Covid-19 : "Le confinement arrive tard", trois questions à Laurent Thines, neurochirurgien à l'hôpital de Besançon

Publié le Mis à jour le
Écrit par Sylvia Bouhadra .

Laurent Thines est neurochirurgien au CHRU de Besançon et membre du collectif Inter-Hôpitaux. Il dénonce depuis plusieurs mois des mesures trop tardives pour endiguer l’épidémie de Covid-19. Le médecin a répondu à nos questions.
 

Mercredi 28 octobre, le Président de la République Emmanuel Macron a annoncé la mise en place d'un nouveau confinement à partir du 30 octobre 2020. Une mesure jugée trop tardive pour de nombreux médecins, dont Laurent Thines neurochirurgien au CHRU de Besançon et membre du collectif Inter-Hôpitaux. Le médecin a accepté de répondre aux questions de France 3 Franche-Comté.

Est-ce que ce confinement arrive trop tard ?

Laurent Thines : Malheureusement oui, vu le taux d’infection qui circule déjà dans la population. Nous étions de nombreux médecins au niveau national à alerter sur la reprise épidémique, qui s’est faite non pas depuis une semaine, mais depuis fin août/début septembre. Nous sommes un peu étonnés que des mesures, comme celles au printemps, soient de nouveau prises. Ce sont des mesures tardives alors qu’on a un taux d’infection et de malades supérieur à ce que l’on avait lorsqu’on a confiné au mois d’avril.

Le confinement devrait-il durer plus longtemps ? Les 4 semaines sont-elles suffisantes ?

Laurent Thines : Le cas de la France à l’heure actuelle ressemble à celui d’Israël récemment où ils ont dû confiner au moins 6 semaines pour contrôler l’épidémie. On ne voit pas trop comment en France, on arrivera à faire mieux. Donc, effectivement, on est parti sur un reconfinement de plusieurs semaines, peut-être 6/8 semaines, comme au printemps.



Ce qui serait intéressant, c’est que le gouvernement adopte une vraie stratégie. On voit qu’on fait du stop and go, c’est-à-dire qu’on confine, déconfine par périodes alternées. Cela permet de juguler l’épidémie et permet au système hospitalier d’absorber la vague épidémique. Mais on aimerait que ce gouvernement prenne une décision claire à ce sujet, pour permettre aux différents acteurs, en particulier les acteurs économiques, de se planifier dans la durée, dans cette stratégie de stop and go actuellement en place.

La situation dans la région vous inquiète-t-elle ? Est-ce que le système médical pourra faire face à cette deuxième vague ?

Laurent Thines : On a tiré des leçons de la première vague. On a fait en sorte d’organiser l’hôpital pour faire face à toute éventualité de deuxième vague. Malheureusement, comme les mesures de confinement arrivent assez tard, on va de nouveau être obligé de déprogrammer des opérations chirurgicales. On est actuellement à 20 %, on va bientôt passer à 40 % de déprogrammation, ce qui est important.



On va faire face à cette nouvelle vague épidémique, mais il ne faut pas oublier qu’elle survient sur une population hospitalière qui est fragilisée du fait d’une pénurie de moyens, d’une pénurie de personnel. On aimerait bien que ce gouvernement crée un vrai choc d’attractivité pour l’hôpital. 
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