PHOTOS. Besançon : un collectif d'artistes-auteurs met en grève les statues de la ville

De Victor Hugo à Jouffroy d'Abbans... les principales sculptures de la ville de Besançon (Doubs) se sont parées dans la nuit du 19 au 20 février de revendications défendant le travail des auteurs. Le collectif "art en grève" réclame un véritable statut pour les artistes.  
© Catherine Merdy

L’art et la culture sont essentiels à la formation de l’humain et relèvent de l’intérêt public
Sans travailleurs de l'art, il n'y aura plus ni art, ni culture
Sans un vrai statut, plus de statue


Une par une. En pleine nuit. Les sculptures de Besançon ont revêtu le message de colère des artistes. 

La statue de Victor Hugo sculptée par l'artiste Ousmane Sow, le marquis Jouffoy d'Abbans, inventeur de la navigation à vapeur. Même la sculpture de Pascal Coupot, qui rend hommage aux frères Lumières en représentant une scène de leur film "L’Arroseur arrosé" a été recouverte par le collectif art en grève de Besançon.

 
© Catherine Merdy

 

Qui sont ces artistes du collectif art en danger ? 



Le collectif bisontin regroupe une centaine de membres, des artistes, photographes, plasticiens, peintres, couturiers...., créateurs. A Besançon, le collectif "art en grève" est né officiellement début janvier 2020. Les artistes étaient déjà présents à titre individuel dans les manifestations contre la réforme de retraites, ils ont décidé de se regrouper pour mieux faire entendre leurs voix. "Les artistes, c'est un peu les gilets jaunes de la culture" précise un membre du collectif bisontin.

Sur le plan national, un collectif de 3.500 écrivains, dessinateurs, scénaristes, traducteurs ou photographes, dont Joann Sfar, Pierre Lemaitre, Marc Levy ou encore Alice Zeniter demande à l'État à donner aux auteurs "des conditions plus justes et dignes".
 

La colère gronde un peu partout. Fin janvier au festival de la bande dessinée à Angoulême, les auteurs de BD avaient déjà tiré la sonnette d'alarme. Plus de 500 personnes, dont une majorité d'auteurs, éditeurs de bande dessinée, avaient manifesté pour dénoncer la "précarisation" de la profession. Le collectif "Auteurs et autrices en action"estime que les professionnels de BD sont "les lésés du miracle économique de l'édition". Selon ce collectif, plus de 50% des autrices et auteurs professionnels sont en dessous du smic, plus de 30% en dessous du seuil de pauvreté.
 
© Catherine Merdy
 


Ecrivains, dessinateurs, photographes, n'ont aucun statut



Ces artistes qui ne bénéficient pas du tout du statut des intermittents du spectacle, réclament donc un véritable statut. "Nos revenus dépendent uniquement de la diffusion de nos oeuvres. Quand on crée, il ne ne passe rien" explique Catherine, membre du collectif. 

La photographe, comme d'autres, souhaite un statut qui protégerait mieux ces artistes qui n'ont pas droit au chômage. Un statut qui existe déjà en Belgique dit-elle. "On se retrouve aujourd'hui en France dans un système néo-libéral qui ne va pas fonctionner pour nous. Les jeunes artistes vont se retrouver sur le carreau" estime-t-elle. La photographe estime que si rien n'est fait, on risque de se retrouver avec une élite d'artistes, celles et ceux qui auront une famille, un conjoint qui sera capable de faire bouillir chaque mois la marmite. Se sortir un salaire de son art sera de plus en plus difficile. 



Quelles retraites demain pour tous ces artistes  ?


L'autre sujet d'inquiétude des artistes, c'est leur retraite. L'Agessa, l'un des régimes de retraites des artistes n'a pas prélevé durant 40 ans les cotisations retraite de 190.000 artistes les privant ainsi de droits à la retraite. Depuis cette année, tous les artistes cotisent pour leurs retraites à l'Urssaf. "On prélève nos cotisations sur nos recettes, et pas sur notre temps de création. Nous avions droit à des cotisations moindres, nous craignons une hausse de celles-ci" s'inquiète Catherine, membre du collectif art en grève de Besançon.

 
© Catherine Merdy



Le ministère de la Culture annonce un plan d'action pour les artistes et auteurs


Le ministre de la Culture Franck Riester a annoncé mardi 18 février "un plan d'action" pour les artistes et les auteurs "trop longtemps laissés à la marge des politiques publiques".

Un rapport, réalisé par l'ancien président de la Bibliothèque nationale de France (BnF) Bruno Racine formule 23 recommandations destinée à améliorer la situation économique et sociale des artistes-auteurs : écrivains, photographes, compositeurs, scénaristes, peintres, dessinateurs, plasticiens, sculpteurs, vidéastes...

Franck Riester a annoncé qu'un décret pour "traduire la diversité des revenus" de ces métiers et "simplifier l'ouverture des droits sociaux" va être présenté aux artistes. Ce plan prévoit un futur "conseil national des artistes-auteurs", qui sera chargé de mener les négociations collectives, notamment avec les éditeurs.

Mais les annonces du ministre de la Culture sont loin de rassurer les artistes. Peu de concret. "On sent qu'il n'y a pas une véritable envie d'agir et de passer à l'action" regrette Catherine qui craint une paupérisation des artistes. 


     
© Catherine Merdy



 
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