Le carnet de voyage d’Ivan, éloge du temps #7 : Salvador de Bahia... et la terre latine fut ! 

Suivez l'aventure d'Ivan, franc-comtois embarqué sur un voilier pour une traversée d'un mois et demi entre la France et l'Uruguay, au beau milieu de l'Océan atlantique. Impatience, découvertes, questionnements et joies... Il nous fait vivre la dernière étape de son périple. Récit.

Le Bisontin Ivan a posé le pied au sol après 42 jours de navigation pure.
Le Bisontin Ivan a posé le pied au sol après 42 jours de navigation pure. © Ivan Pelletier

Ivan est un photographe bisontin âgé de 41 ans. Amoureux du voyage au long cours, il a embarqué sur un voilier pour traverser l'Atlantique, de la France à l'Uruguay. Pendant un mois et demi, France 3 Franche-Comté suit ses aventures au beau milieu de cette immensité de plus de 100 millions de km2. Après être tombé sur une annonce sur internet, il décide de partir à l'aventure. Début octobre, il a pris un bateau pour vivre une aventure hors du temps, au fil des remous. Il est arrivé au bout de sa traversée. Il nous raconte. 

► #7 Salvador de Bahia... et la terre latine fut ! 

"Salvador de Bahia, 40 jours après le départ de la Rochelle, nous posons le pied sur le continent Sud Américain. Alegria !

J'ai l'impression de ressentir la joie des premiers explorateurs qui, après des mois de mer, touchaient enfin terre.

Arrivés en soirée, nous nous retrouvons confrontés aux restrictions dûes au covid-19 : tous les bars sont fermés excepté celui de la marina. Nous trinquons donc à notre arrivée sur le nouveau continent dans un bar qui ressemble étrangement à ceux de l'ancien.

Le lendemain c'est quartier libre, je pars explorer la cité.

Mélange de favelas, édifices modernes, pavés, ruines et végétation tropicale, cette ville me fascine. Mais sous cette image romantique se cache une misère sociale endémique.

Savaldor, lors de la dernière escale d'Ivan avant l'Uruguay.
Savaldor, lors de la dernière escale d'Ivan avant l'Uruguay. © Ivan Pelletier

L'escale est trop courte pour approfondir et je me promets de revenir.

Nous reprenons la mer pour la dernière ligne droite, il reste 2000 miles mais j'ai l'impression que le voyage est quasiment terminé.

Après les cargos le long des côtes européennes, puis les grains du pot au noir, c'est au tour des bateaux de pêcheurs brésiliens d'être l'objet de notre vigilance. La nuit leurs petites embarcations n'ont d'autre moyen de signalisation qu'une lumière qui ne nous permet pas de les localiser précisément.

© Ivan Pelletier

Les bateaux plus gros sont équipés de feux de navigation : deux lumières blanches (celle de l'arrière étant plus haute que celle de l'avant), un feu rouge sur babord et vert sur tribord. Ainsi on sait toujours où ils se dirigent.

Nous faisons donc très attention aux pêcheurs brésiliens qui sont nombreux au large des terres, d'autant plus qu'ils mouillent parfois leurs filets la nuit et ne les signalent qu'à l'approche d'autres bateaux. Je me fais une frayeur en voulant contourner une embarcation et en voyant s'allumer tout à coup devant moi tout un chapelet de bouées signalant la présence de son filet !

D'ailleurs, un matin, celui qui est de quart ne voit le filet que trop tard. Nous nous retrouvons arrêtés, une ligne emmêlée dans les hélices et les safrans du catamaran.

"Plus de peur que de mal"

Le skipper vient me réveiller. Mes quelques facultés en apnée m'ont désigné plongeur de bord, je vais donc me mettre à l'eau pour libérer le bateau. Des précautions sont nécessaires, la voilure est réduite mais quand le bateau sera libre, il reprendra sa course avec le risque que je ne puisse pas remonter à bord. Je m'assure avec un bout (nom pour désigner un cordage sur un bateau) attaché à la taille et plonge étudier la situation. Plus de peur que de mal, la ligne n'a rien endommagé. Une dizaine d'apnées et de coups de couteau plus tard, nous sommes libres !

Quasiment 2 mois avec des inconnus c'est une expérience en soi. Avec le mal de mer il m'était difficile de participer à la cohésion de groupe au départ, heureusement je me rattraperai après, même si je ne tiendrai jamais leur rythme à l'apéro !

Je remercie mes compagnons de voyage, Julien le skipper qui ne s'est jamais départi de son calme et qui a su nous mener à bon port, en respectant les impératifs dûs à la mission de livrer ce bateau, en restant à l'écoute de nos attentes et toujours partant pour les festivités.

Et Eric, bien que difficile à réveiller, fidèle au poste de surveillance et imbattable pour dérouler les lignes de pêche !

Julien, skippeur.
Julien, skippeur. © Ivan Pelletier
Eric, l'un des skippeurs du bateau sur lequel voyage Ivan.
Eric, l'un des skippeurs du bateau sur lequel voyage Ivan. © Ivan Pelletier

Nous touchons au but, le port de Punta del Este est là, devant nous !

L'euphorie de l'arrivée résiste aux manœuvres sous une pluie battante mais s'érode quand on apprend que l'on va être placés en quarantaine.

Encore une fois le covid nous rattrape dès notre arrivée à terre, il faut faire une croix sur le restaurant repéré proche du quai, pour fêter la fin du voyage.

Après un test PCR nous devons rester enfermés sur le bateau, avec interdiction de descendre à terre, sous la surveillance continue de militaires qui se relaieront dans une guérite installée sur le quai.

Après quelques jours, une autorisation spéciale est délivrée à mes compagnons pour quitter le pays en avion. Ils débarquent et je me retrouve seul sur le navire pour les trois derniers jours.

© Ivan Pelletier

Un ami me suggère de larguer les amarres et de partir pour les Caraïbes avec le bateau !

Puis c'est la délivrance : le 7ème jour j'apprends dans la soirée que je suis libre.

Après l'enfermement qui nous a privés de la célébration de l'arrivée, cette liberté soudaine décuple mes sensations. Mes pas sur la terre ferme, les lumières dans la nuit, la musique, les rires en terrasse, tout cela me semble venir d'un monde disparu. Et j'ai bien conscience que ce monde a réellement disparu pour beaucoup d'entre vous. Je ressens une grande joie d'être là. Ce moment matérialise vraiment la fin de ce voyage.

52 jours c'est à la fois beaucoup et si peu pour connecter deux continents en traversant un océan.

52 jours, 6240 miles parcourus, 4 escales, je peux aligner beaucoup de chiffres en face de cette expérience.

Ce que je retiens, c'est surtout la réalisation d'un rêve de liberté et d'autonomie : aller en Amérique du Sud sans avion, comme on peut le faire depuis plus de 500 ans. C'est aussi la sensation d'avoir gravi une de mes montagnes, malgré les conditions, en commençant tout simplement par un premier pas, puis un second, et ainsi de suite jusqu'à ce pas sur le quai.

A force de persévérance, arriver à un objectif, en gardant cette phrase d'un argentin bien connu à l'esprit : hasta la victoria siempre !"

© Ivan Pelletier

Un grand merci à Ivan Pelletier de nous avoir fait partager le récit de son aventure entre la Franche-Comté et l'Uruguay.

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