Ils occupent le hall de leur immeuble de Besançon contre les dealers : des copropriétaires lancent un appel aux habitants de Planoise

Des co-propriétaires de l'immeuble Le Molière, l'un des principaux points de deal du quartier Planoise à Besançon, occupent les parties communes depuis le 11 février pour dissuader les trafiquants. En manque de soutien, ils lancent ce 26 février un appel aux habitants du quartier pour venir tenir leur permanence.

Une longue conquête de territoire se joue sur la place de l'Europe, dans le quartier Planoise de Besançon. Excédés par la présence de dealers dans l'immeuble dit "Le Molière" situé au n°5, certains copropriétaires occupent les lieux pour empêcher les trafics de se dérouler dans les parties communes.

Après avoir lancé une journée sans dealer au Molière le 18 janvier, ils occupent continuellement le hall depuis le 11 février. Ils y ont installé une table, se relaient quand ils peuvent, y boivent le café ou grignottent des biscuits. "Il suffit juste de faire acte de présence pour les dissuader d’entrer dans le hall," explique l'une d'eux, qui souhaite rester anonyme.

Tenir une permanence

"C'est très difficile de mobiliser. On est encore peu de propriétaires, et les locataires ont peur des représailles, car ils habitent sur place, raconte-t-elle ce 26 février, au seizième jour de l'opération. "On essaie de tenir, on a des réunions avec la police pour savoir comment sécuriser l'immeuble de façon efficace."

Elle et les quelques homologues mobilisés lancent un appel aux habitants de Planoise pour se mobiliser contre les trafics et tenir cette permanence au n°5. "Chacun sait que lorsque les dealers ne sont pas au Molière, ils sont au Van-Gogh. (...) Il faut qu'on bouge tous ensemble. Si on était davantage suivis, on mettrait fin à ça," glisse-t-elle. Les locataires et propriétaires peuvent se mettre en contact avec le collectif à l'adresse suivante : molière.copropriétaire@laposte.net.

Un combat de longue haleine

Les habitants de l'immeuble se battent depuis plusieurs années contre le trafic. En 2018, la pose de caméras de vidéosurveillance avait calmé l'affluence pendant quelques mois, avant que ce dispositif soit dégradé. Les dealers ont aussi investi des appartements vides dans les étages, parfois par complicité de certains locataires qui leur prêtent leurx badges d'accès au bâtiment.

"Les communs et les appartements sont insalubres, sont vandalisés. Les gens se font agresser," raconte une habitante du Molière. Jean-Louis, co-propriétaire, explique le déroulé des transactions : elles sont très souvent réalisées dans le local des poubelles, dont une fait office de comptoir entre le dealer et son client.

Des fois, vous avez quand même une file d'attente qui va jusqu'à la barrière du square. On a donc des gamins qui jouent dans le square à côté de futurs consommateurs [de stupéfiants].

Jean-Louis

Copropriétaire du Molière

Les copropriétaires occupent le hall du Molière depuis le 11 février, soit le lendemain de la venue du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à Planoise. Celui-ci avait alors promis de créer un nouveau commissariat et 50 caméras de vidéosurveillance supplémentaires.

"Il faut de la présence humaine constructive, aidante, veillante et accompagnante," préconise de son côté Aly Yougo, conseiller départemental et habitant de Planoise. "Les policiers nous ont dit qu'ils faisaient tout ce qu'ils pouvaient, je comprends tout à fait, confie la copropriétaire. Et puis il ne faut pas penser qu'au répressif : les dealers sont motivés par l'argent facile, il faut leur donner des alternatives, comme pour les consommateurs qui sont parfois accros, malades."