DIAPORAMA SONORE. Paroles de quartiers : "Il y a beaucoup de talents ici", au cœur de la cité Planoise à Besançon

À l'occasion des Municipales 2020, France 3 Franche-Comté a souhaité donner la parole aux habitants de quartiers populaires francs-comtois. Nous vous faisons découvrir le quartier de Planoise à Besançon, à travers la parole de ses habitants et de ses acteurs locaux. Reportage. 
Île-de-France, l'un des plus grands blocs de Franche-Comté
Île-de-France, l'un des plus grands blocs de Franche-Comté © France Télévisions - Pascal Sulocha
Planoise rassemble environ 20 000 Bisontins, ce qui en fait le quartier le plus peuplé de la capitale comtoise. Dans les années 1950 à 1980, les principales barres d'immeubles et tours sortent de terre, offrant à Planoise son caractère définitivement citadin. Il faut dire qu'à l'époque, Besançon fait face à un réel problème démographique : la croissance de la population bisontine est l'une des plus fortes de France, juste derrière celle de la ville de Grenoble.

De nos jours, la cité est divisée en trois secteurs : Les Époisses, Cassin et Île de France. Classé "Quartier prioritaire de la politique de la ville" (anciennement Zone urbaine sensible), Planoise a récemment fait couler beaucoup d'encre, dans la rubrique des faits divers, au grand dam des habitants et des acteurs sociaux bien implantés. 

Certains médias nationaux n'ont pas lésiné sur les gros titres en parlant de "guerre des gangs", "zone de non-droit" ou encore de "dérive à la marseillaise" suite aux différentes fusillades et règlements de compte survenus en fin d'année 2019 et en début d'année 2020. Comme dans beaucoup de grands ensembles, le tableau est pourtant loin d'être aussi sombre. Les habitants du quartier déplorent d'ailleurs cette image négative qui leur colle à la peau, malgré le travail des structures sociales bien implantées, les actions des associations et l'implication des acteurs locaux oeuvrant chaque jour sur place. 
  

"C'est un très beau quartier"


À Planoise, on entre dans une véritable "ville dans la ville" avec ses commerces, ses entreprises, ses start-ups, ses associations et son marché tous les jeudis matin. Si on remarque vite les jeunes guetteurs postés en bas des blocs et quelques sifflements au passage de notre véhicule siglé, on s'apperçoit vite que le quartier est plutôt bien conservé et entretenu. Le tramway, plus récent transport en commun de la ville, y passe en son coeur.

Inutile de le dissimuler. Ici, le trafic de drogue est implanté et plutôt visible, mais les habitants ont à coeur de montrer un autre visage de "leur Planoise". Le traitement médiatique des récents événements a braqué une partie de la population. C'est en tout cas ce que nous expliquent Redha et Kévin, deux jeunes de 27 ans qui ont grandi dans le quartier. Sous un beau soleil, installés au bord du terrain de foot rue Brabant, les amis nous expliquent leur vision des choses et n'hésitent pas à clamer leur amour pour Planoise.

"Planoise c'est un très beau quartier. Il y a beaucoup de talents ici, de grands sportifs, de gens intelligents, d'artistes. Quand on me demande d'où tu es ? Où j'ai grandi ? À Planoise ! On doit être fiers d'où on vient" affirme Redha, tout comme Daniel, responsable du club de football de Planoise depuis plusieurs années. Il ne tarit pas d'éloges sur son lieu de vie et ne le quitterait pour rien au monde. 

Découvrez le quartier de Planoise et ses habitants :
Au cœur de la cité Planoise à Besançon

La force des quartiers, de manière générale, c'est avant tout leur dimension multiculturelle et la mixité sociale qui y règne. Les gens apprennent à vivre ensemble et n'hésitent pas à s'épauler quand c'est nécessaire, une fois les différences culturelles appréhendées. "Ici, il y a de tout. Des noirs, des maghrébins, des gens de l'est... C'est riche, ça nous apprend la solidarité" témoigne Redha. 

"Planoise, c'est des nationalités différentes et c'est ce qui fait la beauté et le charme de ce secteur de vie. On parle des problèmes que pose une minorité. Mais la question qui se pose est : On en fait quoi ? À cause de quoi ? La réponse est politique" nous explique Ridouane, manager de proximité et acteur associatif très impliqué sur le quartier. Ce dernier a décidé, pour la première fois de sa vie, de faire partie d'une liste politique pour les municipales 2020 à Besançon, pour faire peser la voix de Planoise dans les débats politiques.  
 

"La politique, c'est un long débat"


L'action politique pour aider au développement du quartier ? Redha, employé dans une entreprise de maintenance d'ascenseurs, n'y croit pas vraiment. "La politique c'est un long débat" sourit-il. "Moi, je suis un peu anarchiste. Pour moi, ils ne nous ont jamais tendu la main. Toutes les fois où nous avons demandé de l'aide, on a jamais été aidés. C'est pas le tout de venir avant les élections" lance le jeune homme, ancien membre du club de boxe de Planoise, désormais émigré à Saint-Vit notamment en raison du manque d'infrastructures de qualité dans son quartier. "On a un club de boxe, on a demandé plusieurs fois une salle. On nous en a donné une infestée de rongeurs. On a pu faire traiter mais ça a pris du temps et ça a impacté le club. Et ce n'est qu'un exemple. Il y en a plein" se souvient-il. Pour les jeunes interrogés, Planoise est traité comme un quartier à part. "Il faudrait presque un maire de Planoise !" imagine Kévin.
 
Planoise, Besançon
Planoise, Besançon © Pascal Sulocha - France Télévisions

Question sécurité, u​​​​​​n commissariat de police a été installé au centre de Planoise, dans le cadre de l'action gouvernementale "quartier de reconquête républicaine". Son efficacité est régulièrement décriée par les riverains qui dénoncent un manque de visibilité des agents de police dans les rues et aux heures de pointe.

Les deux jeunes préfèrent se concentrer sur l'action des "grands frères" et des figures tutélaires du quartier. "Les gens stigmatisent sur quelques jeunes qui font n'importe quoi. C'est une minorité. La plupart des gamins sont passés par le club de football ou de boxe. Les médias et la presse ne voient pas le travail fait avec les 150 licenciés du club de foot ou les 50 du club de boxe. Les gamins, au lieu de faire de la répression, de les mettre en foyer, en prison... Il faut les aider. Ils ont besoin d'un cadre, mais d'un suivi, pas de répression. Ils ont besoin d'aide" selon les deux Planoisiens.
  

Le rôle des associations 


Le quartier de Planoise est un véritable vivier pour les associations bisontines. Nombreuses sont celles implantées sur ce territoire. C'est le cas de l'association "Miroirs de femmes", créée en 2013. Elle a pour but de créer du lien social entre des personnes de diverses origines, de cultures différentes et d'âges différents. Par le biais de plusieurs actions, événements et ateliers thématiques l'association réussit le pari de créer une bulle de chaleur et de réconfort, dans un quartier trop souvent pointé du doigt.

"Par rapport à ce qu'il s'est passé dans le quartier, les événements où le quartier de Planoise est cité dans un contexte très négatif, ça a pu fait peur de venir ici, de vivre ici... Mais finalement on se rend compte que les personnes ont envie. Après l'incendie de l'Intermarché, nous nous sommes posés la question de maintenir nos activités. Mais les personnes ont été nombreuses, avec une détermination, à nous dire : "On reste ici, et on va faire pour ce quartier qu'on aime, et on va faire ensemble" nous a confié Tanja, coordinatrice de l'association "Miroirs de femmes".

Plusieurs fois récompensée par le prix "Talents des cités", l'association composée majoritairement de femmes mais ouverte aux hommes, participe de manière active à la vie du quartier et à son rayonnement. Le jour de notre visite dans les locaux, un atelier travaux manuels rassemblait une vingtaine de personnes, dans la joie et la bonne humeur, loin des stigmates des événements qui ont troublé la tranquilité des habitants de Planoise. 
 
© France Télévisions - Pascal Sulocha
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