Covid-19 : l’épidémie de coronavirus est-elle un avant-goût du monde de demain pour les métiers du numérique ?

A l’heure où une crise économique provoquée par la pandémie est annoncée, quel avenir attend les professionnels du web jusque-là très demandés ? Les entreprises vont-elles réduire leur budget de développement ? Le travail en free-lance va-t-il s'imposer ?  
 

Les développeurs web font partie des métiers en tension sur le marché de l'emploi.
Les développeurs web font partie des métiers en tension sur le marché de l'emploi. © Claude Prigent /MAXPPP

Devenir un pro du web en l’espace de huit mois (dont deux en entreprise), c’est la promesse des Access Code School qui forment des développeurs.
Cette profession très demandée permet de concevoir des sites internet et intranet, des applications pour smartphone et tablette, des outils web… Les élèves apprennent notamment à maîtriser divers langages (PHP, JavaScript, CSS, etc) et à piloter un projet, du commencement jusqu’à la livraison au client. Les secteurs d’activité qui font appel aux développeurs web sont nombreux, à commencer par la communication, les jeux vidéo, le marketing, l’édition, etc. 

Quel avenir attend les développeurs web, alors que les échos d’une crise économique majeure se font de plus en plus entendre ? Les entreprises vont-elles réduire leurs budgets et renoncer à certains projets ?

 
Les développeurs web conçoivent des sites internet et intranet, des applications pour tablettes et smartphones, des outils en ligne...
Les développeurs web conçoivent des sites internet et intranet, des applications pour tablettes et smartphones, des outils en ligne... © Claude Prigent /MAXPPP
 

Des stages à distance pour cause de confinement 

En Bourgogne-Franche-Comté, on compte six Access Code School, qui proposent une formation gratuite et sans condition de diplômes, financée par la Région. Elles se trouvent à Dijon, Nevers, Besançon, Vesoul, Lons-le-Saunier et Belfort. 

C’est la société Onlineformapro, spécialiste à la fois de la formation et de l’apprentissage en ligne, qui a conçu ce cursus. Résultat : dès que le confinement a été annoncé, elle a pu déployer des outils adéquats pour la formation à distance.
Cela a permis de garder le lien avec les apprenants. Par ailleurs, des conférences ont été organisées en ligne et les stagiaires ont pu suivre diverses interventions de spécialistes du web, de chefs d’entreprises…

"On était plus inquiet pour les recherches de stage, car les entreprises aiment bien accueillir les stagiaires en présentiel. Mais, on a trouvé de nombreux stages qui se font à distance et c’est positif. Certaines entreprises sont très à l’aise sur l’accompagnement à distance. D’autres sont ravies d’avoir des stagiaires en cette période où une partie du personnel est malade ou doit garder ses enfants.

Il y a eu aussi beaucoup de demandes de la part de commerces qui ont été obligés de fermer leurs portes à cause du confinement et qui ont décidé de se lancer sur le web.

Seuls, quelques élèves n'ont pas eu de stage, pour eux on a mis en place des projets tutorés sous la responsabilité d’un formateur", explique Cyril Vallée, directeur de l'Access Code School de Dijon.

   
 

Des formations hybrides, à la fois à distance et en présentiel 


En Bourgogne, deux nouvelles promotions sont sur les rails en cette période inédite. A Nevers, ils ont fait leur rentrée à distance lundi 4 mai et à Dijon, une nouvelle session débute mercredi 13 mai. "On a mis en place un format nouveau : on a scindé les groupes en deux et il y aura une alternance entre des moments d’enseignement à distance (3 jours) et d’autres qui se dérouleront au centre de formation (2 jours). La rentrée se fait à distance, puis on passe à des jours en présentiel."

Un module de formation en ligne a été conçu pour faciliter le déconfinement. L’objectif est de faire le point sur les mesures barrières, la distanciation sociale…
"Les stagiaires devront le visionner avant de venir sur site. S’ils n’ont pas obtenu 80% lors de l’évaluation qui est proposée à la fin du module pédagogique, ils devront le refaire avant de pouvoir accéder aux locaux."  
 
A l'heure du déconfinement, le respect des mesures de distanciation sociale est plus que jamais nécessaire.
A l'heure du déconfinement, le respect des mesures de distanciation sociale est plus que jamais nécessaire. © Access Code School

 

Quel avenir professionnel attend les développeurs web ?

Face à la crise économique majeure qui s’annonce, y a-t-il de la place pour les élèves des Access Code School ?  Les entreprises pourront-elles continuer leurs projets de développement ou seront-elles obligées de réduire la voilure ?
"On a besoin de développeurs web dans de nombreux secteurs. Certains domaines d’activité seront peut-être plus touchés que d’autres au sortir du confinement, mais je suis sûr que de nouvelles choses vont se mettre en place, dans le domaine du commerce par exemple. Pour moi, même si l’économie ralentit, le digital reste l’avenir", estime le directeur de l'Access Code School de Dijon.

"Prenez par exemple tout ce qui est lié aux systèmes d’administration de réseaux et de la sécurité informatique : ces profils étaient aussi déjà très recherchés, ils devraient avoir de beaux jours devant eux."

Pendant les deux mois de confinement, les entreprises ont dû se réinventer pour essayer de maintenir au moins une partie de leur activité. Le télétravail s’est imposé, et avec lui de nouvelles pratiques.  
"Des choses vont rester comme la visioconférence qui permet d’économiser du temps de trajet et des frais de transport.

Pour le télétravail, ce sera très variable car cela dépend de l’agilité des managers à gérer des personnes à distance, ce qui est moins évident, notamment pour détecter d’éventuels problèmes. Mais, je pense que des fonctionnements hybrides vont se mettre en place du type deux jours en télétravail et trois jours en présentiel, car c’est important de garder une interaction sociale."


 
Les secteurs du numérique et de l’informatique ont du mal à attirer les femmes.
Les secteurs du numérique et de l’informatique ont du mal à attirer les femmes.


Quels sont les profils recherchés par les entreprises ? 


Le directeur de l’Access Code School de Dijon est d’autant plus confiant que "les entreprises aiment bien nos profils", dit-il.
"Nos élèves ne sont pas issus des filières de formation traditionnelles. Ce sont plutôt des passionnés qui ont franchi tous les niveaux en s’accrochant et qui en veulent. Nous les sélectionnons selon leurs motivations et leur projet professionnel. On a des parcours riches avec des jeunes âgés en moyenne de 20 à 35 ans, mais aussi des personnes plus âgées qui se lancent dans une reconversion professionnelle. 

Si quelqu’un a au moins 15 ans devant lui dans sa carrière, il n’a aucun problème car il y a beaucoup de turnover sur ce marché qui est vraiment tendu. C’est pourquoi si un quinquagénaire compétent a un vécu et des connaissances sur un métier précis, cela intéresse des entreprises.
Les employeurs sont aussi demandeurs de candidates "car elles apportent une autre conception du métier". Dans les Access Code School, "on essaie d’avoir au minimum 30% de femmes dans chaque promotion. Cette année, sur la quinzaine d’élèves, il y aura 8 femmes. On est très content."

 

Le travail en free-lance va-t-il s'imposer ? 


Les Access Code School affichent des taux de réussite à l’examen impressionnants, au-delà de 90%. Mais, les places sont chères. La preuve, pour la formation qui démarre le 13 mai à Dijon, il y a eu une centaine de candidatures pour 15 places.

A la sortie, de nombreux jeunes sont embauchés par les entreprises où ils ont fait leur stage. Les emplois se trouvent principalement dans les grandes villes, à commencer par Paris. Il y en a aussi sur Dijon, Besançon, Strasbourg, Lyon…

Et puis, il y a aussi la possibilité de travailler en free-lance, en auto-entreprenariat. "On a d’ailleurs un module sur les formes de travail hors salariat pour ceux qui préfèrent effectuer des missions en indépendant pour des agences de communication, des SSII (Société de services en ingénierie informatique)... C’est d’ailleurs ce qu’ils ont déjà testé pendant le confinement en effectuant leur stage en télétravail pour des entreprises qui se trouvaient un peu partout en France."
Comme un avant-goût du monde d'après la pandémie ?




 
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