Besançon : feux d’artifices sauvages, "un phénomène ludique" mais le ras-le-bol des riverains

À Besançon dans le Doubs depuis le printemps 2020, des feux d’artifices sont tirés régulièrement dans différents quartiers de la ville. Bruyants, non déclarés, dangereux ? Le phénomène dérange les voisins et mobilise les policiers.
L'usage des feux d'artifice est très réglementé. Certains feux sont réservés aux artificiers professionnels.
L'usage des feux d'artifice est très réglementé. Certains feux sont réservés aux artificiers professionnels. © PIERRE TEYSSOT / MAXPPP

Des gerbes de couleurs dans le ciel. Et ici et là, des feux d’artifice à se croire un 14 juillet ! Certes, ces tirs font sans doute des heureux aux premières loges. Le phénomène s’est répété ces derniers mois dans les quartiers de la Butte, la Viotte, Saint-Claude, Palente ou Bregille à Besançon. Il a débuté après la sortie du confinement au printemps 2020. Et semble s'être tassé un peu cet été 2021.

“Le problème, c’est la récurrence. À 23 heures, ces feux ça suffit à nous réveiller. Ça devient pénible. On aspirait à la tranquillité quand on a investi dans ce quartier” confie un habitant du secteur de la rue de Trey. Une autre voisine est elle aussi lassée par ces feux sauvages. “Ça n’arrive pas souvent, mais les bruits c’est dérangeant. C’est vraiment des grosses détonations” confie la Bisontine.

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Des feux d'artifice sauvages ont été tirés dans différents quartiers de Besançon.
Des feux d'artifice sauvages ont été tirés dans différents quartiers de Besançon. © Florence Petit - France Télévisions

Des feux d’artifice pas des tirs de mortiers

Pour les forces de l'ordre, le phénomène n’est pas prévisible. Régulièrement appelée sur les lieux, la police nationale se déplace à chaque fois pour tenter d’identifier les tireurs, et le matériel utilisé. “L’utilisation de ces feux d’artifices peut constituer une infraction d’ordre contraventionnel ou délictuel” précise Yves Cellier, directeur départemental de la sécurité publique dans le Doubs. Certains artifices sont réservés aux professionnels habilités, les tirs de mortiers par exemple leurs sont réservés. Les mortiers d’artifice, ont un diamètre du tube compris entre 8 et 50 millimètres. Depuis 2017, au-delà de 30 millimètres, leur vente est réservée aux artificiers titulaires d’une autorisation délivrée par la préfecture. La vente et l’achat de ces produits par des non-professionnels sont sanctionnés par une amende pouvant aller jusqu’à 1 500 euros (3 000 euros en cas de récidive).

Des résidus de tirs à côté de la maison d'arrêt de la Butte à Besançon.
Des résidus de tirs à côté de la maison d'arrêt de la Butte à Besançon. © Florence Petit - France Télévisions

Des feux d’artifice qui s’achètent en ligne, et dont l’usage est difficile à contrôler

À Besançon, le phénomène est difficile à cerner. D’abord, à l’oreille, les policiers expliquent avoir des difficultés à identifier le type d’engin utilisé. “Le phénomène le plus récurrent auquel on a à faire dans le Doubs mais aussi dans d’autres départements urbains, souvent, c’est l'acquisition de mortiers par voie électronique, réseaux sociaux ou internet. Et ensuite, malheureusement une utilisation tournée vers les forces intérieures (ndlr, les forces de police)” analyse le DDSP du Doubs. Le 13 juillet 2021 dans le quartier de Planoise, les policiers ont fait face à plusieurs tirs de mortiers. Sans blessé heureusement.

Ce sont des produits dangereux, à manipuler avec précaution.

Julien Chenu, artificier professionnel

 

Des feux d'artifices comme celui ci sont réservés aux artificiers professionnels.
Des feux d'artifices comme celui ci sont réservés aux artificiers professionnels. © Florence Petit - France Télévisions

Pour Julien Chenu artificier professionnel chez Arti-Show dans le Doubs, les feux sauvages bisontins sont probablement tirés avec des matériels de type compact qui s'achètent une quarantaine d’euros, mais sont réservés aux pros. “Ce sont des produits dangereux, à manipuler avec précaution. On ne s’invente pas artificier en une journée. Il y a des points de sécurité à respecter, il faut un terrain propice pour utiliser ce genre de pièces pyrotechniques, soit un champ, soit un terrain de foot, avec au préalable une autorisation en mairie ou en Préfecture" nous explique-t-il. L’artificier professionnel insiste, les personnes qui tirent ces feux sans en avoir la capacité en termes de formation, d’autorisation prennent des risques, pour elles et le voisinage.

Il y a un danger pour celui qui va mettre le feu à la pièce pyrotechnique, ça peut partir rapidement. Il y a un danger pour les riverains, sur chaque artifice est mentionné la distance à respecter.

Julien Chenu, artificier professionnel

Pourquoi tous ces feux d’artifices sauvages ?

À chacun son explication. Autour de la prison de la Butte, les riverains expliquent que ces feux sont tirés pour célébrer l’anniversaire d’un détenu ou fêter une belle transaction de stupéfiants. “Je pense qu’il n’y a pas de signature particulière. On est sur quelque chose de ludique, qui les amusent, un peu transgressif” estime Yves Cellier.

Une réglementation bien précise des feux d’artifices

Les feux d'artifice sont vendus sous différentes catégories. En savoir plus sur la réglementation.

catégorie F1 : il faut avoir 12 ans pour les tirer

catégorie F2 et F3 : il faut avoir 18 ans pour les tirer

catégorie F4 : 18 ans. Mais ces articles ne peuvent être vendus qu’aux personnes ayant des connaissances particulières.

En cas d’usage délictueux d’un feu d’artifice, la personne encourt une peine d’un an de prison et jusqu’à 15000 euros d’amende, rappelle la Police Nationale. 

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