A Dijon et à Chalon-sur-Saône, ils sont venus défendre la liberté d'expression

Ce dimanche 18 octobre, des rassemblements étaient organisé dans toute la Bourgogne pour rendre hommage à Samuel Paty, assassiné vendredi dernier. Ils sont enseignants, étudiants, ouvriers ou retraités. Mais tous défendent la liberté d'expression. Rencontre.

Ils sont étudiants, chefs de train, enseignants, retraités, imams ou élus... Le combat pour la liberté d'expression traverse les âges, les genres et les classes.
Ils sont étudiants, chefs de train, enseignants, retraités, imams ou élus... Le combat pour la liberté d'expression traverse les âges, les genres et les classes. © AM avec R. Ho-A-Chuck & A. Borlot / France Televisions
Samuel Paty était professeur d'histoire-géographie dans un collège des Yvelines. Il a été assassiné à quelques mètres de son établissement. Quelques jours avant le drame, il a été menacé pour avoir diffusé des caricatures de Mahomet, dans un cours sur la liberté d'expression. Un triste événement qui rappelle l'attaque contre Charlie Hebdo en janvier 2015. Ils sont des milliers à avoir manifesté en Bourgogne ce dimanche 18 octobre, en hommage à Samuel Paty, mais aussi pour défendre la liberté d'expression. 

Un combat qui traverse les âges, les genres et les classes. A Dijon et à Chalon-sur-Saône, rencontre avec ces femmes et ces hommes.

"Je suis... Ils sont" 

Martine, dijonnaise à la retraite : "Cet acte m’inspire l’horreur. Vendredi, quand j’ai appris ce qu’il s’était passé, ça m’a rendu malade. C’est mon devoir de citoyenne d’être là. Je défends ma République et ma liberté. Il faut qu’on défende tous les valeurs de la République. Les enseignants apportent tellement pour le pays."
 
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Laurence Porte est maire de Montbard (Côte-d'Or). Mais elle est aussi une professeure d'histoire-géographie, en disponibilité. "C’est important d'être là pour montrer notre solidarité envers le corps enseignant. C’est la responsabilité de toute la République qui se manifeste.
Ce drame, c’est la barbarie la plus abjecte. Quand on est enseignant, on ne fait pas ce métier en imaginant que puisse se passer une telle barbarie. Les enseignants sont là pour participer à la formation de la citoyenneté et de l’esprit critique."


Adam est un jeune tchétchène. "C’est pas juste ce qu’il a fait. Dans l’islam, ce n’est pas autorisé de tuer une personne."
 
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Samir est chef de train : "Aujourd’hui c’est important d'être là, car je suis citoyen français. L’important c’est de venir et d’avoir une pensée pour Samuel, qui a été cruellement assassiné. C’est important de venir se recueillir en tant que citoyen français. C’est inhumain ce qui s’est passé. Aujourd’hui, on vit quelque chose de fort. Je suis très ému. De voir tout ce monde, peu importe les différences."
 
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Ahmed Belghazi est imam de la mosquée du centre de Chalon-sur-Saône. "Dans l’islam, la vie humaine est sacrée. Nous n’avons pas le droit de mettre fin à cette vie. C’est Dieu qui donne la vie, donc c’est lui qui la reprend. C’est très grave que la religion soit utilisée derrière ces gestes. On peut critiquer sans problème, nous sommes tous critiquables. L’islam est une religion comme les autres. On a le droit de la critiquer."

Patrick Geantot est le principal du collège Clos-de-Pouilly, à Dijon : "Je suis toujours, au bout de 48h, choqué et abasourdi par cet événement dramatique. Je suis ravi de voir autant de monde réuni, si loin de l’événement, en mémoire de cet enseignant qui n’a fait que son métier. On est là pour lui. Et pour la suite… La laïcité est un combat de tous les jours.
 
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Maxence, élève en 4ème : "Pour ma part, je suis là pour supporter mes professeurs. Je trouve ça insoutenable que dans notre société actuelle, des atrocités pareilles puissent arriver. On est là ici pour manifester, pour exprimer notre désaccord contre ces actes."

Sylvie, maman de Maxime : "C'est un très grand choc. Beaucoup de colère qu’un enseignant puisse perdre la vie dans l’exercice de ses fonctions, près de son établissement. Par conviction, pour défendre les valeurs républicaines qui sont véhiculées par les professeurs d’histoire-géographie. Ces valeurs que l’on retrouve dans la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, qu’on est là pour défendre aujourd’hui."
 
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Nicolas et Morgane, étudiants et futurs professeurs : "On est choqué. On s’est senti très concernés puisque c’est un métier qu’on se destine à exercer. C’est triste de voir des choses comme ça se passer, tant d’années après Charlie Hebdo. La situation n’a pas tant évolué que ça. C’est important de se rassembler, de se faire entendre et de montrer qu’on soutient tous le mouvement. Je trouve ça beau de voir la mobilisation de manière spontanée. Ça nous donne espoir. Ça nous montre que les enseignants ne sont pas seuls."

Bérénice Vincent a été enseignante en milieu scolaire pendant 20 ans. Aujourd'hui, elle enseigne à domicile. "Se dire qu’on risque notre vie en tant qu’enseignant, c’est quand même dramatique. Je n’ai même pas de mots. Je suis effondrée de voir que des collègues risquent leur vie parce qu’ils ont parlé de liberté d’expression. Je suis venue pour montrer mon soutien avec tous les enseignants. On est déjà dans une période difficile et toutes ces choses en plus, c’est dramatique."
 
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Mohamed Ateb est le président de la Jeunesse Musulmane de France en Bourgogne. "Nous avons appris cette nouvelle avec beaucoup d’inquiétude et d’horreur. Quelqu’un surgit de nulle part pour assassiner un enseignant. Je suis troublé. On ne sait pas le meurtrier était pratiquant ou pas. On ne sait pas quelle était sa relation avec la religion.
Il a fait un acte odieux et certains veulent faire supporter à la communauté musulmane la conséquence d’un geste aussi horrible que celui-là. J’appelle à avoir un sens de responsabilité et ne pas attiser cette spirale de haine entre les gens. Nous condamons vivement et de manière ferme ce que cet homme a fait.
Ce n’est pas de l’islam. L’islam refuse qu’on porte atteinte à la dignité et à la personne physique de quelqu’un. Dans les textes anciens, je pense que c’est le seul [le Coran] qui a classifié chaque crime comme un crime contre l’humanité. Il dit que si quelqu’un tue une âme innocente, c’est comme s’il tuait l’humanité entière. Nous avons une culture de paix que nous devons faire passer aux jeunes, à tout le monde.
"

 
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