Dico Bourguignon : bientôt un nouveau site internet de traduction du patois local

C'est un projet ambitieux, conçu par un autodidacte. Olivier Colas, s'est lancé il y a deux ans dans la création d'un site gratuit, interactif, instructif et contributif, donnant libre accès à un dictionnaire-traducteur de patois bourguignon. 

© Justine Boudard

Des mots du langage courant en Bourgogne

Olivier Colas est originaire de Beaune. Les mots de patois, il les a toujours entendus ici et là dans les conversations. Des mots habituels auxquels on ne fait pas attention, puisqu'il font partie du langage usuel ici en Bourgogne.

C'est en faisant les vendanges lorsqu'il était adolescent, qu'il a pris conscience de la particularité de certains mots utilisés par les vignerons. Chaque région viticole a son vocabulaire de patois.

Au printemps, au moment de l'ébourgeonnage, on parle d'échtinnage, ou encore d'échtonnage. Il y a d'autres variantes : évasinage, essoumassage (dans l'Yonne). On trouve encore éborgnage, mais ce mot semble être commun dans toute la France au sens de rendre borgne autrement dit enlever les yeux, synonymes de bourgeons.

Olivier  Colas cite d'autres exemples. Le mot gouzô ou gouzotte, qui désigne la serpette du vigneron. Un outil qui sert entre autres à l'ébourgeonnage.

Et puis, dans le patrimoine bâti viticole, on connaît la cabotte ou cadole, maisonnette de vigne qui ne manque pas de charme. 
Olivier Colas a plusieurs passions : la photographie, la vigne, le travail des vignerons, le vin, et le patois bourguignon
Olivier Colas a plusieurs passions : la photographie, la vigne, le travail des vignerons, le vin, et le patois bourguignon © Olivier Colas


D'une idée à sa réalisation

Ces mots de patois, Olivier Colas s'y est intéressé sérieusement lorsqu'il y eu 18 ans avec l'envie de les recenser et de créer un site internet : un dictionnaire interactif. L'idée avait germé, mais il ne connaissait rien au codage informatique. 

De formation scientifique, Olivier Colas est aujourd'hui oenologue. Il travaille dans un domaine viticole à Bouzeron (71), un village situé au sud de Beaune, entre Chagny et RullySa passion, à ses heures perdues, c'est la photo. Il en a fait son second métier.

Ses sujets de prédilection ? La vigne et le vin. Ce bourguignon dans l'âme, met son talent au service de la communication des domaines viticoles. 

"Un copain informaticien m'a dit fais le tout seul, tu verras ce n'est pas difficile"

C'est en 2018, que le projet a refait surface. Un projet ambitieux : la création d'un dictionnaire et traducteur, en ligne, des différents patois de Bourgogne et alentours. 
 


Contribuer à la sauvegarde du patrimoine linguistique  

Il y a deux ans, Olivier Colas s'est donc lancé en autodidacte dans la programmation informatique. Son objectif est de faire un "site utilisable et qui soit utilisé".

Mais avant cela, il s'est beaucoup renseigné. "J'ai pris contact avec Eugénie Barate qui a fait un énorme travail de recherches sur les langues régionales bourguignonnes et a créé le site Cadole (100% sur la Bourgogne, son histoire, ses langues et ses cultures). Nous avons beaucoup discuté et elle a accepté de m'aider ".

Eugénie Barate vit aujourd'hui à l'autre bout du monde. Sur le forum le patois bourguignon, elle écrit :  "Malgré mon absence et mon arrêt de mise à jour de cadole.eu car je me suis concentrée sur ma carrière à l'étranger, j'ai suivi ce forum à distance même en étant à l'autre bout du monde. Et depuis 16 ans que j'ai entrepris la recherche des langues régionales de Bourgogne, je suis contente des fruits et de l'intérêt que ça porte".    

Olivier Colas s'est rapproché des associations actives pour la sauvegarde du patois. Il est soutenu dans son projet par la Maison du Patrimoine Oral de Bourgogne (MPOB) située à Anost (71) dans le Morvan.

Le développement en programmation a commencé en 2019, ainsi que l'intégration lexicographique. "Je m'y mettais par période, une semaine ou deux. Mais depuis qu'il y a le confinement j'ai vraiment pu avancer et aujourd'hui j'en suis aux finitions."
 
Olivier Colas concepteur, développeur et programmateur du site Le Dico Bourguignon.
Olivier Colas concepteur, développeur et programmateur du site Le Dico Bourguignon. © Olivier Colas

Prêt pour la mise en ligne à l'été 2020

Le site comportera 20 000 mots au final. Il sera librement utilisable. "On pourra entrer un mot, pour avoir sa traduction. Même si on n'est pas sûr de l'orthographe, une suggestion de mots permettra de le trouver".

Le dictionnaire proposera toutes les traductions possibles dans les différents patois bourguignons. Les utilisateurs verront des mots apparaître sur leur écran pour en apprendre un peu plus.  

Les internautes pourront aussi proposer des mots pour qu'ils soient ajoutés, apporter des modifications ou des corrections. "C'est un projet culturel public et contributif. Il faut que les internautes se l'approprient." 

Tout est prêt pour la mise en œuvre du traducteur :  le graphisme, les parties techniques et administratives pour les frais d'enregistrement et d'hébergement, la publication du site.
 

Un appel aux dons pour les frais de gestion

Sur la page d'accueil du site Le Dico Bourguignon, en développement, Olivier Colas présente son projet et a mis en place un financement participatif d'un total de 500 euros. 

"Ce site est géré bénévolement, aussi, seuls les dons permettront qu'il voit le jour, puis de le maintenir en place et de subvenir aux frais (nom de domaine, hébergement, sécurité, maintenance ...) pendant toutes les années à venir".  

"Le but n'est pas de faire des bénéfices. Si ca marche, les dons supplémentaires seront reversés aux associations linguistiques locales"

Le dictionnaire et traducteur de patois bourguignon vise à sauvegarder et transmettre le patrimoine oral, pour préserver la diversité et l’authenticité de l'histoire de nos régions.



 
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