Et si l'on causait Grand Canal... sans passion ?

Dole : le pont de la Corniche, construit pour laisser passer de gros bateaux sur le Doubs
Dole : le pont de la Corniche, construit pour laisser passer de gros bateaux sur le Doubs

Le Grand Canal, en Franche-Comté, on connaît. C’est une guerre de 30 ans. François Sauvadet, a-t-il eu raison de remettre le dossier Grand Canal au goût du jour ? Provocation ? Boulette ? Ou courage politique ? On fait le point… Aussi sereinement que possible !

Par Catherine Eme-Ziri et Sarah Andersen

Le Grand Canal : 229 kilomètres pour relier le Rhin au Rhône, une soixantaine d’écluses pour accueillir de très gros bateaux…

Carte du Grand Canal, infographie de Dominique Perron / ©
Carte du Grand Canal, infographie de Dominique Perron / ©

Les « anti Grand Canal » n’y ont vu qu’un projet coûteux, pas rentable et destructeur de l’environnement, notamment de la Vallée du Doubs et avec des répercutions néfastes sur l’ensemble des réseaux d’eau de la région sans parler de la destruction des paysages, de la faune, de la flore…

Pour les « pro Grand Canal », ce maillon Rhin-Rhône, c’est le lien manquant pour relier la Mer du Nord et la Méditerranée.
Carte des canaux européens, infographie de Dominique Perron / ©
Carte des canaux européens, infographie de Dominique Perron / ©

Durant 30 ans, pro et anti se sont affrontés. Ce débat a donné lieu à d’énormes manifestations anti Grand Canal : 5000 personnes à Dole, 15 000 à Besançon. Des mobilisations jamais vues depuis LIP dans les années 70.

Le projet a été abandonné en 1997. A cette date, Dominique Voynet, Doloise et écologiste, devenait ministre de l’Environnement du Premier Ministre socialiste, Lionel Jospin. C’était la première décision qu’elle prenait en entrant dans son ministère.

Transport fluvial : le transport écolo ?

Quand François Sauvadet, candidat UDI/LR pour les Régionales, a annoncé qu’il voulait rouvrir ce dossier, les Verts ont vu rouge. « Qu’il essaie, pour voir… » a affirmé Cécile Prud’homme leur candidate pour ces mêmes élections.

Les Ecologistes sont braqués contre tout nouveau projet. Leur principal argument : l’eau. Il n’y aurait pas suffisamment d’eau dans le Doubs pour une liaison fluviale importante. Ce serait toujours un danger pour ses affluents, comme la Loue par exemple.
Autre argument : un nouveau canal, ce serait une aberration avec la mondialisation en plein développement et donc avec des échanges qui augmentent. Selon Marc Borneck, conseiller régional EELV, le transport maritime est plus rapide et moins cher aujourd’hui que le fluvial.
Salans : le Doubs, bonheur des plaisanciers en bateaux / ©
Salans : le Doubs, bonheur des plaisanciers en bateaux / ©


Sont-ils prêts à entamer un débat avec les « pro transport fluvial » ? Là est la question. Une élue franc-comtoise, Françoise Branget, ancienne députée du Doubs, et conseillère régionale (LR) a déjà tenté de relancer l’idée d’une nouvelle liaison fluviale. Attention, rien à voir, dit-elle, avec le projet mort et enterré des années 70.
Pour le moment, elle ne propose ni tracé, ni tonnage pour les bateaux, ni bien évidemment chiffrage de ce projet.
Car l’autre casquette de Françoise Branget, c’est présidente déléguée du Consortium des voies navigables, un organisme qui milite pour la promotion des voies d’eau.
Pour elle, les voies d’eau, c’est l’avenir.
Pagny (Côte d'Or) : péniche en cours de chargement / ©
Pagny (Côte d'Or) : péniche en cours de chargement / ©


Selon elle, actuellement, 80 % du fret se fait sur mer ou sur voies navigables. Le Canal de Suez vient d’être agrandi et fêté en grandes pompes.
En ce moment, un nouveau chantier important vient de commencer : le Seine – Nord, le canal chargé de relier la région parisienne et la mer du Nord.
Preuves que ce type de transport incarne l’avenir.
D’autant plus qu’il est le transport le plus écolo : il consomme 4 fois moins de fuel et rejette 4 fois moins de gaz à effet de serre.
Elle ajoute que c’est aussi le type de transport idéal pour les matières dangereuses. Les camions, eux, traversant les villes…

Pour la Franche-Comté :


Toujours selon elle, la Franche-Comté est devenue le couloir des camions de l’Europe. Le nombre de poids lourds sur nos routes augmentent et la situation ne s’arrangera pas.
L’Allemagne prévoit un doublement de son fret d’ici 2030. Les entreprises ont besoin de nouveaux moyens de transports. Toujours selon Françoise Branget, General Electric aurait même menacé de quitter le nord de la région pour la Pologne ou l’Europe de l’Est. Son usine de Belfort, qui fabrique d’énormes turbines (30 à 40 énormes turbines par an), rencontre de grosses difficultés d’acheminement.

Elle nous a donné rendez-vous à Pagny, en Côte d’Or (Voir l'activité du port fluvial sur Medlink, lien ici). L’une des extrémités du Grand canal aurait dû y aboutir. Ce port fluvial accueille 370 000 tonnes de marchandises par an dont 300 000 tonnes de céréales venant de Bourgogne et de Franche-Comté
370 000 tonnes, c’est l’équivalent de 15 000 camions. Nous avons assisté au chargement d’une péniche. Elle charge 2 200 tonnes et mesure 110 m de long. L’orge, venant des plaines de Bourgogne, partait en direction de la Chine via Marseille…
Si vous vous penchez sur le dossier transport fluvial, vous entendrez parler des "péniches Freycinet", du nom du format du canal Freyssinet. A titre de comparaison, ces petites péniches mesurent 38 mètres de long et ne peuvent charger que 50 tonnes.
A Pagny, une péniche de 2 200 tonnes chargée d'orge pour la Chine / ©
A Pagny, une péniche de 2 200 tonnes chargée d'orge pour la Chine / ©


Françoise Branget rêve d’un transport d’avenir en donnant encore un chiffre. A la fin du 19ème siècle, la France possédait le plus grand réseau fluvial d’Europe avec 8 000 Km de canaux.

Impossible de dire si le débat sur cette liaison fluviale importante va avoir lieu. Ses « lanceurs de débats » parlent d’échéances à 20, 30 ou 40 ans… De l’eau a encore le temps de couler sous les ponts.
Surtout que d’autres lobbies ne manqueront pas de réagir, comme les transporteurs routiers et la SNCF…

Le reportage avec déclarations de François Sauvadet (Député UDI de Côte d'Or et candidat UDI-LR aux régionales), Marc Borneck,Conseiller régional (EELV) et Françoise Branget, conseillère régionale (LR) :
Grand Canal : le dossier rouvert
Reportage de Catherine Eme-Ziri, Fabien Fougère, Sarah Andersen et Eric Debief

L'interview de Marc Borneck, conseiller régional Europe Ecologie - Les Verts :
 

Grand Canal : l'itw de Marc Borneck, EELV

L'interview de Françoise Branget, conseillère régionale Les Républicains et présidente déléguée du Consortium des voies navigables :
 

grand Canal : l'itw de Françoise Branget (LR)

 

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