460.000 euros détournés, 300 virements, achat d'une Porsche... : ce que l’on sait du détournement de fonds par l’ancien président d’Emmaüs d'Ornans dans le Doubs

Responsable d’une fraude massive de 460.000 euros à l’encontre de l’antenne d’Emmaüs Ornans, dans le Doubs, l’ancien président de l'association a été rattrapé par la réalité judiciaire, après avoir financé sa double vie grâce aux fonds de l’association. Ce mercredi 18 octobre 2023, il a été condamné à un an de prison ferme pour abus de confiance aggravé, avec l’obligation d’indemniser l’association.

460.000 euros détournés en trois ans

300 virements effectués du compte d’Emmaüs Ornans vers un compte ouvert dans une banque en ligne en Allemagne, au nom du président de l’association, ont été identifiés. Au total, de 2020 à 2023, ce sont 460.000 euros qui ont été détournés au préjudice de l’association.

Élu en 2019, Marc Bianconi, 59 ans, a effectué le premier virement dès l’accès aux financements d’Emmaüs et “jusqu’au bout du bout”, a indiqué le procureur de Besançon, Etienne Manteaux, puisque le dernier prélèvement a été effectué le jour même où il a été démis de ses fonctions, le 13 septembre 2023. 

Des fonds dissipés dans un train de vie luxueux 

Porsche, lunettes de soleil Bulgari, tablette Samsung, Iphone 14, chaussures louboutins, Playstation, voyage à Las Vegas et restaurants luxueux avec une maîtresse… Voilà à quoi ont servi les 460.000 euros : “financer un train de vie quotidien très élevé”, selon les mots du procureur de la République de Besançon.

Faute de biens patrimoniaux, excepté deux voitures assez anciennes, tous les biens matériels acquis depuis 2020 avec les fonds de l’association ont donc été saisis.  “Plusieurs camions sont venus récupérer les biens”, a glissé le colonel de gendarmerie Damien Mathieu. Une partie a été confisquée et l’autre a été remise à Emmaüs Ornans, qui pourrait organiser une vente des plus inédites.

1 an de prison ferme et des biens saisis (rendus à Emmaüs)

“Ce que j’ai fait est dégueulasse”, a prononcé, selon le procureur, l’ancien président Marc Bianconi lors de sa garde à vue d’une durée de 48 heures, durant laquelle il a reconnu la totalité des faits, après avoir commencé par justifier les premiers détournements par la volonté de payer ses 50 à 60 heures de bénévolat par semaine.

Puisqu’il a détourné des sommes à des fins personnelles et au préjudice d’une association qui fait appel au public pour la collecte de fonds, il a été poursuivi pour abus de confiance aggravé et a été condamné, ce mercredi 18 octobre, à trois ans de prison dont deux avec sursis, soit 1 an de prison ferme. Il dispose de trois ans pour rembourser les sommes dues et effectuer 240 heures de travail d’intérêt général (TIG). Il a également l'interdiction de gérer une société pendant 10 ans.

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Une double vie menée secrètement

Dans le cadre de l’enquête, deux femmes ont également été entendues et placées en garde à vue : sa femme et sa maîtresse. Appréhendées, elles ont toutes deux affirmé ignorer que les fonds utilisés provenaient de l’association Emmaüs.

À sa femme, avec qui il est marié depuis 32 ans, Marc Bianconi présentait ces rentrées d’argent comme provenant d’un brevet à Keolis dont il était l’auteur et pour lequel il touchait des royalties. À sa maîtresse actuelle, à qui il s’était présenté comme veuf, même justification, mais pour le compte d’une autre entreprise.

On voit au travers de ces récits la capacité de cet homme à raconter des histoires et à se montrer crédible”, a indiqué le procureur de la République de Besançon. Jugées sincères, elles n’ont pas été poursuivies par la justice. 

Un "beau parleur" aux excuses bien ficelées 

Autant de mensonges à répétition qui “objectivent”, selon Etienne Manteaux, “le côté mythomane présenté aux membres de l’association”. Défini comme “beau parleur”, il avait par exemple justifié son voyage aux États-Unis par une rencontre avec Elon Musk. Peu crédible de prime abord, mais le récit de Marc Bianconi avait débuté bien en amont, dès son arrivée dans l’association.

C’est en 2018 qu’il avait rejoint l’antenne d’Ornans en tant que bénévole, avant de se faire rapidement remarquer pour son “investissement au sein de l’association”, explique le procureur. Il avait séduit par son profil, lui qui s’était présenté comme dirigeant d’une entreprise disposant d’un important - et impressionnant - réseau, qu’il pouvait mettre à profit d’Emmaüs. 

Un passé flou qui inquiète 

L’homme originaire de Franois, dans le Doubs, possédait bel et bien une entreprise par le passé. À un détail près : celle-ci a été liquidée en 2012 et le bien immobilier familial avait été saisi et vendu pour éponger la dette de la société.

Son épouse continue d’ailleurs à payer 170 euros par mois pour le remboursement, souligne le procureur, qui craint d’autres activités suspectes et s’interroge sur ce qu’il a pu faire entre 2012 et 2020, malgré un casier judiciaire vierge jusqu’à maintenant. “J’espère que cet exemple dramatique de détournement pourra servir d’exemple à Emmaüs dans toutes les régions”, a-t-il réagi. 

Enquête dans un temps record par la CELTIF

L’enquête préliminaire a été ouverte le 13 septembre 2023 suite à un dépôt de plainte d’Emmaüs France, après un signalement de l’antenne d’Ornans : le conseil d'administration ne se réunissait plus depuis plusieurs années, le comptable ne parvenait pas à obtenir des justificatifs demandés au président et depuis août 2023, les salaires n’étaient plus assurés, “témoignant du fait que les comptes étaient manifestement à vide”, indique le procureur.

L’enquête s’est achevée ce mercredi 18 octobre par la condamnation du prévenu, “dans un délai absolument record”, souligne-t-il. C’est la cellule de lutte contre le travail illégal et les fraudes (CELTIF) du Doubs, spécialisée dans les contentieux, qui a chapeauté l’enquête. Créée en 2022, elle a pour but d’appuyer la gendarmerie dans certaines affaires, par exemple de travail dissimulé, fraude sociale ou usurpation d’identité.