"On va te mettre deux balles dans la tête" : depuis qu'il a interrompu une action d'extrême-droite, il vit "un stress permanent"

Depuis qu'il a arraché la banderole des militantes identitaires de Némésis lors d'une action, un homme de 67 ans est menacé de mort par des sympathisants d'extrême droite. Il a porté plainte et déménagé.

Dole, en Franche-Comté, dimanche 19 mai. Deux membres de Némésis, un collectif identitaire d'extrême droite, brandissent une banderole avec l'inscription "Violeurs étrangers dehors", au festival Cirque et fanfares.

Un militant communiste s'approche et arrache la banderole des mains des jeunes femmes. L'action des Némésis est interrompue. Mais avant de reprendre la route, le militant, âgé de 67 ans, est alpagué par un homme qui le filme, lui et sa voiture, sur un parking en marge de l'évènement, avant de repartir. Ce n'est que le début d'une vague de violences. 

"Des messages d'une rare violence"

Le cadre du Parti communiste de Besançon, qui ne veut désormais plus afficher son visage, rentre chez lui sain et sauf, pensant cette histoire derrière lui. Mais le harcèlement se poursuit. Appels masqués incessants, invectives sur les réseaux sociaux : depuis dix jours, le sexagénaire est littéralement spammé par "des messages d'une rare violence".

"On va t'en mettre deux dans la tête encul**. On va te mettre deux balles dans la tête fils de p***. Salo**, on va te niquer la gueule", le menace par exemple un homme dans un message vocal que France 3 a consulté. 

Sur les réseaux sociaux, des internautes lui reprochent d'avoir agressé ces jeunes femmes. Un article l'insulte aussi de "racaille" sur un site d'information d'extrême droite, divulgant son nom, l'adresse de son domicile, son numéro de téléphone personnel ainsi qu'une photo de son fils.

"Un stress permanent"

"J'ai même vu un message promettant 300€ à la personne qui publierait une photo de ma tête "démontée"", a-t-il témoigné mardi, au micro de France 3. Une mise à prix qui incite le militant à "se mettre en sécurité". 

Il ferme alors ses réseaux sociaux, se rase la moustache, change provisoirement de domicile, regarde s'il n'est pas suivi dans la rue et vit "dans un stress permanent" : 'j'ai quitté mon domicile, j'évite de me promener seul le soir".

Il ne regrette pas son geste pour autant. Arracher cette banderole était pour lui "un acte de civisme". Selon lui, "le parti communiste n'a pas l'habitude de se laisser faire par le fascisme".

Le militant a déposé deux plaintes, une contre le collectif Nemesis et une autre contre X. Il attend une réponse judiciaire : que les sites où il est menacé soient interdits et ses harceleurs poursuivis. 

Un slogan récupéré par le RN 

Il rappelle enfin que "le racisme est un délit". Car si le Collectif Némésis se définit "féministe et identitaire", ses membres instrumentalisent en réalité la lutte pour les droits des femmes à des fins racistes. En témoigne le message associant "étrangers" et "violeurs" qu'elles ont promu à Dole, le 19 mai.

Ce n'est pas la première apparition du slogan en Franche-Comté. Les Némésis l'avaient déjà affiché lors du carnaval de Besançon, le 7 avril, poussant la maire de Besançon Anne Vignot à porter plainte pour incitation à la haine.

Quelques jours plus tard, des élus du Rassemblement national récupèrent le slogan, et brandissent des affiches similaires au conseil régional, avant que la présidente de la Région Marie-Guite Dufay ne suspende la session à l'assemblée.

"Je sais que mes harceleurs sont des électrons libres qui ne sont pas directement reliés aux partis RN et Reconquête, mais ils sont quand même nourris par cette idéologie d'extrême droite", poursuit le cadre du parti communiste, qui dénonce un "laisser faire des pouvoirs publics" et "une banalisation des propos racistes"

Après le festival Cirque et fanfares, la mairie de Dole a porté plainte pour trouble à l'ordre public. Tandis que 200 élus régionaux, de différents bords politiques, ont signé une pétition de soutien au militant harcelé.

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