INTERVIEW. Grève des médecins : "Si des propositions étaient sur la table, cette grève serait déjà finie", Pierre-Louis Hélias, du collectif "Médecins pour demain"

Depuis le 26 décembre, les médecins généralistes de France ont été appelés par le collectif "Médecins pour demain" à fermer leurs cabinets. Pierre-Louis Hélias, représentant régional, nous explique les raisons de cette grève.

Alors que le collectif "Médecins pour demain" a appelé à la fermeture partout en France des cabinets médicaux du 26 décembre au 2 janvier 2023, le ministre de la Santé a condamné le mouvement jugeant cette mobilisation malvenue alors que les épidémies de grippe, de bronchiolite et de Covid-19 restent actives en cette fin d'année et que les services hospitaliers sont surchargés.

Le docteur Pierre-Louis Hélias, représentant régional du collectif "Médecins pour demain", a répondu aux questions de notre journaliste Stéphanie Bourgeot et nous explique pourquoi cette grève a été décidée.

France 3 Franche-Comté : Certains vous considèrent comme des inconscients, des irresponsables, de faire grève en cette période de fin d'année. Êtes-vous des irresponsables ? 

Pierre-Louis Hélias : Non, au contraire. Cette grève est là pour sauver le système de soins. Nous, c'est en particulier le système de soins en ville qu'on défend. Il absorbe 90 à 95% du flux des urgences. Cela ne fait que mettre en exergue les difficultés de l'hôpital et le désinvestissement des pouvoirs publics dans l'hôpital depuis une dizaine d'années. Cette grève est révélatrice du problème de fond. C'est comme ça qu'il faut la voir.

Pourquoi avoir choisi cette période pour faire grève ?

La période a été choisie depuis trois mois. Ce choix a été conditionné à ce que nos revendications soient acceptées, ou au moins débattues. On avait dit qu'on ne ferait grève le 26 décembre que si rien ne se passait. On a été reçus par le ministère, cela a été cordial, mais on n'a reçu aucune proposition. Cela fait trois mois que tout le monde a les données. Pour nous, la grève était vraiment une solution de dernier recours. 

Il faut investir dans la médecine de ville, si on ne veut pas que l'hôpital craque.

Pierre-Louis Hélias, médecin

Qu'est-ce que vous aimeriez voir ressortir au niveau des revendications ?

On veut que l'État comprenne que la médecine de ville est le premier recours pour les patients. Il faut investir dans la médecine de ville, si on ne veut pas que l'hôpital craque. On n'a plus les moyens de travailler correctement, de prendre du temps pour nos patients. On n'a plus le temps d'investir et d'embaucher. On croule sous l'administratif. C'est vraiment là-dessus qu'on aimerait voir des conclusions et on voudrait voir une volonté d'investissement des instances dans la médecine de proximité.

En urgence, on veut une revalorisation de nos actes à 50 euros. Sans cela, on ne peut pas investir dans de l'humain pour décharger l'administratif. On aimerait aussi une réduction des démarches administratives. Aujourd'hui, on a 50% des médecins qui sont en burn-out, les paramédicaux sont débordés. Tout le monde est au bord de la rupture. Tout le monde porte le système de santé en mettant son poing dans sa poche depuis des années. Nous, on ne veut pas que cette médecine de proximité s'effondre. L'année 2023 décidera si la médecine de proximité survit ou si on passe à une médecine à deux vitesses.

Si des propositions étaient sur la table, cette grève serait déjà finie.

Pierre-Louis Hélias, médecin

Le mouvement s'inscrit dans une certaine durée. Avez-vous des réponses au niveau de l'État ?

On a quand même des contacts réguliers avec le ministère de la Santé, qui nous laissent espérer qu'on aura peut-être des propositions. On attend des propositions qui ne sont toujours pas sur la table. Ce qu'on sait, c'est qu'il y aura une manifestation massive à Paris le 5 janvier.

La suite sera décidée en fonction de l'évolution des négociations conventionnelles, jusqu'en mars. 

Il est difficile de connaître l'impact de cette grève aujourd'hui. Si la grève est reconduite, comment voyez-vous l'avenir ?

Nous n'avons pas la volonté de pousser à tout prix les patients aux Urgences ou de les mettre en difficulté. Il en sera aussi de notre responsabilité d'assurer un service minimum si besoin est. Pour l'instant, notre but c'est d'être entendus. On ne souhaitait pas faire cette grève. On pensait avoir des réponses. On en voudrait rapidement, pour pouvoir avancer. Si des propositions étaient sur la table, cette grève serait déjà finie.

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