Adolescente tondue à Besançon : Expulsion vers Sarajevo de 5 membres de sa famille

Cinq membres de la famille de la jeune fille musulmane bosniaque, tondue en août à Besançon parce qu'elle était amoureuse d'un jeune Serbe chrétien, ont été expulsés samedi vers Sarajevo, a annoncé le ministre de l'Intérieur dans un communiqué signé avec la ministre chargée de la Citoyenneté.

L'affaire de l'adolescente tondue à Besançon devant la justice
L'affaire de l'adolescente tondue à Besançon devant la justice © Ludovic Laude-Max PPP
​​​​​​Il s'agit des parents de la jeune fille et de trois de leurs enfants, d'après l'entourage de Gérald Darmanin. Les parents avaient été interpellés vendredi soir dès la fin de leur procès à Besançon, qui s'est achevé par leur condamnation en première instance à un an de prison dont quatre mois de sursis, assorti d'une interdiction du territoire français pendant cinq ans. 

Après avoir été définitivement déboutés du droit d'asile en décembre 2019, les parents de l'adolescente faisaient l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Parents de cinq enfants, ils avaient alors demandé à bénéficier d'une aide au retour volontaire, mais la procédure s'était arrêtée avec l'épidémie causée par le coronavirus et la fermeture des frontières.
    
L'oncle et la tante, arrivés en France en 2016, bénéficient d'un statut de réfugiés qui pourrait leur être retiré. "Dès la fin de la procédure judiciaire, ils seront reconduits à la frontière car ils n'ont rien à faire sur le sol national", avait tweeté le 23 aout dernier le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, au sujet de la famille. Ce qui n'a pas été le cas hier soir. Leur avocat, M°Patrick Uzan a précisé que ses clients allaient faire appel de cette décision. L'appel étant suspensif, ils n'ont pas été incarcérés à l'issue de l'audience.
  

La jeune fille âgée de 17 ans sera, elle, "prise en charge par l'aide sociale à l'enfance et obtiendra à sa majorité un titre de séjour", ont ajouté le ministre
de l'Intérieur et la ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa, dans leur communiqué commun.
    

Après leur interpellation, les cinq membres de la famille de la jeune fille ont été acheminés au Centre de rétention administrative de Metz, puis conduits samedi matin à Nancy pour rallier Sarajevo, a-t-on précisé dans l'entourage de M. Darmanin.

Contactée par téléphone, Catherine Bresson, l'avocate des parents de la jeune fille, est scandalisée par cette expulsion. Pour Maître Bresson, "c'est paradoxal qu'on exécute une décisionde justice alors que les délais de recours n'ont pas été purgés". L'avocate rappelle que les parents de l'adolescente étaient d'accord pour rentrer dans leur pays. Ils avaient signé le document de "retour volontaire" envoyés aux demandeurs d'asile qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. "Ce dossier est plus complexe" que ce que peut en dire le ministre de l'Intérieur. Décider une expulsion aussi rapide alors les parents avaient déjà préparé leur retour dans leur pays est "inhumain pour la victime ne peut pas faire ses adieux". 

Un point de vue partagé par Maître Céline Party, avocate de la jeune fille. "Je pense qu'ils auraient pu attendre un peu. Avec Me Bresson, nous avions envisagé de demander au juge des enfants d'organiser une rencontre dans un cadre sécurisé pour que la jeune fille puisse dire au revoir à ses frères et soeurs et à ses parents". C'est "un départ brutal et précipité" qui ne prend pas en compte la complexité des relations familiales.

Cette affaire avait soulevé une vive émotion en France et à l'étranger, rappelant le sort de milliers de femmes tondues à la Libération pour avoir entretenu une liaison avec un soldat allemand sous l'Occupation.
  
A l'audience, la jeune fille et la famille de son petit ami, présente au moment des faits le 17 août, ont affirmé qu'elle avait été emmenée dans sa chambre, molestée par les quatre adultes et tondue par son oncle.
    
Les parents, l'oncle et la tante ont reconnu pour leur part une ou deux claques, tout au plus, et soutenu que c'était son père qui l'avait rasée pour "la punir, pour qu'elle ne sorte plus" après une fugue de quatre jours avec le jeune homme, de trois ans son aîné.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
justice société