"Quand est-ce que vous avez vu un brûlé dans la rue ?" : le photographe Clément Marion expose ses portraits à Besançon

Le photographe Clément Marion expose au Kursaal les 23 et 24 octobre à Besançon (Doubs) ses photos de grands brûlés. Celles-ci ont été révélées au nitrate d'argent, une substance également utilisée dans la cicatrisation des plaies.

La photographie peut-elle panser les plaies des grands brûlés ? Le photographe Clément Marion s'est lancé le défi de participer à la reconstruction des blessés du feu en les faisant poser devant son objectif.

La série s'articule autour de douze portraits représentant onze personnes au corps marqué par de grandes cicatrices. "Le but est de sensibiliser l'œil à la vue de ces blessures", souhaite l'artiste qui développe sur la genèse du projet : un jour de novembre 2017 dans l’émission de télévision Salut les Terriens, il entend le témoignage d’une influenceuse, elle-même brûlée. Elle demande à son auditoire : "Quand est-ce que vous avez vu un brûlé dans la rue ?"

"Pour moi, ces photos ont agi comme une photothérapie"

L'idée de Clément Marion d'exposer des corps brûlés lui est venue en fouillant son réseau d'amis et les médias sociaux, il finit par trouver des volontaires. Parmi elle Florine, étudiante à Besançon et son compte Instagram (@20.000.volts). La jeune femme a failli perdre la vie en octobre 2018 en montant sur le toit d'un train, elle reçoit un arc électrique de 20.000 volts. "Je n'avais alors aucune connaissance du danger" dit-elle. Florine posait déjà comme modèle avant son accident. Le projet de Clément Marion, elle l'a tout de suite accepté, sans tabou, à montrer ce corps meurtri par les cicatrices. "La photo, ça me fait du bien. On voit son corps différement que dans un miroir... pour moi, ça a été de la photothérapie, de l'art thérapie, le premier pas vers l'acceptation de mon corps" dit-elle.

Aujourd'hui, étudiante à l'ISBA, l'école des Beaux-Arts de Besançon, Florine 25 ans estime qu'il "faut montrer les corps des grands brulés. Il y en a plein dans les centres de rééducation. On ne montre jamais cette réalité. Il y a enormément de gens qui se cachent" ajoute la jeune femme. "Tout réside dans l'attitude, avant je me cachais sous des tonnes de vêtements, quand on est mal à l'aise avec ses brûlures, ça crée un malaise avec les autres. Alors que si on pète la forme, si on les assume, c'est différent" estime Florine.

Dans la série de photos de Clément Marion, réalisées devant un décor neutre et semblable pour tous, les brûlés sont entièrement nus et ont choisi la partie de leur corps - un dos, un cou, une jambe, ou la totalité -, qu’ils souhaitaient dévoiler. Les portraits dévoilent donc leur intimité, à rebours de leur pudeur habituelle, ce qui est pour certain "un challenge" et pour les autres "une des nombreuses étapes dans leur parcours de reconstruction", selon Clément Marion. Tous lui ont fait confiance et ont décidé de le rejoindre dans son studio de photo à Toulouse. 

Un recueil de ses photos va être envoyé dans les hôpitaux

Pour que l’énergie des modèles serve à de prochaines personnes gravement brûlées, les photos, accompagnées de textes écrits par l’une d’entre eux, ont été éditées dans un recueil qui va être distribué dans différents hôpitaux partout en France. "Il servira de support thérapeutique à ceux qui le souhaitent. On espère que ce sera utile", se projette-t-il.

La technique de photographie argentique utilisée, et qui donne une esthétique particulière et désuète, donne du sens au projet : appelée collodion humide, elle utilise des plaques de verre mais surtout du nitrate d'argent. Cette substance est utilisée en médecine et particulièrement après la cicatrisation des plaies. Lui voit des analogies entre la peau et le support de la photo : "cette pellicule sèche et finit par se durcir, se rétracter, parfois se craqueler et souvent changer de couleur. C’est également les caractéristiques principales des cicatrices par brûlure".

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Clément Marion 📸🎞️ (@analogapertures)

Remplacé par l’arrivée massive de la pellicule il y a un peu plus d’un siècle, le procédé du collodion humide, au croisement de l’art et de la médecine, correspondait donc parfaitement au projet du jeune homme de 24 ans. "C’est la quintessence de la photographie", juge-t-il en précisant qu’il est très coûteux. Avant de développer des projets similaires en Angleterre et, peut-être, en Côte d’Ivoire, il va donc devoir récolter des fonds.

Son travail sera visible à Besançon les 23 et 24 octobre au Kursaal ou toute l’année sur son site et sa page instagram (@analogapertures). Son recueil de photo peut-être commandé sur ce lien

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
culture photographie art