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Meurtre de Razia à Besançon : “Combien de plaintes Razia aurait-elle dû déposer encore ?” s'interroge Solidarité femmes

Photo de Razia prise lors d'une sortie avec le groupe de cours de français. / © Miroirs de femmes
Photo de Razia prise lors d'une sortie avec le groupe de cours de français. / © Miroirs de femmes

Dans un communiqué, l'association Solidarité femmes 25 tient à réagir aux propos du procureur de la République de Besançon, qui a tenu une conférence lundi en milieu d'après-midi. L'association reprend, point par point, les démarches effectuées par Razia pour dénoncer son conjoint.

Par Sarah Rebouh

Le procureur de la République de Besançon a tenu une conférence de presse ce lundi, à 15h (relisez le déroulé dans cet article). Lors de cette conférence, Etienne Manteaux, a tenu à rappeler le travail efficace de la police et des forces de l'ordre qui sont parvenus à l'interpellation du mari de Razia, tuée en pleine rue le 30 octobre, alors qu'il s'apprêtait à quitter l'Union Européenne.

"Au regard des différentes déclarations du Parquet et de la Police au cours des deux conférences de presse tenues ce jour et mercredi dernier, il nous apparaît nécessaire de préciser ce qui suit :" explique l'association Solidarité femmes 25, en charge de l'accompagnement de la jeune mère de famille de 34 ans. Date après date, chaque démarche auprès des services de police est détaillée.  

 
Razia se défendait face à un conjoint violent : l'interview de Christine Perrot de Solidarité femmes 25
Avec Etienne Manteaux Procureur de la République Besançon Christine Perrot présidente de l'association Solidarité Femmes Benoît Desferet directeur départemental de la sécurité publique du Doubs Reportage S.Bourgeot, F.Petit, R.Bolard, M.Bensmaïl.

 

Certificats médicaux transmis en mai 2018


Selon l'association de protection des femmes victimes de violences conjugales, Razia a fait parvenir le 29 mai 2018, par l'intermédiaire de son avocate "directement au procureur", des "certificats médicaux de l’Unité de Médecine Légale préconisant 10 jours d’ITT pour elle, et 4 jours d’ITT pour chacun de ses deux plus jeunes fils". De plus, quelques jours plus tôt (le 15 mai), c'est l'école dans laquelle ses enfants sont scolarisés qui avait prévenu la police et "qu’une patrouille était intervenue".
 

Des vidéos mal interprétées


Le cas d'une vidéo consultée en septembre par la police continue à interpeller. "Les exploitations vidéos laissaient apparaître une plaignante véhémente par rapport à son mari. Nous ne pouvions pas savoir" a expliqué Etienne Manteaux, procureur de la République. Solidarité femmes explique : "Quelle qu’ait été l’attitude de Razia sur ces vidéos, il est regrettable que l’interdiction de contact décidée par l’Ordonnance de protection semble ne pas avoir été prise en compte. Son attitude peut d’ailleurs être interprétée bien différemment au regard des nombreuses violences subies précédemment et dénoncées dans ses plaintes."

"Les menaces de morts ne sont pas des « actes d’intimidation » sans conséquences. Nous constatons, atterrées, qu’en effet les ordonnances de protection sont de « faibles remparts ». Nous nous désolons du message que cela envoie à toutes les victimes en bénéficiant ou pouvant en bénéficier, mais également à tous les agresseurs qui sont contraints par une telle décision de justice" s'indigne Solidarité femmes et de conclure : "Combien de plaintes Razia aurait-elle dû déposer encore ?"

Lire l'intégralité des faits rapportés par Solidarité femmes ci-dessous :

Le 29/06/2017 : Razia avait déposé plainte à Marseille pour « Violences aggravées » et mentionnait déjà alors des menaces de mort précises (agression au couteau) sur elle et sur ses enfants.

Le 17/07/2017 : Razia a déposé plainte pour « Violences volontaires sur conjoint », elle mentionnait également des menaces de mort sur elle et sur sa famille.

Le 21/07/2017 : Elle a, de nouveau, déposé plainte, pour « Menaces de mort réitérées », elle y précise qu’il menace de la « planter avec un couteau », précisant qu’il était capable de mettre ses menaces à exécution puisqu’il avait fait attaquer au couteau sa mère et sa soeur en Iran.
 

Une patrouille de police devant l'école des enfants


Le 05/04/2018 : A Besançon, Razia a déposé plainte le 05/04/2018 pour « Menace ou acte d’intimidation pour déterminer une victime à ne pas porter plainte ou à se rétracter » en fournissant les copies des trois plaintes déposées à Marseille. Elle y déclare avoir rencontré son ex-conjoint dans le tramway et que ce dernier a menacé de lui jeter de l’acide au visage, disant qu’elle ne pourrait pas lui échapper. Elle se dit très inquiète, déclarant que son ex-conjoint est « capable de tout ».

Le 15/05/2018 : Elle dépose plainte une nouvelle fois, pour « Violences aggravées et Menace de délit », déclarant qu’elle a croisé son ex-conjoint environ tous les trois jours au cours du mois d’avril, qu’il menaçait alors à chaque fois de lui jeter de l’acide au visage ou d’enlever les enfants. Elle détaille un évènement survenu le 24/04 devant l’école des enfants au cours duquel elle a dû, par la force, se dégager de son ex-conjoint qui la tenait par le bras. Elle précise que l’école a contacté la police et qu’une patrouille est intervenue. Elle a déscolarisé ses enfants à la suite de ces évènements en attendant le passage devant le Juge aux Affaires Familiales. Elle précise également que depuis 3 semaines, elle et les enfants ne sortent jamais du domicile, par peur que son ex-conjoint ne les agresse.
 

Interdiction d'entrer en contact avec Razia


Le 29/05/2018 : l’avocate de Razia dépose plainte directement auprès du Procureur, pour Razia et pour ses enfants. Elle y joint les certificats médicaux de l’Unité de Médecine Légale préconisant 10 jours d’ITT pour elle, et 4 jours d’ITT pour chacun de ses deux plus jeunes fils.

Le 06/07/2018 : Razia obtient une Ordonnance de Protection délivrée par le Juge aux Affaires Familiales de Besançon. Cette ordonnance interdit à son ex-conjoint « d’entrer en contact de quelque manière que ce soit avec Razia et [s]es enfants » ; rappelle que « l’article 227-4-2 du code pénal prévoit que le fait pour une personne faisant l’objet d’une ou plusieurs obligations ou interdictions imposées dans une ordonnance de protection rendue en application des articles 515-9 ou 515-3 du code civil, de ne pas se conformer à cet ou ces obligations est puni de deux ans d’emprisonnement et de 15.000€ d’amende »

Le 02/08/18 : Razia dépose de nouveau plainte pour de nouveaux faits de harcèlement, son ex-conjoint l’ayant de nouveau menacée de mort de façon répétée. Lors de cette audition, l’agent de police nous informe qu’elle va convoquer l’ex-conjoint de Razia dans le cadre d’une garde à vue.

Le 08/08/18 : L’agent de police en charge du dossier demande à entendre les enfants suite à l’audition de l’ex-conjoint pour avoir leur version des faits. Un rendez-vous est pris le jour même à 14h avec le cadet des enfants. Lorsque nous arrivons au commissariat, cet agent vient nous informer qu’elle ne pourra pas recevoir l’enfant comme convenu. Devant les personnes qui patientent en salle d’attente, elle émet des doutes sur la version de Razia. L’agent déclare que la seule volonté de l’ex-conjoint est de voir ses enfants et nous fait part de ses réserves quant à la filiation de l’ainé des enfants resté au pays. Razia et ses enfants doivent partir deux jours après en Famille d’accueil (dans le cadre d’une mise à distance de Besançon) et l’agent de police indique qu’elle part en congés. Il est décidé de reporter le RDV courant septembre.

Courant septembre, nous apprenons que des vidéos des faits dénoncés par Razia ont pu être consultés par la police. Razia devait être re-convoquée par leurs services afin de donner des explications sur son attitude qui, selon l’agent de police, était véhémente à l’encontre de son ex-conjoint, alors que ce dernier semblait calme.
 

"Cela n’est pas possible"


Le 17/10/2018 : Suite à un appel de Razia relatant des faits de harcèlement de son fils cadet par son ex-conjoint le 25/09, et des faits d’intimidation par des tiers envoyés par son ex-conjoint survenus le 16/10, nous appelons le commissariat afin de prendre un rendez-vous pour porter plainte. Au téléphone, nous expliquons dans un premier temps qu’une dame bénéficiant d’une Ordonnance de Protection doit déposer plainte pour de nouveaux faits. Nous demandons donc un rendez-vous. L’agent d’accueil nous répond que cela n’est pas possible. Nous nous permettons d’insister en expliquant que nous avons déjà accompagné des dames dans ce cadre et que la présence d’un interprète et d’un travailleur social de Solidarité Femmes nécessitent un rendez-vous. L’agent d’accueil nous dit qu’elle va en référer à un de ses collègues qui doit nous rappeler.

Le 18/10/2018 : Restés sans nouvelles du commissariat, nous appelons l’agent de police qui suit le dossier de Razia afin d’obtenir ce rendez-vous. L’agent ne peut recevoir Razia, expliquant qu’elle a de nombreux rendez-vous et qu’elle part ensuite en congés. Elle propose que Razia vienne sans rendez-vous, avec un interprète, et qu’elle la recevra si elle est disponible.

Le 30/10/2018 : Razia est assassinée.
 

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