La crise du coronavirus se traduit par une hausse "très inquiétante" des demandes de RSA

Les demandes de RSA explosent depuis quelques mois. En Saône-et-Loire par exemple, on comptait +8% de demandes en août 2020 par rapport à l'année précédente. Les conseils départementaux, qui versent cette aide via la CAF et la MSA, redoutent une crise plus profonde encore dans les mois qui viennent.

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Illustration. © Vincent Isore / MAXPPP
La crise sanitaire du Covid-19 s'accompagne d'une crise économique chaque jour un peu plus prégnante. Conséquence presque logique des difficultés d'emploi, les demandes de RSA, le revenu de solidarité active, sont en hausse depuis plusieurs mois. "Entre juillet 2019 et juillet 2020, on constatait déjà une hausse, de 5,5% en Saône-et-Loire. Au mois d'août, on est à +8% par rapport à 2019", confirme André Accary, le président du conseil départemental de Saône-et-Loire. Le département comptait fin août 11 644 bénéficiaires du RSA.

Certaines classes d'âge semblent plus touchées que d'autres. "Sur les 30-39 ans, c'est +27% au mois d'août par rapport à l'année dernière. C'est la tranche d'âge la plus significativement touchée. La deuxième qui vient derrière, c'est les 40-49 ans avec +12%", précise l'élu. "On voit bien que la situation économique est extrêmement compliquée depuis le Covid. Donc évidemment, sur les départements, on a un impact qui va être très significatif."

Le montant des allocations du RSA (564 euros par mois pour une personne seule) est puisé dans le budget des conseils départementaux. La hausse du nombre de bénéficiaires a bien sûr une incidence sur les finances des collectivités. "En 2015, c'était une enveloppe de 56 millions d'euros. Aujourd'hui, elle est de 65 millions. Le budget que j'ai voté pour 2020 était de 65 millions d'euros, il ne suffira pas."

"Il va falloir sans doute que je ré-abonde. En tout cas pour 2021, on va le revoir obligatoirement à la hausse. Tout ça aura bien sûr un jour des limites. C'est une masse financière très importante et le département se retrouve bien seul face à cette situation",
explique André Accary.

Dans la Nièvre, la situation est tout aussi alarmante. Les derniers chiffres disponibles datent de fin juin et on constate déjà une hausse de 4% par rapport au mois de mars 2020. Sur les deux dernières années, le nombre de bénéficiaires du RSA était pourtant resté stable, autour de 5 600 personnes. Fin juin 2020, la Nièvre comptait 5 999 bénéficiaires.

"On pense qu'on va rester sur cette dynamique de progression du nombre de bénéficiaires. Au niveau du budget, nous aurons 1,7 millions d'euros de plus par rapport à ce que nous avons inscrit au budget primitif 2020. On est sur plus de 37 millions d'euros prévus fin 2020, contre 34,2 millions en 2019", précise Chantal Marchand, directrice générale adjointe en charge des solidarités, de la culture et du sport au conseil départemental de la Nièvre.

"C'est une hausse très inquiétante. D'abord pour les premiers concernés, parce qu'évidemment cela veut dire qu'on a des personnes qui sortent des dispositifs assurantiels du chômage pour basculer dans les dispositifs sociaux du RSA, précise Fabien Bazin, vice-président du conseil départemental de la Nièvre en charge de l'autonomie, de l'insertion et du numérique. D'autre part, ça sous-entend aussi qu'on va subir une très forte dégradation du marché de l'emploi. Dans certains secteurs du territoire, on risque d'arriver à des niveaux de taux de chômage totalement monstrueux, de plusieurs dizaines de pourcents."
 

Comment absorber le choc ?

"J'espère beaucoup qu'il y aura un sursaut, un rebond. Sans doute pas en fin d'année, mais j'espère au printemps. Sinon la situation va être extrêmement compliquée dans les années futures", indique André Accary, président du conseil départemental de Saône-et-Loire.

"Je mets beaucoup d'espoir sur les plans de reprise, sur les plans de formations qui pourront être mis en place, mais qui ne dépendent pas du département mais plus de la région. J'espère qu'ils seront à la hauteur, ce sera vraiment indispensable. Sinon, nous irons sur une crise vraiment profonde."

"Crise sanitaire, crise économique, crise sociale, crise environnementale. C'est la première fois que tout ça se mélange et est aussi brutal", explique Fabien Bazin, dans la Nièvre. "Je crois qu'au delà de l'aspect comptable des choses, il y a un effort d'imagination, d'invention qui est devant nous. Des outils comme 'territoires zéro chômeur', c'est le moment de s'y lancer à fond et à bloc", ajoute celui qui est également maire de Lormes.

"Le département de la Nièvre soutient les expérimentations 'territoires zéro chômeur de longue durée'. On présente une candidature groupée de six territoires : Clamecy, Lormes, Luzy, Château-Chinon, Moulins-Engilbert et Varzy, détaille-t-il. Cela veut dire qu'on a sur ces six territoires, on a six fois vingt bénévoles qui sont l'arme au pied, qui travaillent déjà depuis plusieurs mois sur le sujet. Cela veut donc dire plus de cent personnes bénévoles aujourd'hui qui sont sur les sujets de précarisation liée à la perte d'emploi et au chômage de longue durée."
 
Dix territoires expérimentent depuis 2017 le dispositif 'territoires zéro chômeur de longue durée', dont le territoire de Loire, Nièvre et Bertranges dans la Nièvre. L'idée du dispositif est de mobiliser les sommes destinées à l'indemnisation du chômage pour financer des entreprises à but d'emploi (EBE) qui recrutent en CDI des chômeurs de longue durée, payés au Smic pour des activités utiles socialement et non concurrentes des emplois existants.

Une proposition de loi de la majorité présidentielle visant à porter de 10 à 60 territoires l'expérimentation est actuellement examinée par le Parlement. Si la proposition de loi se concrétise et si la candidature nivernaise est retenue, l'élu espère que tout pourra être mis en musique pour mai 2021, au plus tôt.

"Je vois mal aujourd'hui comment les structures d'insertion, aussi agiles soient-elles vont pouvoir faire face à cette hausse qui est tout à fait préoccupante, ajoute l'élu de la Nièvre Fabien Bazin. Aujourd'hui, les institutions, les grandes associations, ne peuvent plus faire seules au regard de l'ampleur des crises que l'on vit. Il faut vraiment qu'il y ait un mouvement très citoyen, de proximité, pour essayer d'apporter des réponses nouvelles à un fait de société qui est d'une violence extrême et qui ne concerne pas que la Nièvre".
 
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