VIDEO. Doubs franco-suisse : malgré le « bon état écologique » de la rivière, de nombreux poissons meurent de la Saprolégnia

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Nouvelle mortalité de truites et d’ombres sur le Doubs franco-suisse. Comme en 2011 et 2014, les poissons sont victimes du champignon saprolégnia. Plus de dix ans après les premières mobilisations pour sauver les rivières comtoises, les pêcheurs sont anéantis.

«C’est du jamais vu à cette période de l’année… » lance Patrice Malavaux, le garde-pêche de La Franco-Suisse. En ce moment les truites se reproduisent en se frottant sur les fonds de la rivière à cheval sur la France et la Suisse. Mais, de nombreux poissons n’auront pas le temps de pondre, ils seront morts avant, victimes de ce champignon tant redouté, la saprolegnia. « Les pêcheurs sont K.O, déclare Thierry Christen, président de la fédération neuchâteloise des pêcheurs en rivière, on espérait que cela ne revienne pas ». Les images de cette vidéo tournée ce premier week-end de décembre dans le Doubs à Grand Combe-des-Bois donnent l’ampleur des ravages de cette maladie.

Ce dimanche 5 décembre, le président de la fédération neuchâteloise des pêcheurs en rivière fait un constat sans appel. « 95% des sujets touchés font en 40 et 50cm, les 5% restants sont plus grands. Les poissons en dessous de 40cm ne sont pas touchés, du moins pour l’instant ». 17 truites sont malades, 6 sont mortes. 2 ombres sont malades et un ombre est mort. Un recensement effectué sur le secteur de Grand Combe-des-bois, côté France et Les Graviers, côté Suisse.

Patrice Malavaux, garde-pêche de la Franco-Suisse, est inquiet depuis plusieurs semaines. Jusqu’à ce que le niveau d’eau baisse cette semaine, il était difficile d’observer ces mortalités mais il estime que ces mortalités ont commencé il y a moins d'un mois. « Les ouvriers de l’usine électrique de la Goule ont récupéré dans leurs dégrilleurs une bonne centaine de poissons ». Mais l’hécatombe n’est pas limitée à cet endroit. D’autres mortalités ont été constatées en aval du Moulin du Plain ou dans le secteur de Fuesse. En deux jours, fin novembre, Patrice Malavaux a observé 27 truites mortes, 22 truites malades et un ombre malade.

Nous sommes encore plus inquiets que d’habitude. En 2011, les mortalités avaient eu lieu en janvier mais cette fois-ci, cela arrive au début de la fraie. On n’a jamais vu cela. Que va-t-il se passer en 2023 ?

Patrice Malavaux, garde-pêche de la Franco-Suisse

Le paradoxe du « bon état écologique »

Au-delà du déchirement pour les pêcheurs de voir ces poissons en si mauvais état, ces poissons qu’ils aiment taquiner et remettre à l’eau, les pêcheurs n’acceptent pas de s’entendre dire que leur rivière est en « bon état écologique ».

Officiellement, le Doubs, à cet endroit, est au « vert » selon les critères administratifs. Un paradoxe déjà dénoncé il y a une dizaine d’années lors de l’apparition de la Saprolégnia.

Ces constats me désolent mais ne me surprennent pas. L'inaction et le laxisme nous conduisent à pleurer devant ce désastre chaque année !!! Et ça dure depuis dix ans !!! Ras le bol... Heureusement que la conférence de l'ONU à Montréal va s'occuper de la perte de biodiversité. On peut espérer qu'elle remette dans le droit chemin les responsables administratifs locaux de cette situation catastrophique.

Gérard Mougin, président de l'AAPPMA des 2 vallées du Dessoubre

Des actions mais peu de résultats

En dix ans, des actions ont bien été entreprises de part et d’autre de la frontière mais, visiblement, cela n’a pas été suffisant.

Côté Suisse, la station d’épuration de la Chaux-de-Fonds a été complétement rénovée et d’ici 2026, cela devrait être le cas de celle du Locle.

Jusqu’à aujourd’hui, on ne pouvait pas faire la leçon aux Français. On a mis 25 ans pour arriver à se mettre aux normes mais là, je n’ai pas l’impression que cela bouge côté français.

Thierry Christen, président de la fédération neuchâteloise des pêcheurs en rivière

Pour le Doubs franco-suisse, il faut agir des deux côtés de la frontière, c’est encore plus complexe ! Le président de la Franco-Suisse, Christian Triboulet, désespère de voir se réunir le groupe binational sur la qualité des eaux. Hormis les groupes techniques, les derniers échanges officiels remontent à 2018.

Pourtant un contrat de territoire a été signé pour le Doubs et le  Dessoubre, avec à la clé des financements pour agir. Concrètement, des entreprises se sont engagées à ne plus rejeter de micros polluants dans le milieu naturel. L’Epage Doubs Dessoubre, créé en 2021, a signé une convention de sensibilisation avec le monde agricole. Mais, les rivières sont toujours malades. Malades du trop-plein d’activités agricoles, citadines, industrielles.

Les élus alertés

Christian Triboulet, le responsable de la Franco-Suisse et membre de SOS Loue et rivières comtoises, a alerté ce lundi 5 décembre les élus et les services administratifs des deux côtés de la frontière.

Nous nous permettons de vous faire partager nos inquiétudes et notre lassitude devant des événements qui se reproduisent systématiquement. Ces phénomènes n’impactent pas seulement l’activité pêche mais concernent bien la préservation de la biodiversité dont les poissons du Doubs font entièrement partie. Nous demandons aux autorités compétentes des 2 états (convention internationale) de prendre les dispositions nécessaires pour en analyser les causes et prendre les mesures adéquates.

Christian Triboulet, président de l’AAPPMA « La Franco-Suisse »

Comme l’a proposé Thierry Christen, le responsable suisse; Christian Triboulet, invite lui aussi les élus à venir au bord de la rivière « pour constater et partager avec nous l’agonie des poissons ». 

On ne souhaite pas être « contre » les autorités mais « avec » pour continuer à travailler ensemble. Il y a des choses qui se font mais on doit faire plus et plus vite.

Thierry Christen, président de la fédération neuchâteloise des pêcheurs en rivière

Pour Christian Triboulet, pas question non plus de baisser les bras. "Nous ne voulons pas être tout seuls comme d’habitude pour gérer cette crise" rappelle-t-il. Une première rencontre entre défenseurs des rivières et élus est prévue au bord du Doubs en France et en Suisse le 11 décembre.

=> REPORTAGE AU BORD DU DOUBS FRANCO-SUISSE LE 8 DECEMBRE 2022 :

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