"Ce sera vraiment l'aventure" : 1000 km à vélo en autonomie complète dans les montagnes du Maroc, il se lance dans une course complètement folle

C'est un défi insensé réservé aux fans d'ultracyclisme. Bertrand Baverel, un coureur amateur de Pirey (Doubs), sera au départ du prochain BikingMan X qui se déroule au Maroc du 30 octobre au 4 novembre 2023. Une course d'au moins 1000 km et 20 000 mètres de dénivelé positif à boucler en cinq jours maximum, jour et nuit, sans aucune assistance.

Il connaît uniquement le lieu, la date et l'heure et du départ : Marrakech, le 30 octobre à 5 heures du matin. Tout le reste est un mystère. Jusqu'au dernier moment, les organisateurs veulent garder secrets le parcours, la distance exacte et le dénivelé total.

Mais pas de quoi effrayer pour autant Bertrand Baverel. À Pirey (Doubs), il continue à s'entraîner sereinement, en attendant de s'envoler à la fin du mois vers l'inconnu. "Non, je n'ai pas peur, assure cet entrepreneur de 51 ans. Je suis hyperexcité, au contraire". Il sait pourtant que cette course-là sera l'une des plus difficiles qu'il a jamais faites. Car le BikingMan X, qui se déroule du 30 octobre au 4 novembre 2023 au Maroc, est bien plus qu'un marathon : un défi dantesque dans le désert et les montagnes de l'Atlas.

On ne peut rien préparer, ce sera vraiment l'aventure. Dans un BikingMan, on n'a aucune assistance. On doit se débrouiller pour se ravitailler en eau, pour l'alimentation et pour l'hébergement. Et là, on ne sait même pas d'avance où on va ! On aura juste une puce GPS pour que les organisateurs puissent voir si on bouge ou pas.

Bertrand Baverel, concurrent du BikingMan X au Maroc.

La vidéo de la reconnaissance effectuée par les organisateurs il y a quelques semaines donne tout de même la mesure de cette épreuve hors norme.

Né dans la Cordillère des Andes

L'idée du BikingMan est née en 2015. Axel Carion, un cycliste français, traverse la Cordillère des Andes en Amérique du Sud, avec un vélo chargé de 60 kg. Après 249 jours d’expédition et 13 500 km avalés entre Carthagène en Colombie et Ushuaïa en Argentine, il décide de créer un championnat de courses d’ultradistance à vélo "qui rassemblerait les conditions climatiques et topographiques les plus extrêmes de la planète". Des courses destinées à des femmes et des hommes de tout horizon, amateurs comme professionnels.

Un an plus tard, en 2016, l’IncaDivide est organisé entre l'Equateur et le Pérou. Seulement 16 hommes et une femme participent à cette première. Depuis, plus de 2 000 personnes au total, sur 29 évènements, ont osé cette folle aventure.

"Des très hauts et des très bas"

Bertrand Baverel n'en a couru qu'un seul. Fin juin, il s'est aligné sur le BikingMan France au Cannet (Alpes-Maritimes). Les concurrents avaient 5 jours (120 heures maximum) pour boucler les 1 000 km de course. Lui a réussi à finir en 83 heures ! "Je voulais voir si j'étais capable de faire ça. La première nuit, j'ai dormi seulement deux heures derrière un arbre au bord de la route à Aix-en-Provence. La deuxième, j'ai trouvé une chambre d'hôte. La troisième, j'ai pris un AirBnB avec deux autres concurrents."

Pendant la course, il y a plein de fois où je me suis demandé : "qu'est-ce que je fais là ?" C'est un ascenseur émotionnel permanent avec des très hauts et des très bas. Il faut juste se dire que ça va passer. Et quand tu franchis la ligne d'arrivée, c'est indescriptible !

Bertrand Baverel, concurrent du BikingMan X au Maroc.

Jamais il n'aurait pensé un jour en arriver là. Le coureur amateur a fait un sacré bout de chemin, il est vrai, depuis ses débuts. Lui qui s'est mis au triathlon à l'âge de 40 ans seulement, sur un coup de tête. "Je ne courais pas, je ne savais pas nager le crawl et je ne faisais pas de vélo, reconnaît-il aujourd'hui avec un large sourire. Je travaillais beaucoup dans mon entreprise, j'étais à la limite du burn-out. J'avais besoin de décompresser. Et comme je ne suis pas très raisonnable, deux ans après, je faisais l'Ironman de Nice ! Tous les ans, désormais, je me fixe de nouveaux objectifs."

Après avoir enchaîné ces dernières années les triathlons extrêmes (Embrun, le Swissman et l'Inferno en Suisse, le CeltMan en Ecosse ou encore l'Icon Livigno en Italie), c'est donc presque tout naturellement qu'il a bifurqué vers l'ultracyclisme.

Laurent Jalabert au départ

Et parmi les 120 inscrits du challenge marocain, on comptera comme lui beaucoup d'autres Français et pas que des inconnus. Sur la ligne de départ, Betrand Baverel retrouvera ainsi un certain Laurent Jalabert. À 54 ans, l'ancien coureur professionnel poursuit ses exploits. Il a remporté en septembre dernier l'Ironman de Nice, dans sa catégorie des 55-59 ans, et s'est offert au passage un nouveau titre de champion du monde.

Pour se préparer au BikingMan X, le champion vient d'effectuer la traversée des Pyrénées en quatre jours : 27 cols franchis en 38 h 36 de roulage, 19 510 mètres de dénivelé positif, un périple de 837 kilomètres !

"Un petit amateur comme moi avec un ancien champion du monde, c'est exceptionnel, s'enthousiasme Bertrand Baverel. J'ai hâte de pouvoir échanger trois mots avec lui mais je pense que je le regarderai partir et que je lui souhaiterai une bonne course, loin devant !"

Dons pour les victimes du séisme

Pour que la course soit plus belle encore, Bertrand Baverel a également décidé de "rouler" pour l'association caritative Azimuths, qui vient en aide aux victimes du séisme au Maroc, survenu en septembre. "J'aurais compris que la course soit annulée après le tremblement de terre", admet Bertrand Baverel. "Avant la catastrophe, je réfléchissais déjà à aider une association. C'était une évidence pour moi. Je ne me voyais pas aller au Maroc sans apporter un minimum de soutien aux habitants sur place."

Il encouragera donc tous ses supporters et tous ceux qui le suivront sur les réseaux sociaux à faire des dons à l'association créée par l'international de rugby marocain, Djalil Narjissi, ancien joueur d'Agen et de Castres. 

En juin, le coureur de Pirey avait déjà réussi à collecter 1 400 euros au bénéfice de l'association Team Eth'oile de cristal, pour venir en aide à Ethan, un jeune Haut-saônois de 11 ans atteint de la maladie des os de verre.

Bref, maintenant, le plus dur reste à faire. "J'aimerais bien franchir la ligne avant les cinq jours de délai. J'espère que je n'aurai pas de problème mécanique sur le vélo. C'est la seule chose qui me fait peur. Pour moi, l'abandon n'est pas une option.".

Avec donc l'espoir, comme tous les autres concurrents, d'aller tout au bout de l'aventure. Histoire de donner une nouvelle fois raison à Mark Twain, le célèbre romancier américain, père d'Huckleberry Finn : "ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait."