Guerre en Ukraine : “Ça nous rappelle des moments terribles”, le conflit réveille les douloureux souvenirs de la Seconde Guerre mondiale

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La soudaine guerre qui a éclaté en Ukraine jeudi 24 février résonne comme un écho auprès de la génération issue de la guerre de 1939-1945, et ses heures sombres que personne n’a oublié. Témoignages.

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Plus d’un million de réfugiés ukrainiens ont quitté leur pays. En une semaine. Un sac, une valise à la main. Des missiles aux portes de l'Europe ont enlevé la vie à des civils, hommes, femmes, enfants. Les images des villes bombardées sont celles d’un autre temps, et pourtant.

La guerre en Europe n'appartient plus à nos livres d'Histoire ou à nos livres d'école, elle est là, sous nos yeux

a déclaré Emmanuel Macron, lors de son discours, mercredi 2 mars.

 Le mot GUERRE frappe brusquement à notre porte. Et les mémoires de nos aînés se réactivent.

Pascal Hugonnet, fils de déporté dans le Jura

À Lons-le-Saunier dans le Jura, Pascal Hugonnet fait face à cette guerre qui se déroule presque en direct sur nos tablettes et nos écrans. “Ce qui se passe en Ukraine et en Russie, réveille des choses dures à vivre. On voit un peuple ukrainien lutter pour sa liberté, et quelque part la nôtre. Ça réveille un sentiment de colère et d’impuissance par rapport à un dictateur qui veut réécrire l’histoire” dit-il.

Un dictateur qui veut réécrire l’histoire. Pascal Hugonnet pense bien sûr au destin de son père. En 1944, son père Fernand fait partie des victimes d’une rafle allemande dans le secteur de Conliège dans le Jura. Il est déporté vers le camp de Neuengamme au sud-est d’Hambourg. Matricule 40911. De juillet 1944 à avril 1945, il tente de survivre. Il reviendra en France, ne pesant plus que 32 kilos. De son convoi, 115 hommes ne sont jamais revenus.

J’ai de la guerre une culture livresque. Quand on vit avec un père déporté, on n’est pas un enfant lambda.

Pascal Hugonnet, fils de déporté

Il se souvient de ce père qui continuait à hurler parfois en pleine nuit. “Quand on entend Poutine, on ne sait pas à qui on a à faire. On a un personnage cynique qui musèle son peuple, musèle l’opposition. Ça met les nerfs à fleur de peau, même si on n’en a d’autres sur notre belle planète” dit-il avec un soupçon d’ironie dans ce chaos.

Une guerre. Des hommes en souffrance. Des réfugiés marchant sur les routes de l’Europe, Pascal Hugonnet comme d’autres, a du mal à réaliser que le scénario puisse se répéter. Lui a choisi de ne jamais oublier en perpétuant la mémoire des déportés. Il préside la FNDIRP du Jura (Fédération nationale des déportés, résistants et patriotes) et l’amicale de Neuengamme. Il reste dans le département du Jura, seulement trois déportés de 1939-1945 encore en vie. Leurs témoignages vont s’effacer peu à peu.

“Cela nous rappelle des moments terribles… On est très inquiets de ce qui va se passer"

Au musée de la mémoire et de la paix à Clerval dans le Doubs, les bénévoles œuvrent depuis des années à sensibiliser les jeunes générations à ce passé, où une étincelle a suffi à engendrer un conflit mondial. “Ce qui se passe en Ukraine m’inspire de la crainte, déjà parce qu'on ne sait pas ce qui va se passer. Je pense qu’ils vont arriver à s’entendre au niveau des négociations. Mais quand on voit ce qui s’est passé il y a 84 ans. Hitler a annexé les Sudètes suite au traité de Munich. Et on le laisse faire. Et il va attaquer la Pologne, ce qui va engendrer la Seconde Guerre mondiale” confie Jean-Louis Brugger, 73 ans.

Ces septuagénaires, n’ont pas connu les pires années de la dernière guerre mondiale. Mais ils savent ce qu’ont vécu leurs parents. “La guerre on en parlait, on en a souffert jusqu’en 1955. On n’avait pas tout ce qu’on voulait. On n’y pensait plus du tout, et pourtant, là, on en n’est plus loin” s’inquiète Lucien Gatrat, 73 ans, l’un des bénévoles du musée. “On a l’impression qu’on revient en arrière. L’Ukraine, c’est pas loin de chez nous. On a l’impression que c’est la fin de quelque chose, et le début d’un autre monde” analyse René Pétricig.

Pour ces anciens, l’espoir de la paix reste présent. Mais l’inquiétude domine, nourrie par leurs connaissances du passé. Dans ce petit musée et ce haut lieu du maquis de la Résistance, tanks, armes, photos des déportés, résistants fusillés, témoignent de ce qu’a vécu le petit village du Doubs.

4 millions de réfugiés vont-ils fuir l’Ukraine ?

En seulement sept jours, nous avons assisté à l'exode d'un million de réfugiés depuis l'Ukraine vers les pays voisins.

a tweeté Filippo Grandi, mercredi 2 mars le Haut Commissaire des Nations unies aux réfugiés.

Les autorités et l'ONU s'attendent à ce que le flot s'intensifie, l'armée russe semblant concentrer ses efforts sur des grandes villes ukrainiennes.

Selon l'ONU, quatre millions de personnes pourraient vouloir quitter le pays pour échapper à la guerre.

L'Ukraine est peuplée de plus de 37 millions de personnes dans les territoires contrôlés par Kiev - qui n'incluent donc pas la Crimée annexée par la Russie ni les zones sous contrôle séparatiste.

L’exode de la Seconde Guerre mondiale

Lors de la Seconde Guerre mondiale, plus de 60 millions de personnes ont été déplacées. Selon le UNHCR, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, en mai 1945, plus de 40 millions de personnes ont été déplacées en Europe, sans compter les Allemands fuyant l’armée soviétique à l’Est, les travailleurs forcés étrangers en Allemagne (11,3 millions selon les Alliés) et les quelque 13 millions d’Allemands de souche expulsés les mois suivants d’Union soviétique, de Pologne, de Tchécoslovaquie et d’autres pays d’Europe de l’Est.

Plus d’un million de Russes, d’Ukrainiens, de Biélorusses, de Polonais, d’Estoniens, de Lettons et de Lituaniens ont fui la domination communiste que Joseph Staline imposait à de nouveaux territoires.