Une pilule difficile à avaler pour les frontaliers : leur prime d'assurance maladie va bondir de 65% en Suisse en 2025

Une partie des 47 000 Francs-comtois et Bourguignons qui travaillent en Suisse paieront plus cher leur assurance maladie. Leur prime devrait augmenter de 65% en 2025. Une hausse spectaculaire due à la réforme de la fameuse LAMal.

La pilule passe mal de ce côté de la frontière. En 2025, une grande partie des 215 000 frontaliers qui vont tous les jours travailler en Suisse voisine, devraient voir leur prime d’assurance maladie bondir de 65% annoncent les compagnies helvètes !

Une hausse record qui est due à une réforme de la loi sur l’assurance maladie, la fameuse LAMal. Récemment adoptée au parlement suisse, la "LAMal révisée" vise en effet à "inclure également les assurés qui résident à l’étranger dans la compensation des risques de l’assurance obligatoire des soins (AOS)".

"Le principe de solidarité"

Les dépenses de santé dans la Confédération ne cessent en effet d'augmenter. Elles devraient encore grimper de 3,6% cette année (95,3 milliards de francs) et encore de 3,2% en 2025 (98,4 milliards), selon les prévisions du KOF, le centre de recherche conjoncturelle de l'École Polytechnique Fédérale de Zürich (EPFZ).

Pour soulager les ménages suisses et harmoniser les coûts des primes d'assurance entre les cantons, c'est donc "le principe de solidarité" qui va désormais prévaloir et s'appliquer à tous, y compris les travailleurs étrangers. Ainsi, un assureur qui fait face à de faibles risques, en raison de la bonne santé de ses assurés, devra payer des redevances plus fortes pour compenser les sommes déboursées par les compagnies confrontées à des risques plus élevés.

Le nouveau dispositif affectera directement les travailleurs frontaliers, car leur moyenne d'âge (38 ans) est inférieure à celle des résidents suisses (54 ans), et ils représentent donc une population moins à risque sur le plan médical. 

Réactions dans le Doubs

Des frontaliers, salariés ou indépendants, qui sont pourtant de plus en plus nombreux. Une étude de l'INSEE a ainsi montré qu'en Bourgogne-Franche-Comté, sur un an, près de 3 500 frontaliers supplémentaires ont rejoint la Suisse pour y travailler. On compte aujourd'hui 47 000 travailleurs frontaliers dans la région.

"On peut comprendre cette envie d'intégrer les frontaliers, mais on peut regretter que cela se fasse dans ces conditions-là", confie à France 3 Franche-Comté Stéphanie Locatelli, la responsable de l'antenne Morteau-Pontarlier du Groupement Transfrontalier Européen (GTE).

Ce qui est un peu dommage, c'est qu'aucune association de frontaliers n'a été consultée. La décision a été prise, comme ça, avec une augmentation assez forte et on n'a pas pris en compte la spécificité des frontaliers qui sont des personnes plutôt jeunes, en bonne santé, et qui se font soigner plutôt en France.

Stéphanie Locatelli, Responsable de l'antenne Morteau-Pontarlier du Groupement Transfrontalier Européen.

La couverture médicale ne changera pas. Mais pour les travailleurs français qui avaient "choisi la LAMal", la prime moyenne va passer d'environ 207 francs à 336 francs par mois. En revanche, celle des résidents suisses devrait baisser de 14 francs en moyenne.

"Une injustice flagrante"

Dans un communiqué publié le 5 mars dernier, le GTE "questionne avec force la décision du Conseil des États suisse d’inclure les frontaliers dans la compensation des risques pour les primes d’assurance maladie". Selon le GTE, "cette mesure, prétendument destinée à réduire les inégalités entre les résidents suisses et les frontaliers, est en réalité une injustice flagrante envers les frontaliers qui contribuent déjà activement à l’économie suisse tout en résidant dans les pays voisins".

"Si la solidarité est un principe louable, il doit être appliqué de manière équitable et proportionnée, insiste le GTE dans son communiqué. Il souligne aussi que "le système actuel favorise déjà largement les assureurs suisses, et qu’imposer une augmentation des primes, disproportionnée au regard de l’évolution des coûts de santé effectifs des transfrontaliers, pénalise les frontaliers".

Et la Suisse pourrait finalement y perdre au change. Cette décision pourrait en effet encourager bon nombre de travailleurs frontaliers à revenir dans le giron de l'assurance maladie française. Selon un récent rapport de l’Urssaf de Franche-Comté publié le 15 décembre 2023, 166 000 travailleurs frontaliers, environ trois sur quatre, ont déjà opté pour l’assurance maladie française. Ils sont 32 000 dans le Doubs à avoir fait ce choix.