UTMB 2023 : "Il y a moyen de faire des UTMB plus clean", alerte Xavier Thévenard, multiple vainqueur de la compétition d'ultra-trail

Publié le
Écrit par Sarah Rebouh

Alors que l'Ultra Trail du Mont Blanc 2023, l'un des rendez-vous sportifs les plus importants dans le monde du trail, se tient à Chamonix jusqu'au 3 septembre, des voix s'élèvent pour dénoncer un événement de plus en plus nuisible à l'environnement. C'est le cas de Xavier Thévenard, triple vainqueur de l'épreuve reine de l'UTMB. Réaction.

L'Ultra-Trail du Mont-Blanc n'a aucun secret pour lui. Le Jurassien Xavier Thévenard a inscrit son nom au palmarès de l'épreuve reine, sur 170 km, en 2013, 2015 et 2018. Il a même réussi l'exploit de remporter au moins une fois chaque course individuelle (CCC avec 99 km en 2010, TDS avec 119 km en 2014 et OCC avec 55 km en 2016). Cela ne l'empêche pas de s'interroger sur la tournure que prend l'événement alpin, récemment rebaptisé "Dacia UTMB Mont-Blanc", après un partenariat avec le constructeur automobile Dacia. 

Après avoir réagi dans un reportage du Média Reporterre, concernant l'asphyxie de la vallée de Chamonix pendant l'UTMB, il développe son propos pour France 3 Franche-Comté. Très engagé dans la défense du climat, le spécialiste de l'ultra-trail, également animateur de la fresque du climat, dont le but est de sensibiliser le public au réchauffement climatique, parle sans langue de bois, comme à son habitude. Comme certains autres sportifs professionnels, il ne cache pas sa déception quant au partenariat choisi pour l'événement.

"Dacia, une entreprise liée aux industries fossiles"

"On a animé des fresques du climat à Chamonix, l'an dernier. Est-ce qu'on n'a pas été assez bon ?", s'interroge-t-il. "La réponse qu'on a, c’est un partenariat avec Dacia, une entreprise liée aux industries fossiles", constate-t-il. L'UTMB chaque année rassemble des coureurs du monde entier, venus de près de 120 pays. Désormais, huit courses sont rattachées à l'événement, pour une semaine complète de compétition, rassemblant environ 100 000 personnes, dont 10 000 coureurs.

D'autres sportifs ont réagi au sujet de l'opération de "naming" mise en place par l'UTMB. C'est le cas d'Andy Symonds, Dan Lawson ou encore Jasmin Paris. "J’ai été sur la ligne de départ à Chamonix cinq fois dans le passé, mais je ne participerai certainement plus à une course UTMB tant qu'ils auraient un sponsor aussi carboné", a écrit Damian Hall, classé cinquième lors de l'événement en 2018. Le "naming" est une forme de parrainage qui consiste, pour une marque, à donner son nom à une infrastructure sportive, à une compétition ou, plus rarement, à une équipe, en contrepartie d'un soutien financier important sur une longue durée. 

Chamonix c’est les glaciers, la montagne, l’alpinisme, des endroits magnifiques. On a des glaciers qui fondent au-dessus de nos yeux et on a un partenariat avec Dacia...

Xavier Thévenard, sportif de haut niveau

Alors que les scientifiques alertent, avec de plus en plus de force, sur les risques liés au changement climatique, le Franc-Comtois Xavier Thévenard espère un sursaut citoyen de la part des organisateurs de l'événement. "C’est bien beau de mettre des gobelets en plastique, c’est top ok. Les navettes mises en place, c'est très bien aussi. Mais il y a des gestes plus importants à faire. Il y a des priorités. Il ne faut pas faire des partenariats avec des entreprises climaticides. Il faut faire des partenariats avec des convictions, ajoute-t-il. On voit le mur qui arrive, mais en plus, on accélère". 

Interrogé par nos confrères de Reporterre, le directeur de l'événement, Frédéric Lénart a réagi en déclarant : "Nous ne sommes pas des partisans de la décroissance." Xavier Thévenard, quant à lui, persiste et signe. "Ils ne veulent pas entendre parler de décroissance, mais de toute façon, nous y allons tout droit. Ce n'est même pas un choix philosophique. La décroissance, soit on la subit, soit on la décide".

Décroitre ne veut pas dire revenir à l’âge de pierre, dans sa grotte. On peut croître sur plein d’autres choses, la santé, le bien-être, le temps libre pour les activités sportives justement. Là, ils ne parlent que de croissance sur le nombre de participants, sur le modèle économique…

Xavier Thévenard, ultra-traileur

"J’essaie dans mon quotidien de faire du mieux possible"

Le coureur, actuellement diminué en raison de problèmes de santé liés à la maladie de lyme, avance quelques solutions qui pourraient permettre de réduire l’empreinte carbone démesurée de cet événement, équivalent à celle d’un Grand Prix de Formule 1, selon l'organisation non gouvernementale WWF. "Il y a moyen de faire des UTMB plus clean". Xavier Thévenard propose par exemple de réserver la course aux sportifs européens et de contraindre les participants à prendre le train pour venir à Chamonix. "Et on pourrait faire une année sur quatre à l'international".

Il n'omet cependant pas la part de contradictions présente en chacun de nous. Il n'est pas prêt à boycotter totalement l'événement, comme l'a annoncé le coureur Damian Hall. "Bien sûr, ça me ferait mal au cœur de ne plus jamais participer, car c’est une course incroyable. On est tous pleins de contradictions, je le suis aussi. J’essaie dans mon quotidien de faire du mieux possible", nous explique l'amoureux de la nature.

Et de conclure : "C’est beau le sport et les loisirs. Il faut rêver, oui et faire de beaux événements, mais ce ne sera peut-être bientôt plus la priorité. La priorité, ce sera de se soigner, de boire, de manger… À +3°C, l’UTMB n’existera plus". 

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