Besançon : Fatoumata Sylla, lauréate nationale du prix Talents des cités, souhaite contrer la solitude avec Toc&Miam

Habitante du quartier de Planoise à Besançon, Fatoumata Sylla a remporté le prix national Talents des Cités 2020. La jeune femme de 30 ans a créé Toc&Miam, une plateforme permettant aux particuliers de se rencontrer autour d’un repas, et de briser la solitude.
 

A 30 ans, la jeune entrepreneuse est l'une des cinq lauréats du prix Talents des Cités.
A 30 ans, la jeune entrepreneuse est l'une des cinq lauréats du prix Talents des Cités. © Fatoumata Sylla
La voix posée, grave et douce, Fatoumata Sylla est rayonnante lorsqu’elle parle de son projet. Toc&Miam, c’est une plateforme de rencontre, de partage d’un repas, de découverte d’une culture, le temps d’un soir. Lundi 28 octobre, à l’heure de notre appel, la jeune Bisontine ne sait pas encore qu’elle a remporté le prix Talents des Cités. Elle l’apprendra trois jours plus tard, le 1er octobre, lors d’une cérémonie à Paris.

« L’entreprenariat part souvent d’un problème », rit Fatoumata Sylla. Car Toc&Miam, une application de rencontre autour d’un repas, trouve ses racines dans son retour à Besançon. La jeune femme est revenue dans le quartier de Planoise, les terres de son enfance, après les avoir quittées il y a une dizaine d’années. Difficile alors de trouver des amis avec qui échanger, comme elle l'explique : « Je ne connaissais plus personne. Je cherchais une solution pour rencontrer des gens autrement que sur des applis de rencontre amoureuse, ou que sur des groupes Facebook ».
 

La solitude, le grand questionnement de Fatoumata Sylla

Le Prix Talents des Cités vient alors couronner un parcours parfait. Après le collège et le lycée à Planoise, viennent la classe prépa et l’école de commerce à Nancy. En parallèle à son travail dans le secteur de la grande distribution, Fatoumata Sylla est bénévole pour SOS Amitié, une association qui recueille la parole de personnes en détresse. « Quand on est dans le brouillard, on ne voit pas de solution. On a besoin d’un autre point de vue », résume-t-elle, sobrement. Ecoutante, la Bisontine se rend alors compte que les appels viennent de toutes les classes sociales : « La solitude se voit à tout âge, dans toutes les situations. »

Au fur et à mesure, Fatoumata Sylla sent que son intérêt pour la solitude grandit, que sa quête de sens prend le pas sur sa vie professionnelle. Marquée par la perte de deux de ses proches, en détresse, et elle-même habitée parfois, par la solitude, la jeune femme traverse une phase de doutes. Elle décide de quitter son poste, pour faire converger ses attentes, son envie d’être utile et son travail. « La connexion et le regard de l’autre sont au centre de notre société : toute personne a un besoin de reconnaissance », reprend la jeune femme d’origine sénégalaise. Souriante, elle cite un proverbe : « En Afrique, on dit qu’une personne a besoin de tout un village autour de lui ! »

 
© Capture d'écran / Prototype de Toc&Miam


Contre quelques euros, une soirée conviviale

« La solitude apparaît à plusieurs niveaux : ce peut-être avec un déménagement, une séparation ou un divorce, mais aussi une personne qui travaille et qui rentre seule chez soi », détaille Fatoumata Sylla. Emerge alors l’envie de recevoir des invités, de créer du lien social autour de plats, en échange de quelques euros : Toc&Miam. Dans l’application, il s’agira d’inviter des personnes à manger chez soi, ou alors de réserver sa place chez un hôte qui propose des repas. La jeune femme précise : « Chacun peut être à la fois hôte et invité, en fonction des envies ».

Lancer son application en pleine crise du coronavirus, un pari qui peut être risqué. Mais, Fatoumata Sylla, elle, voit le moyen de pallier un manque : « le besoin croissant de connexion qui est survenu avec le covid ». Certains hôtes de Toc&Miam pourront aussi créer des événements dans les maisons de retraite. Une charte d’hygiène et de sécurité est aussi prévue, et il sera possible de noter ses hôtes et ses convives et de laisser des commentaires.
 

Le repas au cœur d’une rencontre

Pour Fatoumata Sylla, le repas est un « vecteur de liens », un « moment de partage ». Toc&Miam s’adressera alors aux personnes de 18 à 99 ans, qui aiment cuisiner ou alors recevoir, et qui peuvent se déplacer. Enjouée, elle assure : « Pas besoin de faire de la grande cuisine ! Même des petites pizzas, c’est très bien ! ».

Car des mini-pizzas, ou d’autres petits plats, c’est ce que Fatoumata Sylla proposait lorsqu’elle recevait des voyageurs venus de tous horizons chez elle, via la plateforme Airbnb. C’est son expérience d’hôte qui a forgé son idée de Toc&Miam, comme elle le raconte : « Je garde encore contact avec mes invités d’Airbnb. Ils sont devenus mes amis ! ». L’entrepreneuse bisontine y croit dur comme fer : « Rencontrer des gens, c’est sortir de son quotidien. C’est comme un voyage, un baume au cœur qui donne de l’espoir. »

La plateforme sera lancée début 2021, sur tout le territoire. Une campagne de crowdfunding viendra appuyer la sortie de l’application. Plus d’informations sur le site de Toc&Miam : www.tocandmiam.com

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