Covid-19: peu d'enfants sont de retour à l'école, "ce sont ceux qui en auraient le plus besoin qui n’y retournent pas"

La reprise de l'école était l'un des enjeux principaux du déconfinement. Depuis deux semaines, seule une minorité d'élèves de primaire retourne en classe. Dans les établissements dits d'éducation prioritaire, ces absences inquiètent. 

© BELPRESS/MAXPPP
Lundi 11 mai a sonné la cloche du retour à l’école pour les élèves de primaire. Sur la base du volontariat des parents, ce sont d’abord les maternelles, CP, CE1, CE2 ainsi que les enfants de "professionnels de santé et des personnels indispensables à la gestion de la crise sanitaire", qui ont repris le chemin de l’école.

15 % de présence dans les établissements d'éducation prioritaire

Dans l’académie de Dijon, le rectorat comptabilise 14 288 élèves présents dans les écoles publiques. Soit environ 20 % des élèves inscrits qui sont retournés à l'école. Dans les établissements classés en " réseau d’éducation prioritaire ", ils ne sont que 15 %. Pourtant, si l'école devait reprendre juste après le confinement, c’était justement pour que les enfants ne soient plus éloignés de l'école. " Le premier critère, il est d'abord social (...) il faut sauver les élèves qui pourraient partir à la dérive du fait du confinement " avait expliqué Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. 

Cette volonté ne s'est pas traduite dans les faits. Une situation inquiétante qui ne surprend pas les représentants de syndicats d'enseignants. « On avait prévu ça, on était sur cette vision des choses. Bien-sûr c’est lié au discours de notre gouvernement. Soit on demandait l’école obligatoire et tous les élèves revenaient, soit on estimait que les conditions nécessaires n’étaient pas réunies et personne ne rentrait. » expose Chantal Charles, représentante SNUipp-FSU à Dijon.


"Il ne faut pas juger les parents sur leur choix"


Deux semaines après la reprise de l'école en présentiel, le constat n’est donc pas à la hauteur des ambitions. " Ce sont les élèves qui en auraient le plus besoin qui n’y retournent pas." concède Antoine Delègue, président départemental de la FCPE 21. "On était favorable à ce que les écoles puissent accueillir les enfants parce qu’on avait remarqué une urgence sociale pour certains : addiction aux écrans, violences intrafamiliales, mauvaise nutrition. On estime que les enfants ont besoin de retourner à l’école mais on n’encourage pas les parents. Ils ont la responsabilité de choisir pour leurs enfants." 
Surtout, il en appelle au respect du choix des parents. Selon lui, c'est surtout la peur du coronavirus qui incite les familles à ne pas envoyer leurs enfants à l'école. 

 « Il ne faut pas juger les parents sur leur choix, ils sont déjà dans des situations très difficiles. La peur du virus est toujours présente. Il faut que l’éducation nationale continue d’avoir du lien et de leur expliquer ce qu’il en est dans les écoles. On sait que c’est difficile pour les enseignants qui, en plus, n’arrivent pas à toucher tous les enfants. Mais on ne peut que les encourager à continuer cet enseignement à distance. Les parents ne doivent pas être des enseignants à la maison. »

Devant ce constat, le rectorat avec les enseignants et les coordinateurs REP, cherche à faire revenir les enfants à l'école. Durant les 8 semaines de confinement, les professeurs ont parfois pu se retrouver sans nouvelle de certains de leurs élèves, "moins de 5 % " à en croire le ministre de l'Education nationale.

Plusieurs moyens sont mis en oeuvre pour ramener ces enfants sur le chemin de l'école : des prises de contact directes ou par téléphone avec les familles par les enseignants, les directeurs ou encore les médecins scolaires. 
Depuis plusieurs jours, la rectrice d'académie veut aussi montrer l'exemple en organisant des visites dans des écoles afin d'en expliquer l'organisation aux familles les plus réticentes. 
 

Toujours pas de nouveaux apprentissages

En même temps que les élèves, les enseignants ont aussi retrouvé les salles de classe. Mais ils doivent encore jongler entre la classe et l'école à la maison pour les absents. Selon Chantal Charles : " C’est épuisant. Cela a commencé par le travail à distance, l’école à la maison, mais rien n’était prêt. Les collègues ont dû réapprendre à travailler s’adapter à de nouvelles manières de faire la classe. Il leur a fallu beaucoup de temps pour fournir du travail, corriger, contacter les familles ". 

En réponse aux inquiétudes des enseignants, l'académie de Dijon explique avoir mis en place des interventions de médecin, infirmier et psychologue scolaire pour les "rassurer". Des réunions ont également lieu avec les inspecteurs. Elles permettent notamment de fixer les lignes du programme éducatif qui rime pas avec nouveaux apprentissages. Comme pendant le confinement, les enseignants continuent de pérenniser les notions acquises. Pour ne pas continuer à creuser les inégalités entre élèves, aucune notion nouvelle n’était abordée. Chantal Charles conclut : "La difficulté qui s’ajoute depuis que l’on a repris c’est de faire les deux. Du présentiel pour ceux qui sont là et du distanciel pour les absents. Si on fait rentrer plus d’élèves je ne sais pas comment les enseignants vont faire pour continuer ". 
 
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