Covid-19 : Stéphane Turillon, restaurateur du Doubs fait marche arrière sur sa réouverture

A Cusance dans le Doubs, Stéphane Turillon souhaitait rouvrir ce 1er février. Il n'a finalement servi personne à l’intérieur du restaurant, mais a remis symboliquement en route ses cuisines. Il veut alerter sur la détresse des restaurateurs. 

Le ciel fait grise mine. La pluie est au menu. Les télévisions nationales ont fait le déplacement dans cette petite commune de Cusance (69 habitants), où Stéphane Turillon tient le restaurant de la Source Bleue.

Le 4 janvier, ce restaurateur du Doubs très en colère appelait les restaurants à rouvrir le 1er février. "Pour ne pas crever" disait il. 

Ce lundi, le discours est un peu plus arrondi. Stéphane Turillon ne rouvre pas son restaurant, comme l'a fait le 27 janvier, un restaurateur de Nice, placé aussitôt en garde à vue. Le chef du Doubs a néanmoins réussi son coup médiatique, des amis, des clients, des restaurateurs sont venus le soutenir, il espèrait servir ce 1er février, 1000 repas, sur sa terrasse, sans chaises. Les clients qui se sont présentés ont fait l’objet d’un protocole sanitaire, contrôle de la température, nettoyage des mains ou gel et port du masque obligatoire.



“Vous voyez, on a mis en place le protocole sanitaire, nous ce qu’on voudrait aujourd'hui, c’est dialoguer avec l’Etat, et qu’il prenne en compte la détresse des restaurateurs. Il y a des restos qui s’en sortent avec les aides, d’autres pas. Moi, mon but, c’est de faire un appel aux pouvoirs publics en demandant de rouvrir au moins nos terrasses… il faut qu’on ouvre sinon ce sera une catastrophe pour les artisans comme les vignerons indépendants, il n’y a pas que les restaurateurs ! “ explique Stéphane Turillon sous les regards des caméras. Environ une centaine de clients masqués se massaient debout vers 12H00 sous des tentes installées près du restaurant.

Finalement peu après midi, les gendarmes sont venus informer Stéphane Turillon des risques de sanction. Le restaurateur a maintenu le service à emporter, mais les clients ont été invités à ne pas consommer sur place sur la terrasse. 
 

"Je veux travailler, nos clients nous manquent"



“Je ne tape pas sur le gouvernement toute la journée, je tape sur l’immobilisme du gouvernement à ne pas prendre de décisions. Moi, sans clientèle, sans employés, je ne suis pas un restaurateur, les clients nous manquent" dit le restaurateur. 

Mon but n’est pas que les restaurateurs rouvrent et écopent de lourdes sanctions, affirme Stéphane Turillon. “Je fais juste un coup médiatique” dit-il aux journalistes venus de Paris. “Le click and collect ne fonctionne pas pour moi, je ne suis pas à Paris. Mon métier à moi, ce n'est pas de mettre les aliments dans une boite, mais de servir les clients à table” estime l’homme.

 

On est dans une bouée de sauvetage, en pleine mer, et on n’a pas d’horizon,

Un restaurateur



À ses côtés, Jean-Philippe Polley, un restaurateur de Haute-Savoie venu le soutenir. Il dit avoir conscience que la France aide les restaurants. Mais selon lui, les aides pourraient être mieux réparties. “Le problème, c’est qu'on a tous été mis dans le même panier, certains ont besoin de 5.000 euros pour subsister, moi, j’ai besoin de 12.000 euros par mois. On aurait voulu dans ces aides quelque chose d’équitable sur la réalité du quoi qu'il en coûte. " Il affirme perdre entre 2.000 et 3.000 euros chaque mois malgré le dispositif. D’ici le printemps, le déficit va s'alourdir. “C’est ça l’angoisse, on est dans une bouée de sauvetage, en pleine mer, et on n’a pas d’horizon, pas de date pour mettre en place une stratégie financière, pour ouvrir dans de bonnes conditions", estime-t-il.

Présent à Cusance,  le collectif "Restons Ouverts" a exhorté les plus téméraires à ne pas braver l'interdit au nom du dialogue avec l'Etat. "Ouvrez, faites de la vente à emporter, mais ne vous mettez pas en infraction: oui nos clients nous manquent, mais il ne faut pas appeler à l'insurrection parce que c'est la mort assurée", a indiqué Stéphane Manigold, porte-parole du collectif Restons ouverts. 



À midi, le restaurant de la Source Bleue a repris un brin de vie, dans la douleur et la solidarité. Depuis quelques jours, Stéphane Turillon s’est entouré des conseils d’un avocat, Me Randall Schwerdorffer, le médiatique avocat de Jonathan Daval. Selon ce dernier, l'opération menée par le restaurateur ce lundi, n'enfreint aucune régle, le rassemblement des soutiens de Stéphane Turillon est couvert par une autorisation de manifester. L'avocat a déploré les "menaces" à l'encontre du restaurateur : "on n'est plus du tout dans la mise en garde, on est dans la menace, c'est assez choquant". "Le seul dialogue (avec le gouvernement), c'est : 'Si vous ouvrez, vous aurez des sanctions financières', c'est terriblement infantilisant", estime l'avocat du restaurateur. 

Une cortège vers le cimetière du village de Cusance

Après avoir servi gratuitement ses repas du jour, Stéphane Turillon a tout de même mené une action "symbolique" en prenant la tête d'un cortège d'environ 250 personnes, selon la préfecture.
Direction le cimetière de la commune où ce bouillonnant restaurateur a déposé "symboliquement" son tablier et un drapeau français en hommage aux "artisans de France" contraints à la fermeture en raison des mesures sanitaires contre le Covid-19. "Si l'Etat ne fait pas d'effort, on déposera tous nos tabliers au pied d'un cimetière et le peuple français mourra à terme de décisions politiques débiles", a-t-il lancé sous les acclamations des manifestants.
 

De lourdes sanctions pour les restaurateurs qui rouvriront 


L’UMIH du Doubs, l’union des métiers de l’industrie de l’hôtellerie ne soutenait pas de son côté l’appel à la réouverture lancé par Stéphane Turillo le restaurateur de Cousance. "Les conséquences pourraient être trop lourdes et dramatiques” écrivait il y a quelques jours le syndicat sur sa page Facebook.

Ce 1er février, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a annoncé que les restaurants clandestins qui enfreignent les règles en servant des clients à table verront leur accès au fonds de solidarité "suspendu pendant un mois", et définitivement en cas de récidive. "C'est extrêmement dur pour les restaurateurs, moralement et économiquement", a reconnu le ministre, mais "ça ne justifie en rien de ne pas respecter les règles, qui sont des règles sanitaires". En France, la réouverture des restaurants n’est pas prévue avant mi-février au mieux. Les restaurateurs n’ont guère d’illusion, la réouverture n’est pas pour demain.