la garde de ses enfants. "On ne peut compter que sur les deux parents sachant que l’entente est loin d’être parfaite" admet-elle. "C'est compliquée de ne pas avoir d'autre relais autre que le parent dont on est séparé."

Les difficultés des cours à distance

Mais désormais pour ces mères séparées ou divorcées, le problème est ailleurs. Certes, comme l'a rappelé le chef de l'Etat, l'éducation des enfants n'est pas négociable mais cela s'annonce compliqué pour elles, notamment concernant l'aide aux devoirs.  

Afin que les élèves ne prennent pas trop de retard, comme lors du premier confinement, l'Education nationale risque de charger les parents de faire l'école à domicile. Les enseignants mettent à disposition des devoirs et des cours en ligne, et ce sont aux parents d'expliquer à leurs enfants.

Mais faire les devoirs à la maison, Corinne "s'y refuse catégoriquement parce que cela a été très conflictuel avec mes filles au premier confinement. Il y a eu beaucoup de pleurs, de cris, de conflits car on n'explique pas comme la maîtresse. On n’est pas instituteur. Ce n’est pas trop notre boulot."

Quant à Marie, bien qu'enseignante, elle n'est pas formée pour s'occuper des petites classes, qui n'ont rien à voir avec la prise en charge d'adolescents. Elle reconnaît que "ce n’est pas la même chose d’enseigner et d’enseigner à son enfant. Je ne sais pas faire" admet la professeur de maths. "Et en plus de cela, ce n’est pas évident de travailler sur des disciplines que l’on ne maîtrise pas forcément."

Pour Fabienne, la tâche s'annonce plus compliquée sachant que deux de ses enfants souffrent de handicap de dyslexie et de dysphasie. "Ce sont des enfants qui ont besoin de deux fois plus d’attention qu’un enfant lambda."

Juxtaposer travail et continuité pédagogique

Une situation d'autant plus difficile pour Fabienne qu'elle doit continuer à télétravailler car elle ne peut pas se permettre de renoncer à travailler. "Je pourrais demander à passer en chômage partiel mais je ne peux pas financièrement. C'est aussi un choix financier" reconnaît-elle. "Il n’y a qu’un salaire qui rentre dont il faut que je travaille." 

Une charge mentale décuplée

Confinées seules avec leurs enfants, les mères célibataires ont vu lors du premier confinement leur charge mentale décuplée, menant de front obligations professionnelles et responsabilités parentales. Fabienne s'inquiète que tout cela recommence. "Ce n’est pas simple. Il faut gérer tout le monde puis la logistique d’une maison, le ménage, le linge. On y a déjà eu droit l’année dernière d’ailleurs, et là recommencer. C'est un cauchemar et c’est très compliqué psychologiquement."

Avec le confinement, les devoirs à faire, les tâches ménagères et le travail, cela peut devenir vite compliqué pour ces mères célibataires jusqu'à atteindre "l"épuisement" comme en témoigne Laetitia De Langlerie. Chargé de mission à l'Union départementale des associations familiales de la Nièvre, elle mène des actions familiales notamment pour les familles monoparentales. 

Depuis le premier confinement, elle reçoit beaucoup d'appels de parents isolés qui se sentent démunis face à cette situation. "J’ai eu beaucoup de retours de mères isolées qui étaient très démunies par rapport aux adolescents pour les occuper. Ce sont des âges ou ils sont devant leurs écrans." 

Un confinement qui pèse sur le budget 

Autre problématique pour ces mères célibataires, la question du budget. La hausse du budget consacré à l'alimentation, en l'absence de cantine scolaire, pèse particulièrement. "J’étais très paniquée hier soir en pensant au budget nourriture, cela va être très compliqué" témoigne Fabienne. "J’ai des aides pour la cantine mais comme il n'y a plus de cantines, il va falloir faire à manger matin, midi et soir. Cela va être un bazar sans nom."

La crainte d'un prolongement

Toutes les mères de famille ont une crainte aujourd'hui, celle de voir le confinement prolongé au-delà du calendirer fixé par Emmanuel Macron. "Là, il nous annonce un mois mais est-ce qu’il ne va pas prolonger ?" s'interroge Fabienne. "Je vois de plus en plus de cas autour de moi sur Dijon. Je pense que cela ne sent vraiment pas bon."

Quant à marie, elle se dit sceptique sur un retour en présentiel le 26 avril prochain. Selon elle, le gouvernement a attendu trop longtemps. "Je trouve ça insultant à la fois en tant que parent et en tant que prof. On ferme les écoles mais on n’a rien fait pour sécuriser les élèves et les professeurs."

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
confinement : école à la maison santé société covid-19 éducation