Violences conjugales : pourquoi le 3919 ne fait pas partie des numéros d'appel d'urgence ?

Le 3919 a été mis en place en 1992. / © Patrick Pleul/MaxPPP
Le 3919 a été mis en place en 1992. / © Patrick Pleul/MaxPPP

Le 3919 est LE numéro de téléphone qu'il faut retenir cette semaine. Il permet aux femmes victimes de violences de dénoncer des faits et de recevoir une aide précieuse. Ce dernier est régulièrement présenté comme un appel d'urgence. Pourtant, ce n'est pas officiellement le cas. Explications. 

Par Sarah Rebouh

Le Grenelle de lutte contre les violences conjugales s'est ouvert mardi 3 septembre 2019 en France. Parmi les communications officielles qui entourent cet événement d'ampleur nationale, on retiendra notamment les nombreuses communications autour d'un numéro de téléphone pour les femmes victimes de violence : le 3919. "Le 3/9/19, je partage le 3919" dit le slogan.

Sur le site internet stop-violences-femmes.gouv.fr, on retrouve le 3919 dans la rubrique "numéro d'urgence" juste au dessus des autres numéros d'urgence officiels tels que le 15, le 17, le 112 ou encore le 18. Pourtant, une phrase l'indique : "Le 3919 n’est pas un numéro d’appel d’urgence. En cas d’urgence, appelez la police ou la gendarmerie, en composant le 17 (ou le 112 d’un portable, appel gratuit)".

Le 3919 a été créé en 1992 mais restait largement méconnu du grand public, jusqu'à ce jour. Ce numéro doit désormais s'ancrer dans les esprits et être utilisé sans tarder par les nombreuses victimes de violences conjugales.

Malheureusement, il semblerait que ces 4 chiffres ne fassent pas partie officiellement et techniquement des numéros d'urgence. Nicolas Guillaume, dirigeant de Netalis, fournisseur de services télécoms en Franche-Comté, a vérifié il y a quelques jours le plan départemental d'acheminement des appels d'urgence de la préfecture du Doubs et regrette de ne pas y avoir trouvé le 3919.


Un numéro non fonctionnel sans forfait


"Pour fournir des services de téléphonie, on a l'obligation de mettre en place un plan départemental d'acheminement des appels d'urgence. On dispose d'une liste de numéros transmis par les préfectures. J'ai regardé, mais le 3919, qui est largement vanté, n'est pas considéré comme un service d'appel d'urgence. Je pense qu'un numéro de ce type, de cette importance, devrait faire partie de cette liste" nous a expliqué Nicolas Guillaume.

Si le numéro n'en fait pas partie, cela signifie donc que, contrairement au 17, 18 ou 112, il ne peut être fonctionnel lorsque votre téléphone portable est bloqué ou lorsque vous n'avez plus de forfait téléphonique. La communication en grande pompe du gouvernement sur ce numéro régulièrement baptisé "d'urgence" serait donc quelque peu gonflée.

Alexandre Archambault, avocat spécialiste des télécoms, tient à préciser qu'il s'agit en fait d'un numéro 3BPQ ou d'un numéro SVA (Services à Valeur Ajoutée). C'est le choix qui avait été fait à l'époque de la création du 3919. C'est entre-autres là où le bât blesse. Les numéros SVA ne sont pas considérés officiellement comme des numéros d'urgence.

Du côté de la préfecture du Doubs, interrogée par nos soins, on s'étonne également que ce numéro ne soit pas un numéro d'urgence officiel. Seul l'État est habilité à rendre à ce numéro la place qu'il mérite.

L'Union Européenne travaille à rassembler tous les numéros d'urgence en France sous un seul numéro, comme cela se fait dans de nombreux pays. Il s'agirait du 112. Le problème pourrait vraisemblablement être réglé lorsque cette mesure sera mise en place. 
 

Le 3919 : Violences Femmes Info

Le 3919 est un numéro destiné aux femmes victimes de violences, ainsi qu’à leur entourage et aux professionnels concernés. C’est un numéro d’écoute national et anonyme. Il est accessible et gratuit depuis un poste fixe en métropole et dans les DOM. 
Le numéro est ouvert du lundi au samedi, de 8h à 22h et les jours fériés de 10h à 20h (sauf les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre).
Ce numéro permet d’assurer une écoute, une information, et, en fonction des demandes, une orientation adaptée vers les dispositifs locaux d’accompagnement et de prise en charge.
 

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