INTERVIEW. N'en déplaise aux "machos", le cyclisme féminin se développe à toute allure, estime Juliette Labous

Le cyclisme féminin continue à se développer à toute allure et est définitivement lancé, assure la Bisontine Juliette Labous, la meilleure coureuse française du Tour de France, dans un entretien à l'Agence France Presse, en ce début de la saison 2024.


À 25 ans, la Bisontine de l'équipe néerlandaise DSM, 4e du Tour en 2022 et 5e en 2023, mais aussi 2e du Giro, estime que le peloton est prêt pour une Grande Boucle féminine au format élargi dans le but de grandir encore.

Comment se présente votre saison qui s'annonce chargée ?


"Ça va être une année intense émotionnellement et physiquement. C'est surtout l'été qui sera compliqué à gérer avec normalement le Giro, les Jeux Olympiques, si je suis sélectionnée, et le Tour de France."

Les JO constituent un objectif ?


"Oui clairement. C'est peut-être sur le contre-la-montre que j'aurai le plus de chances. Et la course en ligne s'annonce ouverte avec des équipes de maximum quatre coureuses sur un parcours technique avec notamment la butte de Montmartre. Si ça se passe parfaitement, il y a moyen d'aller chercher une médaille."

Et le Tour de France ?


"Je vais viser le podium une nouvelle fois. Je vais tout faire pour y arriver. Le parcours me convient. S'il fallait que j'en dessine un, il ressemblerait à celui de cette année. Avec deux étapes aussi dures à la fin, on va voir des choses qu'on n'a encore jamais vues dans le cyclisme féminin."

Comment jugez-vous l'évolution de votre sport ?


"Par rapport à mes débuts en pro en 2017, ça n'a plus rien à voir. Le changement est énorme. Il reste encore des personnes assez macho qui ne croient pas au cyclisme féminin. Mais on est lancées et ça va continuer. On attendait le Tour de France pour nous faire passer un nouveau cap. L'édition 2023 a confirmé l'engouement du public. C'était incroyable le nombre de personnes qu'il y avait sur les routes, avec leurs enfants."

De quoi faire naître des vocations chez les petites filles ?


"On a vu tellement de petites filles qui avaient préparé des pancartes, qui venaient demander des autographes. Franchement ça fait plaisir. Quand j'étais petite, on allait voir le Tour de France des garçons. Mais ce n'était pas pareil. On ne pouvait pas se projeter, s'identifier. Que les petites filles puissent avoir des exemples, c'est super."

Quelle est la prochaine étape à franchir ?


"Augmenter le nombre de jours de course. Pour l'instant, c'est un peu ça qui freine. Les gens se disent : oui bon les filles, elles ne font qu'une semaine. Il ne faut pas aller trop vite et faire tout de suite trois semaines comme les garçons. Mais deux semaines, c'est faisable. Les équipes sont de plus en plus professionnelles. En 2023 j'ai fait une place de moins qu'en 2022 alors que physiquement j'étais plus forte. Ça montre bien que le niveau augmente et que la densité est plus élevée."

Financièrement aussi, votre sport se développe ?


"Les salaires des filles dans le top 10, top 15 progressent à une vitesse assez impressionnante. Et derrière ça bouge aussi. On le voit en France où la Fédération a imposé aux équipes UCI de payer au minimum le smic français. Et l'UCI va introduire une deuxième division pro comme chez les garçons. Ça va permettre de passer un gros cap. Moi j'ai eu chance d'arriver dans une période où je pourrai gagner ma vie correctement pendant une dizaine d'années. Mais à moins que je gagne chaque Tour de France pendant dix ans, il faudra forcément faire quelque chose après."

Combien de temps vous donnez-vous encore ?


"C'est encore loin mais je dirais peut-être jusqu'à 32 ans. J'aimerais quand même bien d'avoir des enfants, donc c'est aussi une question qui se pose. Et quand on a un copain qui est lui aussi cycliste (Clément Berthet de l'équipe Décathlon AG2R La Mondiale, NDLR), il faut quelqu'un qui s'en occupe."

Ca pourrait-être lui...


"Oui, c'est ça (rires). On verra."