"C'est notre stagiaire" : comment un chat est devenu la mascotte du centre-ville de Besançon

“Le chouchou" d'une agence immobilière, “la star” du grand magasin, “la mascotte” de la Maison du livre et de la presse… On vous raconte l’histoire de Tigrou, un petit chat roux qui s’invite chez les commerçants du centre-ville de Besançon (Doubs).

Le centre-ville est devenu son territoire. Il se promène dans Besançon comme si la ville lui appartenait. Et pourtant, le félin n'est pas très impressionnant. C'est Tigrou : un chat roux de trois ans. Sa maitresse, Noémie∗, le laisse sortir. Elle a toujours considéré qu’un chat devait être libre. Même en ville, il n’est pas question que l’animal reste coincé entre quatre murs.

Au début, il se cantonnait à la cour de sa rue. “Et depuis le mois d’octobre, novembre de cette année 2023, il a commencé à élargir son cercle de sorties et à chercher à rentrer dans les boutiques”, indique-t-elle. Comme sa propriétaire et les enfants ne sont pas là pendant la journée, Tigrou cherche de la compagnie. 

“Il n’aime pas du tout être seul. Au début, dès que je changeais de pièce, il me suivait. Il était tout le temps collé à moi.”

propriétaire de Tigrou

“Maintenant, on a tout un réseau autour de Tigrou. Il a des points de chute un peu partout. J’ai fait des connaissances, grâce au chat”, sourit-elle. Si un pépin arrive, les gens peuvent la prévenir. Son numéro de téléphone est visible sur le collier et permet de leur faire savoir qu’il a une maison. Pour autant, sa maitresse n’est pas toujours tranquille : “Après, il y a des risques, mais a priori, il ne traverse qu’une route pour accéder à la place du 8 septembre”.

“Il aime beaucoup dormir sur les livres, être au contact des lecteurs”

“Tigrou, je l’ai rencontré un dimanche matin. Il est arrivé sous la pluie et je me suis inquiétée parce qu’il avait l’air très sociable, donc j’ai imaginé qu’il était perdu, raconte Betty Gauthey, libraire de la Maison du livre et de la presse. Je l’ai gardé près de moi une matinée, on a sympathisé, j’ai essayé de retrouver ses maitres et puis j’ai fini par l’emmener au bout de quelques jours chez le vétérinaire parce que je pensais qu’il était perdu. À mon grand étonnement, j’ai découvert que c’était mon voisin rue du palais de justice.” 

Par la suite, Tigrou a pris ses habitudes dans la librairie : “Il aime beaucoup dormir sur les livres, être au contact des lecteurs”. Le félin ne se gêne pas pour entrer dans le bureau de Betty et se poser sur le clavier de l’ordinateur. “Ça demande une organisation”, concède-t-elle.

Ce curieux visiteur aime aussi réagencer la vitrine : “Ça donne de petites situations cocasses. Quand je vois un attroupement devant la vitrine, je sais que Tigrou est là et qu’il dort”. Elle ajoute : “Il est souvent en caisse avec mes collègues et ça ne manque pas de piquant. Quelques fois, il refuse de se déplacer quand on pose les livres donc c’est toujours lui qui a la priorité”. Mais pour Betty, ce n’est pas un problème. Le pacha avait déjà tout gagné auprès de cette amoureuse de littérature : “De toute façon, le chat est l’animal fétiche des écrivains. Donc il avait toute sa place dans la librairie”

Si notre hôte se permet quasiment tout, il est très propre et n’abime pas les livres. “Quand il pleut, je me précipite ou mes collègues aussi avec le Sopalin. On essaye d’intervenir”, précise-t-elle. Mais généralement lorsqu’il arrive vers 9h ou 10h, il vient de sortir de sa maison et n’est pas sale. “Il sent même le parfum, c’est très rigolo. Il a beaucoup de succès auprès des filles”, blague-t-elle. “C’est devenu notre mascotte.” 

Un ami pour tout un quartier 

Le chat anime la librairie. “Il y a même des gens qui viennent le voir exprès. Il demande s’il est là et c’est vraiment sympa. Ça crée beaucoup de lien social”. Il se manifeste très facilement, “il regarde les lecteurs qui viennent et s’il voit qu’on ne s’intéresse pas à lui, il miaule tout de suite. Il faut être un petit peu à son service”, sourit-elle. 

Tigrou apporte de la joie et de la compagnie : “Je pense qu’il y a beaucoup de personnes seules et elles adorent Tigrou. Il y a des dames qui viennent tous les matins et qui demandent s’il est là”. Il tisse un lien entre les personnes qu’ils rencontrent et facilite la communication : “Même pour les enfants qui sont un peu timides, quand ils rentrent dans un établissement qu’ils ne connaissent pas, dès qu’ils le voient, ils se retrouvent à deux ou trois autour du bureau et ça créé du lien”.

Cet habitant de Besançon se plait aussi à aller se promener au rayon lingerie du grand magasin et à l’agence Mourey. “Il peut passer 12 heures à l’agence en restant exactement sur la même chaise, donc il sait se faire très discret”, témoigne Michael Maussire, chargé technique de l’agence.

Le premier arrivé le matin lui ouvre la porte et le dernier parti le soir va le remettre dehors pour éviter qu’il se retrouve enfermé toute la nuit. “Dès qu’il entre, on met un petit post-it sur la porte de notre agence pour rappeler qu’il est présent", précise Michael.

 

“C’est notre chouchou, c’est notre stagiaire”. Il joue aussi le rôle de médiateur : “On a des clients qui arrivent parfois dans un état de stress ou d’énervement parce qu’ils ont un problème. [Lorsque Tigrou se situe dans l’entrée] on sent à la fois de la surprise et de l’apaisement. Les gens changent tout de suite de ton”.

Michael observe parfois Tigrou et s’amuse de son comportement. “Depuis quelques soirs, il a toujours le même rituel. Il passe la porte, s'étend ou s’assoit pendant environ 10 ou 15 min et regarde tous les passants", raconte-t-il. Et de reprendre : "C’est assez étonnant, les gens le frôlent, passent à côté de lui. Il ne bouge pas. Certains le caressent, d’autres passent sans faire attention, mais il n’a absolument pas peur”.

Tigrou est un chat libre, la journée, il fait ce que bon lui semble. Mais chaque soir, sa famille vient le chercher et le ramène à la maison. 

∗Le prénom du propriétaire du chat a été modifié