"Je ne veux pas me disputer avec mon père pour de la politique" : RN, droite, gauche... les législatives divisent ces familles

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En cette période de forte actualité et de remous politiques, les relations sociales peuvent s'avérer tendues. Tensions dans les familles, disputes au sein du couple...les idées politiques peuvent parfois créer la discorde. Ce n'est pas d'aujourd'hui, certes. Ils racontent.

Parler politique en famille est souvent déconseillé. L’incompréhension peut vite transformer le festif repas de famille en drame digne d’une tragédie grecque. Mais comment faire en cette période d'élections législatives dans un timing si dense ? Le sujet est en effet bien difficile à balayer de la table. Alors comment en parler, sans se disputer ? 

Aurélie* (le prénom a été modifié) vote à gauche et certains de ses cousins votent extrême droite. Pour elle, la solution la plus simple reste de ne les voir que rarement. “J’ai pensé à eux pendant les résultats [des élections européennes] et je me suis dit : heureusement que je ne suis pas assise autour d’une table avec eux”, souffle-t-elle.

“On essaye de couper court à la conversation” 

La jeune femme de 22 ans a découvert en 2023, à l’occasion d’un repas réunissant toute la famille, que ses cousins soutenaient le candidat Reconquête, Eric Zemmour. “Je ne m’y attendais pas, ça n’a pas créé de discussions parce que je suis restée dans l’observation, j’étais un peu choquée”, se remémore l’étudiante. Elle reprend : “En temps normal, avec des amis, des gens que je connais moins, j’aurais pu parler, mais là, j'ai vu qu’ils avaient une idéologie bien ancrée”

Par la suite, elle a pu en discuter avec le reste de sa famille, notamment son grand-père qui a connu la guerre d’Algérie et pour qui ces idées d'extrême droite restent incompréhensibles. Désormais, par égard pour son grand-père peiné par la situation, le sujet est volontairement évité : “On essaye de couper court à la conversation ou d’amener d’autres idées. On n’essaye même pas d’engager cette conversation-là”, précise la jeune femme originaire de Besançon (Doubs).

Louise espère que son père changera d’avis 

À l’inverse, Louise* (le prénom a été modifié) s’inscrit dans une démarche complètement différente. La jeune femme de 27 ans vote à gauche (La France Insoumise) et son père, un comptable âgé de 53 ans, vote extrême droite (Rassemblement National). Pour elle, il est de son devoir de lui parler. “J’essaye de trouver comment en discuter avec lui. J’ai envie de lui apporter des cas concrets”, explique-t-elle.

Pour Louise, l’heure est grave. Auparavant, le vote de son père ne la gênait pas tant que ça : “Au moment des présidentielles, il était plutôt parti pour voter Marine Le Pen, mais je me sentais plus tolérante de son vote pour l’extrême droite parce que je ne sentais pas le danger”. Aujourd’hui, avec le résultat des élections européennes, la conjoncture a changé.

Pour rappel, le Rassemblement National est arrivé largement en tête à l'issue des élections européennes de 2024. Le parti d'extrême droite a obtenu en France 31,37 % des voies battant ainsi de plus de 8 points son précédent record aux élections européennes de 2019. Ainsi, pour la Bisontine, le Rassemblement National peut désormais  remporter une majorité relative ou absolue lors des élections législatives.

J’ai eu beaucoup de mixité sociale pendant mes études, je me suis politisée sur le féminisme, sur le racisme et je me suis engagée dans ces causes. C’est mon devoir de dire aux gens qu’il faut faire attention.

Louise, 27 ans

Par la discussion, elle espère que son père révisera son jugement, peut-être 24h ou même 1h avant d’aller voter. “Je lui parlerai de mes potes racisés qui commencent à avoir peur pour leur avenir en France”, projette-t-elle.

Mais l’opération s’avère digne d'un exercice d’équilibriste : “J’ai besoin de lui faire comprendre, mais je ne sais pas comment faire, je ne veux pas tomber dans la contestation de son vote parce qu’on ne peut pas empêcher les gens de voter pour tel ou tel parti et je ne veux pas me disputer avec mon père pour de la politique”.

Les électeurs qui votent à l'extrême droite comme le père de Louise ont-ils ressenti des crispations autour d'eux depuis les dernières élections européennes ? Nous avons contacté des députés sortants pour tenter de savoir si, eux ou certains de leurs sympathisants, pouvaient vivre des tensions avec leurs proches. Géraldine Grangier, députée du Rassemblement national de la 4ᵉ circonscription du Doubs nous a répondu par SMS : "Je suis désolée, mais je ne connais personne dans cette situation". Même élément de réponse chez Antoine Villedieu, député de la 1ʳᵉ circonscription de Haute-Saône qui a répondu à notre appel téléphonique. Quant à Jacques Ricciardetti, délégué départemental du Rassemblement national du Doubs, nous avons tenté à plusieurs reprises d'entrer en contact avec lui. Mais nous sommes restés sans réponse.

“Je ne veux pas m’engueuler avec ma femme”

Les tensions dans les familles peuvent concerner tous les bords politiques. Pour Christophe, la politique ne s’invite pas dans sa famille au sens large, mais dans son couple. Le retraité, originaire de Charquemont (Doubs) vit actuellement des “discussions fortes et passionnées” avec sa femme suite aux résultats des élections législatives de cette année. Sa femme se sent proche des idées de gauche de Jean-Luc Mélenchon et cette position rend mal à l'aise Christophe.

“Ma femme est maghrébine, elle est forcément inquiète des résultats et elle craint beaucoup d’être stigmatisée, moi, je lui dis que non, que ce n’est pas un pays de sauvage et qu’il ne faut pas être inquiète à ce point ”, explique le soixantenaire. Et d’ajouter : “Pour moi, le résultat des élections n’est pas étonnant, je ne suis pas pour ou contre le RN, mais on est arrivé à un point de non-retour avec l’insécurité”. 

Le soir des élections européennes, cet ancien pilote de ligne a ressenti une incompréhension mutuelle et s’est senti obligé de couper la discussion. “Je ne veux pas m’engueuler avec ma femme, je ne vais pas foutre le bordel dans mon couple pour Mélenchon ou le RN, car je ne milite ni pour l’un ni pour l’autre”, lâche-t-il.

Que la politique s’introduise dans mon couple, je trouve que c’est très bien, on ne peut pas parler que de la pluie ou du beau temps. Mais qu’elle entraîne des conflits, des discussions qui se transforment en dispute, je n’en ai pas envie, j’ai envie de tranquillité.

Christophe, retraité

Christophe est conscient qu’avec les élections législatives, d’autres discussions politiques sont encore à venir. Il souhaite dépassionner ces discussions et essayer de comprendre pourquoi on en est arrivé à la situation actuelle. “J’essaye de lui expliquer, mais elle ne comprend pas, que si on est là, ce n’est pas par hasard, que c’est la faute des politiques”, rapporte-t-il.

La situation politique actuelle vue par un psychologue

Gilles Rolland, psychologue à Besançon (Doubs) nous explique avoir a été témoin d'un changement de comportement chez certains de ces patients lié à l'actualité politique. "J'ai remarqué une aggravation de troubles anxio-dépressifs, un renforcement de comportement phobique et parfois un renfermement émotionnel", témoigne le psychothérapeute. Et de préciser : "J'ai reçu quelqu'un qui m'a dit qu'il sature de ce contexte et qu'il a passé plus de deux jours à regarder en boucle les chaînes d'info. Quand il a réussi à arrêter, il a eu du mal à sortir et à se sentir en sécurité à l'extérieur".

Pour autant, les patients de Gilles Rolland ne lui rapportent pas de tensions, de querelles particulières qu'ils pourraient avoir avec leurs proches sur des sujets politiques. Et puis, tranche le Bisontin : "On se querelle rarement en raison du sujet pour lequel on se querelle"

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