TÉMOIGNAGE. "Mes parents m'ont mis dehors parce que je suis homosexuel", un jeune homme de 22 ans se confie

À 22 ans, Cédric reconstruit sa vie à Besançon, après avoir été mis à la rue par sa famille en Bretagne. La cause ? Son homosexualité qu'il révèle lors d'un repas de famille. Témoignage.

Ce dimanche 17 mai, la journée internationale contre l'homophobie sera célébrée.
Ce dimanche 17 mai, la journée internationale contre l'homophobie sera célébrée. © France 3 Franche-Comté/Jean-Stéphane Maurice
Il se dit "apaisé". Depuis un peu plus de deux mois, Cédric* est hébergé dans un appartement de la fondation Le Refuge à Besançon : "Ici, je vais bien. Je me sens mieux. Personne ne me juge." Fin février, le jeune homme de 22 ans, originaire de Bretagne, a été contraint de quitter le domicile familial : "Mes parents m'ont mis dehors parce que je suis homosexuel."

"Mon père m'a dit que je n'étais plus son fils"

Au cours d'un repas de famille, Cédric fait son coming-out : "J'ai dit que j'aimais les hommes et que j'avais un copain. Tout de suite, on m'a rejeté." Le ton de la conversation change alors. La colère l'emporte. La violence aussi. "J'ai reçu une baffe", se souvient-il. Une violence physique qui blesse, mais pas autant que la violence verbale. "Mon père m'a dit que je n'étais plus son fils. Il a ajouté que j'étais malade", raconte-t-il d'une petite voix.

À côté, sa mère est, elle aussi, très énervée. "Elle m'a dit qu'à cause de moi, elle n'aurait pas de petits-enfants. Et que même si j'adoptais, elle ne les considérerait pas comme ses petits-enfants." Une attitude qui touche profondément Cédric : "On était tellement proche. On allait au cinéma ensemble, on faisait les magasins ensemble... On avait une grande complicité. Ça me manque."

Après des échanges houleux, les parents de Cédric lui demandent de partir. En quelques minutes, il fait son sac, prend à la va-vite des vêtements, ses papiers et claque la porte. Le jeune homme est encore sous le choc : "Je savais que ça n'allait pas être simple mais je ne m'attendais pas à ça. Avec le recul, je me dis que je n'aurais pas dû leur dire. J'aurais dû faire ma vie, vivre caché. Mais je ne pouvais plus."

J'aime quelqu'un du même sexe que moi. Où est le mal ?
- Cédric, 22 ans


Pendant quelques jours, un ami héberge Cédric. Mais la situation ne peut pas durer. Sans solution, Cédric contacte alors le numéro d'urgence de la Fondation du Refuge. "Clairement, sinon j'étais à la rue. Heureusement qu'ils étaient là." Faute de place en hébergement en Bretagne, le jeune homme est parachuté en Franche-Comté, à Besançon. Cédric quitte alors ses amis, son copain, son travail comme ASH dans un hôpital pour une "nouvelle vie". 

Cédric emménage dans un appartement-relais du Refuge et retrouve un travail en maison de retraite. Même si tout se passe bien, il aspire désormais à renouer le contact avec sa famille : "Mes frères et sœurs me soutiennent. On échange quelques SMS. Par contre, je n'ai pas de nouvelles de mes parents. J'espère qu'ils reviendront vers moi."

Les injures et les agressions homophobes et transphobes en augmentation

Les injures et les agressions homophobes ou transphobes ont de nouveau connu une forte poussée de 36% en 2019 en France, a annoncé le ministère de l'Intérieur. Les forces de police et de gendarmerie "ont recensé 1870 victimes d'infractions à caractère homophobe ou transphobe, contre 1380 en 2018", peut-on lire dans un communiqué. Ces statistiques sont toutefois en décalage avec la réalité préviennent les associations de soutien aux personnes LGBT rappelant que de nombreuses victimes n'osent pas porter plainte.

À l'échelon local, en Franche-Comté, cette tendance a aussi été observée, notamment pendant le confinement. Nicolas Louisot, délégué départemental Le Refuge pour le Doubs, l'a contasté : "Ces dernières semaines, il y a eu beaucoup de jeunes qui ont appelé parce qu'ils ont fait leur coming-out et que c'est très compliqué au sein du domicile familial. Par ailleurs, pour nous, la difficulté, ça a été de maintenir un lien sans pouvoir les voir. Certains ont ressenti une vraie souffrance et une vraie solitude."
 
Même constat pour l'association bisontine Nouvel Esprit. Stéphanie Barbot, présidente de l'association, dit elle aussi avoir observé "une recrudescence d'actes homophobes via les réseaux sociaux". Un fait d'actualité a notamment déclenché une vague d’homophobie sur la toile. Alors qu'un foyer de contamination a été identifié dans des clubs gays de Séoul, autour d'un jeune homme qui a transmis le coronavirus à 75 personnes, la presse conservatrice s'est emparée de l'affaire, stigmatisant la communauté homosexuelle dans un pays déjà très homophobe.

La journée de la lutte internationale contre l’homophobie et la transphobie a été célébrée dimanche 17 mai. Les événements et manifestations des associations locales ont été reportés en raison de la situation sanitaire actuelle.

* Le prénom a été changé.
Victimes d'homophobie, d'insultes, d'agressions : les associations d'aide en Franche-Comté
Coordonnées La Fondation Le Refuge : Coordonnées de l'association bisontine Nouvel Esprit :
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