Piqûres en boîtes de nuit : une plainte à Besançon, mais aucun cas de drogue au GHB avéré à ce jour dans les bars ou discothèques

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Écrit par Isabelle Brunnarius et Sophie Courageot

Une jeune femme a déposé plainte ce lundi 25 avril 2022 pour avoir reçu à son insu une piqûre lors d'une soirée en boîte de nuit à Besançon (Doubs) dans la nuit du 22 au 23 avril. En France, depuis le mois de mars, une vingtaine de plaintes de ce type ont été déposées pour ce même type d'agissements. Des enquêtes sont en cours.

"J'étais là juste pour m'amuser ! Je n'ai bu qu'un Ice Tea. Je ne comprends pas, il n'y avait pas beaucoup de monde, je n'ai rien senti" assure Chloé*. Près de trois jours après cette mésaventure, elle est encore "choquée", "perturbée" par ce qui lui est arrivé.

Avec sa mère, la jeune fille qui va bientôt fêter ses 19 ans, a déposé plainte contre X au commissariat de Besançon pour "administration à une personne, à son insu, d'une substance de nature à altérer son discernement ou le contrôle de ses actes pour commettre un viol ou une agression sexuelle". 

D'autres plaintes déposées en France

Quatre plaintes viennent d'être déposées à Bourges par des festivaliers du Printemps de Bourges. En France depuis le mois de mars, ces piqûres ont été signalées essentiellement dans des boîtes de nuit. 23 signalements à la justice ont ainsi été faits à Nantes, dont 17 ont fait l'objet de plaintes. Neuf plaintes ont par ailleurs été déposées à Grenoble et Saint-Ismier (Isère), 10 à Béziers (Hérault), 2 à Périgueux (Dordogne) et 1 à Amiens (Somme).

Des enquêtes pour "administration de substances nuisibles" sont en cours. Actuellement, aucune trace de GHB, surnommée la drogue du violeur, n'a été trouvée dans les analyses de ceux qui ont porté plainte. Et, "aucun cas de soumission après piqûre n'a été signalé" selon les autorités policières.

Prise en charge aux urgences

Avertie par les réseaux sociaux de ces risques de piqûres, Chloé* savait qu'il fallait être vigilante. Dans la nuit de vendredi à samedi, elle est entrée avec une copine vers minuit et demi dans une boîte de Besançon. Elles se sont d'abord assises puis ont dansé avant de boire un Ice Tea sans lâcher leur verre, raconte la jeune femme. C'est en se rendant aux toilettes que Chloé ressent "comme un engourdissement après un vaccin". Scrupuleuse, elle s'examine et repère une piqûre au bras gauche.

Prise de panique, la jeune fille prévient le personnel de la boîte qui l'entoure. L'un des responsables vient la voir. Elle se rend ensuite aux urgences. A 7 heures du matin, les soignants lui font une prise de sang pour vérifier les risques de contamination du Sida ou de l'hépatite. Quant à la présence éventuelle de drogue, il faudra attendre le résultat d'autres examens.

Prudence des enquêteurs

"Il faut compter 15 jours pour avoir les résultats d'analyse, précise Etienne Manteaux, procureur de la république à Besançon. Une enquête est en cours". Le procureur préfère rester prudent. 

Depuis un an, sur six dossiers où des jeunes femmes disent avoir subi une soumission chimique au GHB après perte de connaissance, aucun résultat positif après analyse. La perte de connaissance était liée dans chaque cas à une alcoolisation massive.

Etienne Manteaux, Procureur de la République de Besançon

Même prudence de la part d'Yves Cellier, directeur départemental de la sécurité publique (DDSP25). "Une enquête a été ouverte pour déterminer la matérialité des faits" dit-il. Les enquêteurs soulignent la difficulté de ce type d'enquête quand les jeunes déclarent plusieurs jours après les faits présumés, avoir été drogués ou piqués. 

Contacté par nos soins, le cogérant de la boîte de nuit où la jeune femme de Besançon déclare avoir été piquée, se dit très surpris. "En quinze ans de métier, je n'ai jamais eu de cas de GHB dans mon établissement. Depuis plusieurs mois, précise le professionnel de la nuit, nous distribuons des capuchons en silicone anti-GHB à mettre sur les verres. C'est disponible à l'entrée."

Comme Chloé*, il a lui aussi entendu parler de ces piqûres en boîtes de nuit. "J'avais du mal à croire à ces histoires. Il fallait pas que cela devienne une psychose". La piqûre reçue par Chloé* l'étonne beaucoup et le préoccupe. Comment est-ce possible malgré les nombreux agents de sécurité et les caméras de surveillance ?

On travaille avec la police. Nous renforçons notre sécurité. Il ne faut pas que cela arrive lors d'autres week-ends

Cogérant de boîte de nuit

GHB, on en entend beaucoup parler, mais combien de cas positifs ?

A la Cale, l’un des grands bars de Besançon en centre-ville, ces inquiétudes autour du GHB dans les verres notamment ne sont pas nouvelles.

On n’a jamais eu aucun cas positif. Je pousse les jeunes qui ont des doutes à aller porter plainte, à aller jusqu’au bout avec des analyses.

Farouk Jendoubi, gérant associé de la Cale

Pourquoi ces analyses ne sont-elles pas faites par les victimes potentielles, se questionne-t-il ? 

Faire de la prévention, ne pas laisser les jeunes femmes seules

Dans ce bar, où 350 à 400 personnes peuvent se réunir en soirée, le phénomène de piqûres éventuelles au GHB, cette drogue incolore et inodore, inquiète forcément pour la jeunesse.  Ce bar bisontin dispose de 10 caméras de surveillance, des messages de prévention y sont affichés. A l’entrée, “on n’est pas des policiers”, argumente Farouk Jendoubi. Les agents de sécurité font ouvrir les sacs des clients, mais ne peuvent pas opérer de fouilles plus précises. “Ici quand les gens arrivent, ils ont déjà bien bu. Je pense qu’il faut de la prévention en amont. Ne pas laisser seule une jeune femme. Nous prévenir. On est prêt à aider les gens, à appeler les secours au moment où ça se passe, à agir avec nos agents de sécurité, à ramener les personnes chez elles. Le GHB c’est la drogue du violeur, il ne faut pas laisser une jeune femme isolée” martèle le professionnel de la nuit.

D'autres témoignages de personnes ayant été piquées lors d'une soirée festive ont été publiés sur les réseaux sociaux mais les plaintes sont rares. Reste à éclaircir les mobiles de ces piqûres ? "En France, rappelle Yves Cellier, directeur départemental de la sécurité publique, aucun cas de soumission après piqûre n'a été relevé." 

* Le prénom a été modifié pour respecter l'anonymat.