Marseille, Sète, Le Havre, Barcelone... à Besançon, des historiens refont l'histoire du football et de la mer

De nombreux historiens et chercheurs étaient présents à la Maison des sciences de l'homme de Besançon ce vendredi 27 octobre 2023, à l'appel de la revue scientifique Football(s).

"Les footballs, les ports et la mer". Voilà le thème de la matinée d'étude organisée par la revue semestrielle Football(s). Histoire, culture, économie, société, vendredi 27 octobre à Besançon, à la Maison des sciences de l'homme et de l'environnement.

"Ce thème porte sur un objet classique, mais finalement peu étudié dans l'histoire des footballs", a introduit en préambule l'historien Paul Dietschy, rédacteur en chef de la revue, et directeur du Centre Lucien Febvre de l'université de Franche-Comté. "Classique parce que bon nombre d'histoires nationales du football commencent par une scène presque mythologique, qui fait penser au naufrage d'Ulysse et à son réveil sur l'île des Phéaciens, lorsqu'il découvre la belle Nausicaa en train de jouer à la balle avec ses suivantes".

L'objet de cette réunion ainsi que du futur numéro de 4 de Football(s), sera donc d'expliquer la popularité internationale de ce sport, grâce à sa diffusion massive par la mer dans et autour des ports.

Une histoire "entre mythologie et apostolat religieux"

"Très souvent l'histoire du football commence par un footballeur et son ballon qui viennent apporter la 'bonne nouvelle', entre mythologie et apostolat religieux", caricature Paul Dietschy, expliquant que des rencontres ont pu se jouer au port du Cap en Afrique du Sud dès 1856, sept ans avant la première codification des règles du football moderne.

"Les ports voient souvent les premières créations de clubs de football en raison de ces circulations d'homme et de l'activité économique qui se développe dans des villes qui deviennent rapidement des métropoles", a poursuivi l'historien, faisant écho à la création du premier club français par des Anglais en 1872, Le Havre Athletic Club.

Même schéma à Marseille où est créé l'Athletic Club en 1878 pour souder la petite communauté britannique de la cité phocéenne, 21 ans avant la fondation du célèbre Olympique de Marseille.

Autre exemple développé par Olivier Chovaux de l'université d'Arras : À sa création en 1898, l'équipe de l'Union sportive boulonnaise a "une ossature semi-anglaise", bénéficiant des nombreux échanges entre la Côte d'Opale et l'Angleterre au 19e siècle.

Le football n'est d'ailleurs pas la seule activité sportive des villes portuaires. "Pour le rugby français, l'identité maritime est attachée à la Rochelle ou Toulon", a souligné Paul Dietschy, alors que le numéro 3 de Football(s) a été consacré au rugby, sport qui était considéré comme un football jusqu'en 1871.

L'importance des migrations

Professeur à l'université de Lorraine, Laurent Grün s'est lui intéressé aux 30 plus importants ports entre 1890 et 1920, remarquant que des clubs de football y ont été systématiquement créés, avec une influence étrangère conséquente. L'exemple le plus notable est le FC Barcelone, fondé par le Bâlois Hans Gamper en 1899, même si celui-ci a "dû passer par les terres", remarque avec humour l'historien Stéphane Mourlane, présent dans le public.

Les migrations jouent un rôle primordial dans le développement du football, notamment dans les villes portuaires d'Amérique latine, qui ont été soumises à plusieurs renouvellements de population à la fin du 19e et au début du 20e siècle. "Le football à ce titre, permet de réinventer la tradition et l'identité urbaine dans des espaces en constante mutation", analyse Paul Dietschy.

L'aspect économique est aussi essentiel, car de lui dépend souvent la réussite sportive des clubs. L'historien Xavier Breuil a démontré lors de la conférence que le football à Anvers a connu son âge d'or en même temps que l'accroissement de son activité portuaire au début du 20e siècle. Même destin pour Sète, deux fois champion de France en 1934 et 1939, et aujourd'hui en division régionale, loin derrière son voisin de Montpellier qui évolue en Ligue 1.

Une journée d'étude qui en appelle d'autres

Après un exposé sur le football à Malte, Paul Dietschy a sonné la fin de cette matinée d'étude, qui en appelle d'autres. "J'espère rééditer cet événement sur une journée entière pour préparer les numéros à venir et étendre le nombre de lecteurs", a-t-il indiqué à France 3 Franche-Comté. "On a un lectorat d'amateurs éclairés qui veulent autre chose de ce que la presse propose et un public universitaire de chercheurs".

Et de conclure : "On reste une revue scientifique, mais avec une volonté de faire de la science ouverte en proposant des articles sérieux et attractifs. On est déjà à trois numéros en un an, on s'installe peu à peu dans le paysage et on a aussi des lecteurs étrangers sur internet aux États-Unis, en Allemagne ou au Brésil. C'est positif".

"Les footballs, les ports et la mer" sera donc le thème du numéro 4 de Football(s) qui sortira en avril, avant un cinquième cru consacré aux religions, et qui donnera peut-être lieu à une nouvelle journée d'étude. Celle de vendredi aura déjà accueilli quelques curieux dont un médecin bisontin, qui s'est pris à plaisanter : "Parler de port et de mer à Besançon, il fallait oser !".