Dans le Haut-Doubs, pour protéger les élevages de bovins contre les attaques de loups, l'espoir des chiens Patou

Publié le Mis à jour le
Écrit par Johanna Albrecht .

Dans le Doubs, pour se protéger du loup, une quinzaine d'exploitations agricoles ont adopté des chiens Patou. Mais cette année, pour la première fois, des élevages de vaches laitières se lancent dans l'aventure. Une démarche expérimentale.

Dans l'étable de la ferme de la Batailleuse, à Rochejean dans le Doubs, au milieu des veaux, une boule de poils promène sa truffe. Thalia, une petite chienne de montagne des Pyrénées, découvre et s'habitue peu à peu à ses nouveaux compagnons. Si tout va bien, dans un an et demi, dans les pâturages, elle les protégera des attaques du loup. Mais pour l'heure, il faut l'éduquer.

Cette petite Patou est arrivée début janvier dans cette ferme du Haut-Doubs. "Au début, il faut que le Patou s'attache aux veaux" explique Fanny Maillard, vachère à la ferme de la Batailleuse, à notre équipe, Marine Candel et Guillaume Soudat. "Il faut limiter les contacts avec l'homme pour qu'elle puisse se familiariser avec les animaux qu'elle aura à protéger". Mais la petite chienne a déjà des exercices quotidiens : "il faut qu'elle s'habitue à marcher en laisse, à ce qu'on lui regarde les coussinets, et aussi à prendre la voiture pour aller chez le vétérinaire plus tard. Mais l'idée, c'est d'élever le chien comme on élève un veau"

"Elle va rester à l'intérieur jusqu'en mai. Et dès que l'herbe poussera, on va la mettre à côté, dehors" complète Manon Riblet, une autre vachère de l'exploitation. "On a un petit parc, clôturé avec des fils électriques, pour lui apprendre à rester dans un enclos avec le troupeau".

Dans cette structure, où l'exploitation agricole côtoie une ferme pédagogique, 13 personnes travaillent ensemble, et ont pris dès l'été dernier - lorsque les premières attaques de loup ont débuté dans la région - la décision d'adopter deux chiens Patou. "On s'est dit que c'était important" confie Manon Riblet. Alors, l'équipe a sollicité l'aide de l'Institut de l'élevage

Une mesure expérimentale

"Depuis le début de l'hiver, on a eu une flambée des demandes de placements de Patou à titre expérimental" affirme Rémi Bahadur, formateur chiens de protections à l'Institut de l'élevage. "Les chiens de protections vont être efficaces et adaptés à certains élevages"  tempére-t-il. "Il faut que l'éleveur ou l'éleveuse soit investi dans l'éducation du chien, parce qu'il va falloir le cadrer au début, mettre en place certains aménagements aussi, donc il faut être motivé". Par exemple, les clôtures des champs protégés par un Patou doivent être électrifiées, des simples barbelés ne suffisent pas à contenir les ardeurs de cette race au caractère très prononcé. 

Jusqu'à présent, les chiens de montagne des Pyrénées étaient principalement utilisés pour protéger des élevages de moutons et de brebis. Il faut donc adapter les techniques. "C'est un moyen de protection efficace, mais dans le bovin, c'est pas encore vraiment reconnu, constate Manon Riblet, on se rend compte que c'est faisable, et on veut montrer ça". 

Contrairement aux élevages ovins et caprins, sauf demande exceptionnelle, les élevages bovins ne bénéficient pas pour le moment d'aides de l'Etat pour investir dans des Patous. "Ça a un coût", reconnaît Fanny Maillard, "l'achat du chien représente à peu près 500 euros, il a les croquettes, la stérilisation, les frais vétérinaire..."

Pour le moment, trois fermes ont obtenu cette aide exceptionnelle. La ferme de la Batailleuse a déposé un dossier. Ses exploitants espèrent surtout que la présence de Thalia, et bientôt d'un second patou, permettra de garder les loups à distance des troupeaux. En attendant qu'ils puissent monter dans les pâtures, pour l'été prochain, l'équipe compte mettre une surveillance humaine continue.

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité