Féminicides : “Solidarités femmes“ attend des moyens financiers importants du ”Grenelle” sur les violences conjugales

100 femmes en France ont trouvé la mort depuis le début de l'année 2019 sous les coups de leur conjoint. / © VALERIE VREL - maxPPP
100 femmes en France ont trouvé la mort depuis le début de l'année 2019 sous les coups de leur conjoint. / © VALERIE VREL - maxPPP

Un 'Grenelle" pour lutter contre les violences conjugales s'ouvre mardi 3 septembre à Matignon pour faire reculer les violences faites aux femmes. Il faudra débloquer des moyens colossaux pour avancer sur cette question estime Christine Perrot de Solidarités femmes 25 (Doubs). 

Par Sophie Courageot

Des "annonces fortes" seront faites dès le premier jour du Grenelle, a promis la secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes, Marlène Schiappa.

A Besançon, Christine Perrot est dans l'attente. Peu d'informations ont filtré sur le déroulement de ce Grenelle. "On attend de ce rendez-vous tout ce qu'on espère depuis 40 ans, l'âge de notre association" confie la militante et présidente de Solidarité femmes 25. 

Ce weekend, une nouvelle femme française a trouvé la mort. La 100ème depuis le début de l'année 2019. "On a passé ce cap des 100 victimes et dans des conditions d'horreur puisque la victime a été retrouvée dans la rue sous un tas d'ordures" rappelle Christine Perrot à propos du corps découvert samedi 31 août à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes).


Débloquer un milliard d'euros pour lutter contre violences faites aux femmes ? 


Le gouvernement veut faire reculer les violences physiques ou sexuelles dont sont victimes quelque 220.000 femmes chaque année dans un cadre conjugal. Sur les violences, Christine Perrot attend du concret et le déblocage de crédits à la hauteur de l'enjeu de société. "On entend parler d'un déblocage d'un million d'euros pour toute la France, nous en réclamons un milliard. On demande cette somme comme en Espagne où ce montant a été débloqué dans le cadre d'un plan cadre qui met en interaction les intervenants auprès des femmes victimes de violence" explique-t-elle.  

"Faire de la prévention, former les policiers, donner des moyens à la justice, mettre à l'abri les femmes détruites par ces violences, aider aussi leurs enfants... pour tout cela, il y des coûts, des salaires de personnels...mais le bénéfice sera là" assure Christine Perrot qui sait très bien qu'un enfant victime de violences peut rejoindre un jour le rang des hommes violents.

"Faire de la prévention dans les établissements scolaires, collèges et lycées. Il y en 54 dans le département du Doubs, comment-voulez vous qu'on le fasse, qu'on puisse aller dans toutes les classes ? On veut bien former des gens à y aller, mais on a aucun budget pour cela" lance Christine Perrot à la veille du lancement de ce "Grenelle".  L'argent, nerf de la lutte contre les violences conjugales ? Christine Perrot en est convaincue. "On ne monte pas un "Grenelle" sans apporter des choses dans son panier" selon elle.

Côté budget, les associations sont loin d'être sereines à la veille de ce grand rendez-vous gouvernemental. "Une baisse de nos crédits est déjà programmée sur les 3 ans à venir. On voudrait et on espère déjà au moins garder les moyens dont une dispose" estime la présidente de Solidarités femmes Besançon. "Si un million d'euros sont débloqués au niveau national, on va obtenir 10.000 euros par département" calcule-t-elle. C'est le coût de l'ouverture d'une permanence ouverte cette année sur la commune de Morteau dans le Haut-Doubs. Sans compter le budget pour la faire fonctionner et la pérenniser. 


Les associations demandent la création de 2.000 places d'hébergement pour les femmes victimes de violences 


A la veille du "Grenelle", ce qu'on attend, c'est un plan Marshall contre les violences faites aux femmes, ce qu'on attend c'est des résultats", a martelé Anne-Cécile Mailfert, la présidente de la Fondation des femmes.

"Ce qu'on veut, c'est qu'à la fin du Grenelle, tout soit mis en place pour qu'il y ait moins de féminicides en 2020, et même moins de féminicides d'ici la fin de l'année. Et ça, c'est possible!", a-t-elle ajouté.

Les associations, dont la Fédération Nationale Solidarité Femmes - qui gère le numéro d'écoute 3919 -, Femmes Solidaire ou le Planning familial demandent notamment la création, avant la fin de l'année, d'au moins 2.000 places d'hébergement pour les femmes ayant fui le domicile conjugal, un renforcement de la prévention contre les violences sexistes dès l'école, la création d'instances judiciaires spécialisées, ou encore une meilleure formation des policiers et gendarmes appelés à recueillir les plaintes des femmes victimes.


La parole des femmes s'est libérée mais le numéro d'urgence le 3919 est encore mal connu


Dans le Doubs, on n'enregistre aucun féminicide depuis le début de l'année 2019. Les affaires de violences conjugales font pourtant chaque jour des victimes. Début juillet en une semaine, 6 femmes ont été victimes de déchainement de violences dans le département du Doubs. "Certaines ont eu la vie sauve grâce à l'intervention de la police" rappelle Christine Perrot qui invite voisins, familles, proches à alerte et intervenir. La parole des femmes se libère depuis plusieurs mois sur cette questions des violences conjugales. 

Il faut faire encore plus connaître le numéro d'urgence le 3919, dit-elle. Christine Perrot se réjouit de cette libération de la parole des femmes battues, mais elle s'inquiète de la montée des assassinats en parralèle . "Il y aura peut-être une "vague" à passer qui sera douloureuse pour les femmes victimes" s'inquiète-t-elle. 
 


Solidarité femmes militera aussi à l'occasion de ce "Grenelle" pour que les 28 recommandations faites par le Haut-Conseil pour l'égalité hommes-femmes entrent en application. "Ces recommandations sont la base, mais pour y arriver il faut de l'argent" conclut Christine Perrot.

Dans le Doubs, au lendemain de l'ouverture du Grenelle à Paris, les travaux du groupe de travail sur les violence faites aux femmes reprendront en Préfecture. "On avait dans le Doubs presque déjà un mini-Grenelle" rappelle Christine Perrot. Un groupe mis en place après la mort de Razia en pleine rue à Besançon. Cette mère de famille a été tuée le 30 octobre 2018 par son conjoint violent, qui n'avait pas le droit de l'approcher. La jeune Afghane mère de famille a été égorgée en pleine rue alors qu'elle revenait de courses et rejoignait un logement protégé.

Dans le Doubs, 30 places d'hébergement sont disponibles pour les femmes victimes de violences. 6 places sont disponibles en urgence. Dans le département voisin de Haute-Saône, un autre féminicide reste ancrée dans toutes les mémoires : la mort d'Alexia Daval à Gray en octobre 2017 sous les coups de son mari Jonathann, lors d'une violente dispute au domicile conjugal.   
 
Razia avait 34 ans. Tuée en pleine rue à Besançon. Son mari suspect numéro 1 est en fuite. / © France 3 Franche-Comté : Julien Percheron
Razia avait 34 ans. Tuée en pleine rue à Besançon. Son mari suspect numéro 1 est en fuite. / © France 3 Franche-Comté : Julien Percheron

Sur le même sujet

Jura : des cartes en bois mondialement connues

Les + Lus