Femme voilée au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté : son avocate parle d'un déferlement de haine

Une femme voilée (image d'illustration) / © IP3 PRESS/MAXPPP
Une femme voilée (image d'illustration) / © IP3 PRESS/MAXPPP

L'avocate de la femme voilée, prise à partie par un élu du Rassemblement national lors de la séance du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté le 11 octobre dernier, s'exprime au sujet de l'affaire. Elle dénonce "un amalgame entre le port du voile et le terrorisme".
 

Par F.L.

Une cliente est "fragilisée"
Ma cliente "est fragilisée tant au niveau physique qu'au niveau psychologique. C'est dur d'avoir subi ce qu'elle a subi vendredi et les suites, c'est-à-dire tout ce déferlement de haine, de violence dans les commentaires sur internet, des messages qu'elle peut recevoir, c'est extrêmement dur", dit maître Sana Ben Hadj, avocate au barreau de Dijon.
Concernant le fils de la femme voilée, qui était présent aussi dans l'hémicyle, selon l'avocate :"il en parle tous les jours, il se réveille plusieurs fois dans la nuit, il voit un psychologue tous les jours, ainsi que sa mère, c'est lourd de conséquences."

Deux plaintes déposées
Deux plaintes distinctes ont été déposées au parquet de Dijon, précise maître Ben Hadj.
Une première plainte a été déposée jeudi 17 octobre contre les élus RN Julien Odoul et Karine Champy, au titre de "violences volontaires en réunion par personne dépositaire de l'autorité publique, sur mineur, sur majeur, à raison d'appartenance à la victime à une religion déterminée." 

Une seconde plainte va être déposée la semaine prochaine contre Julien Odoul uniquement, sur le fondement de la "provocation à la haine, à la violence et à la discrimination, en raison d'appartenances religieuses ".

Des faits qui ont relancé le débat autour du voile
Selon maître Ben Hadj, la première main tendue a été celle du CCIF (Collectif Contre l'Islamophobie en France)
Mais l'avocate confirme qu'il n'y a aucune intention de la part de sa cliente de vouloir relancer un débat autour du port du voile.
"Elle était perdue après tout cela, elle s'est adressée au CCIF . Ils l'ont assistée et prise en charge et orientée vers un avocat. Les premiers interlocuteurs qu'elle a eus, c'est eux, elle a eu leur confiance, et c'est devant eux qu'elle s'est exprimée, pour répondre à toutes ces questions que beaucoup de personnes se posaient. Mais, elle ne souhaite pas prendre part au débat, elle ne souhaite pas répondre aux médias. Elle sera entendue très certainement dans le cadre d'une enquête, mais elle souhaite se préserver évidemment. "

Concernant le bruit médiatique et le débat qui est relancé autour du port du voile, l'avocate commente :
"En déposant plainte, nécessairement on en parle, elle ce qu'elle souhaite, c'est qu'on ne parle plus d'elle. Elle ne veut plus voir son image sur les écrans de tous les citoyens français, elle souhaiterait que tout s'arrête. Elle ne l'a pas fait pour relancer le débat, absolument pas, ce n'était pas intentionnel. Sa seule volonté c'est qu'on cesse de parler de tout ça aujourd'hui"

"Pas d'amalgame"
L'avocate au barreau de Dijon précise toutefois qu'à travers cette "agression", il ne faut "pas faire d'amalgame"
"En revanche, ce qu'elle veut, c'est que ces actes soient condamnés, parce qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé. Ces femmes qui portent le voile sont stigmatisées aujourd'hui, on en parle de plus en plus. Et le plus grave, c'est qu'on fait un amalgame entre le port du voile et le terrorisme. C'est extrêmement grave et il faut cesser de permettre aux hommes politiques et à l'opinion publique de faire cet amalgame."


L'avocate ne souhaite pas rentrer dans le débat public et se tient à son rôle dans l'action en justice.
"Moi je ne suis pas là pour faire de la politique, pour porter le débat, pour répondre aux hommes politiques. Je suis une femme de loi, une avocate, une auxiliaire de justice, je suis juste là pour faire respecter le cadre légal."

L'avocate tient aussi à marquer le discernement à faire entre le port du voile et le terrorisme.
"Le fait de porter un voile aujourd'hui n'est pas en soi un comportement prosélyte, et cela n'a rien à voir avec le terrorisme actuel. C'est inadmissible de faire ce rapprochement, cette dame n'a rien à voir avec le terrorisme. C'est une citoyenne respectueuse des valeurs de la République, elle s'est investie dans le parcours scolaire de son fils, dans la vie scolaire des enfants. Elle prône les valeurs de la République et aujourd'hui on vient lui dire, en tous cas Julien Odoul, vient lui faire passer un message lui disant 'Vous êtes en dehors de la République, on ne veut pas de vous dans l'hémicycle avec ce voile', avec ce qui est une partie de vous, finalement, et elle a pris cette agression en pleine face et c'est extrêmement dur."

 

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